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INTERVIEW : Valerio Marra (FR)

  • Pirard Marvin
  • 8 juin
  • 5 min de lecture

Valerio Marra est un écrivain et essayiste italien né à Rome en 1985, reconnu pour ses romans noirs et thrillers psychologiques. Diplômé en sciences de l’investigation et de la sécurité, il s’appuie sur une solide compréhension des mécanismes criminels pour construire des intrigues réalistes et tendues. Auteur de romans remarqués comme *La donna del lago* et *Una notte buia di settembre*, il s’est imposé comme une voix importante du polar italien contemporain. Il est également éditeur, professeur d’écriture créative et agent littéraire. Avec son dernier roman *La nuova maestra* (*Maitresse* en français), il explore un thriller psychologique encore plus sombre, aux frontières de l’horreur.



Tous droits réservés :
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  • Votre formation en sciences de l’investigation et de la sécurité influence-t-elle directement votre manière d’écrire des thrillers ?

Je pense que le processus créatif est influencé par tout ce que nous avons vécu et que nous vivons : chaque personne, chaque dialogue, chaque situation. Mon parcours d’études a naturellement joué un rôle, en m’amenant à porter une attention particulière aux dimensions investigatrices et psychologiques de mes romans.

  • Vous cumulez les rôles d’auteur, d’éditeur, de formateur et d’agent littéraire : comment parvenez-vous à concilier ces activités ?


Même si tout tourne autour de l’écriture, ce sont des rôles très différents, avec quelques points communs. Je n’ai jamais eu de difficulté à les distinguer. Au contraire, cette diversité représente pour moi une véritable valeur ajoutée.


  • À quel moment avez-vous compris que l’écriture allait devenir centrale dans votre vie professionnelle ?


Il y a eu un moment précis : début 2019, lorsqu’un recruteur d’une grande maison d’édition m’a contacté pour évaluer mes futurs projets. C’est à ce moment-là que j’ai compris que c’était possible. Mais une fois dans le train, le plus difficile est d’y rester. C’est pour cela que j’ai commencé à travailler encore plus, chaque jour. Et je continue aujourd’hui.


  • Rome occupe une place importante dans vos romans : est-elle une source d’inspiration constante ?


Je suis né à Rome, donc je connais bien le territoire et ses habitudes. Je pense qu’il est essentiel de connaître profondément un lieu avant d’y situer une histoire. Et puis Rome, comme les Castelli Romani, sont des lieux qui possèdent une force narrative naturelle.


  • Quels auteurs ou œuvres ont le plus influencé votre style littéraire ?


Mes références ont beaucoup évolué avec le temps. J’ai commencé avec Danila Comastri Montanari, puis Ken Follett, John Grisham (avec qui je partage mon anniversaire), et bien d’autres. Plus récemment, je me suis rapproché d’auteurs comme Christian Frascella et Diego Lama. Guillaume Musso fait aussi partie de mes références, et puisque j’essaie d’écrire en français, il me semble juste de le mentionner.


  • Le polar et le noir ont-ils été un choix naturel dès vos débuts ?

Non, cette conscience est venue plus tard, comme souvent dans la vie. Mais j’aimais lire ce genre, et au fond, on devient écrivain de ce que l’on aime lire.


  • Le commissaire Festa est un personnage récurrent : que représente-t-il pour vous ?


Festa a été l’un de mes premiers personnages véritablement tridimensionnels. C’était mon « début » : un homme traversé par un conflit intérieur immense. Quelqu’un qui, à force de combattre le Mal, a fini par le porter en lui.


  • Comment percevez-vous l’évolution de votre écriture depuis *La donna del lago* ?

J’ai toujours continué à étudier, à lire, à chercher de nouveaux styles et à me remettre en question. Aujourd’hui, j’ai moins besoin de prouver, donc je suis plus libre. Disons que je cherche moins l’effet spectaculaire.


  • Quelle importance accordez-vous à la psychologie des personnages par rapport à l’intrigue ?

Au final, tout compte, mais la psychologie des personnages est essentielle. Une histoire fonctionne vraiment lorsque le lecteur ne suit pas seulement ce qui se passe, mais ce qui se passe à l’intérieur des personnages. On dit souvent que les lecteurs aiment les personnages en fonction du nombre de conflits qu’ils portent. J’ai donc décidé de remplir les miens de conflits.


  • Le thriller est-il pour vous un moyen privilégié de questionner la société italienne contemporaine ?

Absolument. Je parle souvent de « polars prétextes » : le crime est un point de départ. Ce qui m’intéresse vraiment, c’est tout ce qu’il révèle – et surtout ce qu’il laisse derrière lui.

  • La violence, le trauma et la culpabilité sont des thèmes fréquents dans vos romans : pourquoi ces obsessions ?

Comme je le disais, ce sont les conflits qui rendent les personnages intéressants. Les traumatismes et la culpabilité les rendent plus humains, plus vrais, et donc plus proches des lecteurs.

  • Avez-vous une structure précise avant d’écrire ou laissez-vous place à l’improvisation ?

J’ai commencé de manière instinctive, aujourd’hui je suis devenu plus méthodique. Je construis des schémas, des personnages, des évolutions, et même des hypothèses qui ne finissent pas toujours dans le roman. Peut-être que je terminerai comme j’ai commencé.

  • Comment construisez-vous la tension psychologique chez le lecteur ?


Il existe de nombreuses techniques que j’étudie (et que j’enseigne parfois). La tension se construit : par exemple en travaillant sur l’information, ou en jouant sur le rythme, en ralentissant ou en accélérant dans les moments clés. Ce sont des mécanismes que l’on affine avec le temps et l’expérience. Faire rire, en revanche, est beaucoup plus difficile. Ça, c’est vraiment compliqué.


  • Cherchez-vous à repousser les limites traditionnelles du genre ?

Oui. Je n’aime pas les visions manichéennes. Il est difficile de me classer, et je change souvent de genre. J’aime me mettre en difficulté.

  • *La nuova maestra* explore un territoire plus proche de l’horreur psychologique : comment est née l’idée de ce roman ?


L’idée est née de mon fils. À trois ans, à la maternelle, il a dessiné le système solaire en écrivant les noms des planètes en italien et en anglais. J’ai souri, puis je me suis demandé ce qui se passerait s’il dessinait quelque chose d’inquiétant. Et tout est parti de là.

  • En quoi ce livre marque-t-il une évolution importante dans votre parcours littéraire ?


L’intégration des dessins, une narration portée par une voix féminine unique et l’exploration de la psychologie enfantine ont été pour moi des éléments totalement nouveaux. Le choix d’une protagoniste féminine a été un véritable défi : cela signifiait entrer dans une sensibilité différente de la mienne, adopter un regard plus intime et émotionnel sans perdre en crédibilité.


C’est un travail exigeant, mais nécessaire. Parfois, un écrivain doit accepter de ne pas savoir exactement où il va.


  • Comment vivez-vous les réactions parfois très troublées de vos lecteurs ?


C’est exactement ce que je recherche. J’essaie simplement d’être à la hauteur de la confiance que les lecteurs m’accordent.


  • Vous sentez-vous plus proche du polar classique ou du thriller moderne ?


Je ne saurais pas dire. Je suis sans doute un peu le produit de tout ce que j’ai lu. Je lis beaucoup et de tout, et cela m’influence forcément.


  • Quel regard portez-vous sur l’évolution du roman noir en Italie aujourd’hui ?


Les lecteurs évoluent en permanence, et nous devons évoluer avec eux. Sans les suivre aveuglément, mais sans rester immobiles. Peut-être que notre rôle est simplement de rester un pas en avant. Pas deux – sinon on perd le lecteur.


  • Quels sont vos projets littéraires à venir ?

Un nouveau roman sortira en Italie en juin. C’est une sorte de roman de formation, une expérience, un genre nouveau pour moi. J’en suis très heureux et j’espère que les lecteurs le seront aussi.


Je vous remercie sincèrement pour l’attention que vous avez accordée à mon travail et pour l’espace que vous m’avez offert. Le travail de celles et ceux qui racontent et valorisent la littérature est précieux, et jamais acquis. Je vous adresse tous mes vœux de réussite pour vos projets à venir, en espérant avoir bientôt une nouvelle occasion d’échanger.


René Manzor "L'ombre des innocents"s



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