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INTERVIEW (Archives) : Nicolas Feuz

  • Metal'Art Culture
  • 6 nov. 2025
  • 6 min de lecture

Nicolas Feuz est procureur de la République et auteur de romans noirs. Il a étudié le droit à l’Université et obtenu le brevet d’avocat, avant d’être élu en 1999 comme juge d’instruction, puis en 2008 comme président du collège des juges d’instruction, et enfin en 2011 comme procureur du canton de Neuchâtel. Durant plus de 16 ans, il a été spécialisé dans la lutte contre le trafic de stupéfiants. Père de deux enfants, il s’est lancé dans l’écriture de romans noirs en 2010.




Tous droits réservés : © Alexis Fogel
Tous droits réservés : © Alexis Fogel

  • Bonjour, Nicolas Feuz. Pourriez-vous vous présenter en quelques mots  ?

    Bonjour, comme l’indique l’introduction, je travaille dans la justice pénale en Suisse depuis 25 ans. Il y a trois ans, j’ai eu la chance, grâce à une décision du Conseil de la magistrature, de pouvoir réduire mon taux d’activité, car je peux désormais vivre partiellement de ma plume. Aujourd’hui, on peut dire que je suis 50% procureur, 50% écrivain de romans policiers, tout en précisant qu’il est très difficile de vivre de ses livres en Suisse en raison du coût de la vie (en comparaison, le SMIC suisse est à 4 400 €, alors qu’il est à 1 750 € en France). J’ai écrit 17 polars pour adultes et 3 polars jeunesse en l’espace de 14 ans, mais mes livres ne 8 sont disponibles en librairie que depuis 2013. En 2023, j’ai eu la chance de rejoindre Rosie&Wolfe, la maison d’édition fondée par Joël Dicker.

  • Vous êtes procureur de la République, vous êtes vous déjà inspiré de votre travail pour l’écriture de vos romans  ?

    Je m’inspire régulièrement de mon travail de procureur pour écrire mes polars. En Suisse, le procureur dirige la police judiciaire et la gendarmerie durant l’enquête (la Suisse ne connaît plus la fonction de juge d’instruction depuis 2011). Le procureur assume des services de permanence et se rend régulièrement sur les lieux des infractions les plus graves. Il est en contact avec toute la chaîne pénale, police scientifique, médecine légale, experts psychiatres, monde carcéral, avocats, tribunaux et j’en passe. Donc oui, ce que je décris dans mes livres sur la base de ce petit monde, de ses procédures et de ses ambiances particulières que je côtoie depuis 25 ans, est rigoureusement exact. En revanche, les trames de mes romans sont inventées, car le secret de fonction m’interdit de reproduire dans un polar un dossier existant. Il m’arrive toutefois d’extraire de dossiers des anecdotes réelles, que je travestis pour qu’on ne les reconnaisse pas. Mes livres en sont truffés.

  • Quel est le livre qui vous a donné le plus de plaisir à écrire ?

    Tous, aurais-je tendance à répondre. Mais j’ai un petit faible pour “Les Bouches”, un polar écrit en 2015 dont l’action se déroule entièrement à Bonifacio, en Corse du Sud, entre 1943 et 2015. Ce polar n’est pour l’heure pas référencé en dehors des frontières suisses, mais il devrait sortir chez Le Livre de Poche en mars 2025.

  • Vous avez également écrit des livres pour enfants (notamment Frissons Suisses), comment vous êtes-vous retrouvé à écrire des livres pour les plus petits ? Est-ce un choix personnel, un défi ou une proposition d’une maison d’édition ?

    C’est une proposition de la maison d’édition Auzou France. À ce jour, j’ai sorti trois polars jeunesse destinés aux 10-12 ans, dans la collection Frissons Suisses, “Black Justice 1.0” (2019), “Black Justice 2.0” (2021) et “Black Justice 3.0” (2022). Cette collection est hélas difficilement accessible hors frontières suisses. En revanche, face au succès rencontré par cette collection, Auzou France a décidé de lancer une collection Frissons “  France”, destinée au même public cible. Marc Voltenauer et moi allons inaugurer cette nouvelle collection à la fin du mois de février 2024. Mon titre s’appellera “Crime sous haute tension” et l’intrigue se déroulera dans le Berry, ainsi que sur les berges de la Loire.

  • Vous venez de sortir “Le Philatéliste”, comment vous êtes-vous documenté pour l’écriture de ce roman ?

    À l’origine, le projet est né d’une suggestion de La Poste Suisse, qui m’a mis au défi d’écrire un polar dans son univers. Je me suis donc beaucoup documenté sur le monde postal, ses particularités et ses procédures. J’ai aussi pu visiter le plus grand centre de tri des colis postaux en Suisse romande. Mais “Le Philatéliste” traite aussi de nombreux autres sujets, comme par exemple les féminicides, les violences conjugales, le harcèlement scolaire et le stalking. Ces autres sujets font hélas partie de mon quotidien professionnel depuis 25 ans.
  • Pourquoi avoir choisi un personnage de psychopathe philatéliste  ? Eprouvez vous personnellement une passion pour les timbres  ? Ou une aversion pour les collectionneurs de la poste (rire)?

    Il fallait que je choisisse un angle d’attaque pour aborder l’univers de La Poste. Les timbres se sont imposés naturellement à moi, car je les collectionnais dans mon adolescence. Mais ils n’étaient pas en peau humaine... (rire).

  • Qu’est-ce qui vous aide à vous concentrer durant l’écriture de vos livres  ? Quel est selon vous le cadre idéal pour écrire  ?

    J’écris la plupart de mes polars en m’isolant avec de la musique de film. Jamais de musique avec paroles, pas même dans une langue que je ne comprends pas, les paroles me déconcentrent et cassent l’ambiance. Je suis un fan inconditionnel des BO de Hans Zimmer, mais également de bien d’autres compositeurs. J’écris sur la base de playlists adaptées aux chapitres que j’écris (suspense, action, sentiments, etc.).

  • Vous êtes-vous déjà senti frustré durant l’écriture de l’un de vos romans  ?

    Durant l’écriture, non. En revanche, j’ai déjà vécu des frustrations durant le travail d’editing sur le texte. En Suisse, je connais relativement bien le droit et ses limites. Je sais quels lieux je peux citer librement ou non, selon qu’ils relèvent du domaine public ou du domaine privé. Au besoin, je sollicite des autorisations, comme ce fut le cas avec la mention du festival de musique Festi’neuch dans “Horrora Borealis”. Ma plus grande frustration vient de l’editing de “Crime sous haute tension”, dont j’avais partiellement situé l’intrigue au château de Guédelon. Auzou France s’est montré frileux et son service juridique m’a imposé de changer le nom du château et la description des lieux. Sur le coup, j’étais à deux doigts de refuser la signature du contrat et de publier le livre déjà écrit chez un autre éditeur ou en autoédition.

  • Quel est votre plus grand défi lors de la commercialisation de vos livres  ? Les séances de dédicaces et les rencontres avec les lecteurs sont-elles importantes à vos yeux ?

  • Mon plus grand défi aujourd’hui est de faire en sorte que les Français et les Belges (entre autres Francophones) me découvrent, comme les Suisses m’ont découvert il y a dix ans. Mais c’est compliqué, car la France est autrement plus vaste que la Suisse romande. Et il devient difficile, voire impossible de faire le travail tout seul, sans le soutien des libraires, des éditeurs, des diffuseurs, de la presse, des réseaux sociaux et j’en passe. D’autant plus que “Le Philatéliste” va maintenant être traduit dans plusieurs langues. Les contrats avec l’Espagne, l’Italie, la Hollande et la Finlande sont déjà signés. Et Joël Dicker m’a dit qu’il y en aurait d’autres dans les mois à venir. Ceci dit, j’apprécie beaucoup les salons et les dédicaces en librairie, car ça permet de rencontrer les lectrices et les lecteurs, ce qui coupe avec l’activité très solitaire de l’écriture.

  • Est-ce que l’établissement de relations avec d’autres auteurs améliore vos compétences en écriture  ? Comment  ?

    C’est possible. Cela se fait lors de discussions dans le cadre de salons ou d’échanges plus fréquents avec des auteurs qui sont devenus des amis proches, comme Marc Voltenauer.

  • Qui est votre plus grand supporter ?

    Ma compagne. Elle est ma première lectrice, mon soutien de tous les jours et elle comprend ma passion. Il faut dire qu’elle a travaillé plus de 15 ans en librairie, en France (elle est savoyarde) et en Suisse. Aujourd’hui, elle est représentante pour le plus grand distributeur de livres en Suisse, mais mes livres ne font pas partie de son catalogue d’éditeurs à défendre (rire).

  • Écrire et lire vont souvent de pair. Que lisez-vous habituellement  ? Quel est le roman qui traîne sur votre table de nuit à l’heure actuelle  ?

    À l’heure actuelle, aucun. Car je me refuse de lire quand je suis en écriture. Le risque de pollution est trop élevé. En dehors des phases d’écriture, je lis essentiellement du polar. J’ai eu mes phases américaines et nordiques, en particulier. Aujourd’hui, je lis plutôt les copains, soit essentiellement des polars suisses, français ou belges. Je lis aussi beaucoup d’autres livres, parfois scientifiques, pour me documenter en vue du scénario d’un prochain roman.

  • Je vous remercie d’avoir accordé un peu de votre temps pour nos questions. Souhaitez-vous laisser une dernière citation ou un dernier mot pour les lecteurs ?

    Merci à vous. Je me réjouis de retrouver mes lectrices et mes lecteurs prochainement. Il y aura plusieurs sorties en 2024, soit “Crime sous haute tension” (Auzou France, février), “Les Larmes du lagon” en poche (Le Livre de Poche, mars), “Black Justice 4.0” (Auzou Suisse, août), “Le Philatéliste” en poche (Rosie&Wolfe Poche, octobre), mon second polar chez Rosie&Wolfe (octobre) et la BD de mon polar “Le Miroir des âmes” (Chez Yvette/Dargaud, novembre).



René Manzor "L'ombre des innocents"s



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