INTERVIEW : Patrick Isabelle
- Pirard Marvin
- il y a 4 jours
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Patrick Isabelle est un auteur québécois reconnu pour ses romans policiers et ses thrillers psychologiques, où l’intensité humaine et la précision narrative s’entremêlent étroitement. Son parcours professionnel varié nourrit une écriture lucide et ancrée dans le réel, attentive aux zones d’ombre de l’âme humaine. À travers des intrigues solides, il explore les dilemmes moraux, la violence et la quête de vérité. Avec la série "Anna Caritas", il a façonné un lieu marquant du polar contemporain. Son dernier roman s’inscrit dans la continuité de cette œuvre exigeante, tout en proposant un regard renouvelé.

À quel moment avez-vous compris que l’écriture prendrait une place centrale dans votre vie professionnelle ?
J’ai su très jeune que j’étais écrivain. J’ai compris que j’étais destiné à cette carrière lorsque j’ai publié mon deuxième roman "EUX" qui fut un succès critique et commercial (ici, au Québec) et qui me valut le Prix Jeunesse des libraires du Québec ainsi que plusieurs nominations à des prix prestigieux. C’est à ce moment-là que je trouvais mon lectorat… et à voir à quel point on m’en parle toujours, c’est vraiment le roman qui m’a lancé.
En quoi votre parcours personnel et professionnel a-t-il influencé votre manière d’écrire des romans noirs ?
Depuis l’enfance, je suis quelqu’un d’une extrême empathie, ça teinte mon écriture. Je dis souvent que j’écris des personnages et non des histoires. C’est l’humain qui m’intéresse. Les émotions. Les pulsions. Les pensées intrusives. C’est ce qui me pousse à écrire. Je veux comprendre comment nous fonctionnons. Rien de mieux que le roman noir pour observer la nature humaine dans tout ce qu’elle a de meilleur… et de pire.
Le polar et le thriller se sont-ils imposés à vous naturellement ou furent-ils un choix conscient ?
Je lisais Stephen King à 11 ans. Est-ce la faute de ma mère qui était une fervente amatrice d’épouvante? Sans doute. J’aime croire que ça s’est imposé à moi naturellement.
Qu’est-ce qui vous attire particulièrement dans l’exploration du crime et de ses conséquences humaines ?
La psychologie. J’aime m’immiscer dans la tête d’êtres tordus, c’est sûrement pourquoi je privilégie souvent la première personne du singulier. C’est le meilleur moyen d’être cinglé en toute légalité! ;)
Comment décririez-vous l’évolution de votre écriture depuis vos premiers romans ?
Moins masturbatoire… Au début de ma carrière, je m’écoutais beaucoup écrire. J’ose croire que j’écris mieux. J’écris davantage pour les autres, moins pour mon propre plaisir.
La psychologie de vos personnages semble primordiale : est-ce votre point de départ lors de l’écriture ?
Plus ou moins. Ce sont généralement les événements et les situations qui me viennent en premier. Ensuite, la psychologie des personnages embarque et mène le récit.
La notion de vérité, souvent complexe et dérangeante, revient régulièrement dans votre œuvre : pourquoi ?
Bonne question… J’imagine qu’en tant qu’écrivain, je suis un grand menteur. La ligne est souvent mince entre la réalité et la fiction. En vieillissant, je réalise combien les gens évite la vérité au quotidien. L’hypocrisie est devenue chose courante. Pour éviter la confrontation, on y va souvent de petits mensonges, c’est la nature humaine… C’est sans doute pour ça que la notion de vérité revient souvent dans mon œuvre. Je n’en étais pas conscient.

Quelle place accordez-vous à l’atmosphère et au rythme dans la construction d’un thriller?
C’est primordial. Dès le premier chapitre, l’atmosphère doit être installé. Construire un thriller, c’est prendre son lecteur par la main et l’entraîner dans un récit le plus haletant et dérangeant possible. Jusqu’à ce que, sans qu’il s’en rende compte, on le laisse errer seul, un peu perdu. C’est une question de feeling. L’atmosphère, le rythme, la longueur des chapitres, des paragraphes… tout doit être pensé et travaillé afin d’emmener le lecteur exactement là où on voulait.
Cherchez-vous avant tout à provoquer une tension, un malaise ou une réflexion chez le lecteur ?
Ça dépend du roman. Un peu des trois, I guess. Je n’aime pas les lectures moralisatrices. Je veux surtout que mes romans laissent une trace. Il n’y a rien de pire qu’un roman qu’on oublie dès que le bouquin est terminé.
Selon vous, en quoi le roman noir est-il un miroir efficace de la société contemporaine ?
Tout à fait. Le roman noir est un exutoire. Il nourrit une certaine curiosité morbide. Nous vivions dans un monde détraqué et glauque, il est normal que ça se retrouve dans notre fiction.
Anna Caritas est devenu central dans votre bibliographie : comment est-elle née ?
Anna Caritas est un lieu. C’est le nom d’un collège prestigieux. ChatGPT est confus là-dessus… Les deux personnages centraux sont William Walker et Marianne Roberts.
Qu’est-ce qui vous a convaincu qu’Anna Caritas méritait de s’inscrire dans une série plutôt que dans un roman unique ?
C’était une demande de mon éditeur. J’avais assez d’intrigues pour en faire une trilogie. J’ai finalement écrit en 5 tomes + un hors-série.
Comment faites-vous évoluer ce lieu au fil des livres sans perdre son essence ?
Une série, c’est juste un long roman séparé en plusieurs tomes. Les personnages ne devraient jamais perdre leur essence en cours de route… à moins de ne pas savoir écrire.
Votre dernier roman s’inscrit-il dans la continuité directe de votre travail ou représente-t-il un tournant ?
Ça dépend. De quel roman parle-t-on? Je n’ai publié qu’un seul roman depuis Anna Caritas et il s’agit d’un tout petit roman jeunesse qui n’est paru qu’ici au Canada. Ce n’est ni un tournant ni une continuité.
Sans révéler l’intrigue, quel a été le déclencheur principal de l’écriture de ce nouveau livre ?
Euh… le besoin de payer mon loyer?
Votre processus d’écriture est-il très structuré ou davantage guidé par l’intuition ?
L’intuition, sans contester.
Comment accueillez-vous les réactions des lecteurs face à des récits parfois sombres et éprouvants ?
Je suis toujours étonné d’être lu. J’accepte les élans d’amour et d’admiration mais j’essaie de me tenir loin des critiques. Mes lecteurs sont avides de sensations fortes, ils sont souvent déçus que ce ne soit pas plus sombres.
Le succès d’une série comme "Anna Caritas" influence-t-il votre liberté créative ?
Complètement. Cependant, c’est couteau à double tranchant puisque ça vient avec des attentes.
Qu’est-ce qui, selon vous, définit un thriller réussi aujourd’hui ?
Un bon thriller perdure. Un bon thriller reste avec son lecteur, même après plusieurs années.
Quels thèmes ou formes narratives souhaiteriez-vous encore explorer dans vos prochains projets ?
Ah, ça, c’est un secret que je me garde. ;)




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