INTERVIEW : Nadine Monfils
- Pirard Marvin
- 16 févr.
- 5 min de lecture
Nadine Monfils est une figure incontournable de la littérature belge contemporaine. Romancière, nouvelliste, scénariste et réalisatrice, elle s’est imposée par un style unique, mêlant humour noir, fantaisie et tendresse. Depuis ses débuts avec Contes pour petites filles perverses, elle a publié plus de 80 ouvrages, dont des séries cultes comme Les enquêtes du commissaire Léon, Mémé Cornemuse et Les Folles enquêtes de Magritte et Georgette. Son univers déjanté, peuplé de personnages hauts en couleur, s’inspire autant du surréalisme belge que de son regard malicieux sur la vie. Artiste aux multiples facettes, Nadine Monfils a également réalisé des films ( dont Madame Edouard, avec Michel Blanc, Didier Bourdon, J Balasko, D Lavanant, Annie Cordy …), écrit des scénarios et animé des ateliers d’écriture en prison. Aujourd’hui, elle continue de surprendre ses lecteurs avec des projets audacieux, comme son dernier roman mettant en scène Baudelaire dans une enquête criminelle. Rencontre avec une auteure qui ne cesse de réinventer le polar et de bousculer les codes.

Bonjour, Nadine Monfils. Vous avez commencé par enseigner la morale avant de publier votre premier livre Contes pour petites filles perverses. Comment ce passage à l’écriture s’est-il opéré ?
J’ai toujours cultivé les paradoxes, sans le vouloir. Ca doit être un truc belge…
Quels souvenirs gardez-vous de vos premières publications et des réactions qu’elles ont suscitées ?
Un raz de marée ! J’ai fait la une de pas mal de journaux et magazines. La presse belge était intriguée par mon côté enfantin et « les petites horreurs » que j’écrivais J J’avais 20 ans et je ressemblais à Alice au pays des merveilles…mais qui a bouffé le lapin blanc !
Vous avez exploré plusieurs genres (poésie, théâtre, roman, nouvelles). Lequel vous a semblé le plus naturel au départ ?
Tous. C’est aussi une marque des belges que d’être éclectiques. Ce qui inquiète parfois les français, plus « dans les cases ». Nous autres, on est des zébulons ! (personne très énergique qui bouge beaucoup)
Quels auteurs ou artistes ont le plus influencé votre univers littéraire ?
Frédéric Dard (qui fut mon parrain littéraire), Simenon, pour moi le plus grand des écrivains, les peintres Léon Spilliaert, Magritte, Rops…Et bien sûr Jacques Brel ( bon, oui je suis chauvine, à part Frédéric Dard, ce sont tous des belges ! ) disons qu’on a les mêmes racines et qu’ils me parlent…
Votre œuvre est souvent qualifiée de « déjantée » et empreinte d’humour noir. Comment définiriez-vous votre style ?
Indéfinissable. Je n’entre pas dans les cases. Je suis espiègle et mal élevée.
Vous avez créé des personnages marquants comme le commissaire Léon et Mémé Cornemuse. Comment naissent ces figures hautes en couleur ?
Le flic qui tricote m’a été inspiré par Paul Meurisse ( Le monocle rit jaune) qui faisait de la tapisserie entre les prises au cinéma…
Mémé Cornemuse, c’est un mélange de mes deux grands-mères que j’adorais et de moi… C’est la sale gamine qui sommeille en moi.
L’humour et le tragique cohabitent dans vos romans. Est-ce une manière de refléter la complexité de la vie ?
Oui sans doute. Tout ça se mélange…
Vous avez écrit sous le pseudonyme Jeffrey Lord pour la série Blade. Pourquoi ce choix et que retenez-vous de cette expérience ?
C’était le deal avec Gérard De Villiers (sacré personnage !) et un défi ! il m’a dit : « tu n’as jamais écrit de livres de science-fiction, je pense que c’est pas ton truc » et vlan je lui en ai pondu deux.
Parmi vos nombreuses séries (Les enquêtes du commissaire Léon, Mémé Cornemuse, Les Folles enquêtes de Magritte et Georgette), laquelle vous ressemble le plus ?
Toutes.

Votre saga Les Folles enquêtes de Magritte et Georgette mêle art et polar. Comment est née cette idée ?
En parlant avec mon éditeur et ami Glenn Tavennec avec qui j’ai une grande complicité. C’est alchimique entre nous. Et rare !
Quel rôle joue la Belgique et son imaginaire surréaliste dans vos intrigues ?
La Belgique est mon berceau, mes racines, mon plat pays ancré dans mon cœur. Et je me sens encore plus belge depuis que je vis en France. Je n’ai jamais voulu prendre la nationalité française. Pourtant je suis mariée à un français que j’aime de tout mon coeur. Mais je reste belge dans mes tripes. Non peut-être !
Si vous deviez conseiller un seul de vos livres à quelqu’un qui ne vous connaît pas, lequel choisiriez-vous et pourquoi ?
Difficile ! Ce sont tous mes bébés ! Le rêve d’un fou- au Fleuve- (sur le Facteur Cheval) pour ceux qui ont envie d’un récit fort qui laisse des traces, parce que le personnage est fabuleux.
Les folles enquêtes de Magritte et Georgette – Robert Laffont- : si vous aimez Magritte, vous apprendrez plein de choses qu’on ne sait pas sur lui, tout en étant pris par une intrigue.
Les vacances d’un sérial killer (mémé Cornemuse) -Pocket-le plus déconnant et dingue de mes bouquins, si vous avez envie de vous marrer.
Et bien sûr, Les fleurs du crime de monsieur Baudelaire-Verso/Le Seuil, parce qu’il allie l’humour noir, le mystère et que je vous fais découvrir Baudelaire comme vous ne l’avez jamais vu ! Un punk avant l’heure …
Vous avez réalisé le film Madame Édouard et écrit des scénarios. Quelles différences majeures entre écrire pour le cinéma et pour le roman ?
Pour moi, c’est aussi passionnant du moment qu’on me laisse la liberté d’écrire ce que je veux. Quand j’écris, je vois les images, donc c’est pas compliqué. C’est un plaisir ! sinon, je n’écrirais pas. Suis pas maso ! Et j’ai adoré réaliser aussi.
Mais aujourd’hui, surtout au cinéma, c’est de plus en plus difficile de garder sa liberté. Ou alors ça marche avec des films à petits budgets. Mon copain Benoit Delépine a fait son dernier sans aides financières. Et c’est super !
Vous avez animé des ateliers d’écriture en prison. Qu’avez-vous appris de cette expérience humaine ?
Terrible expérience ! Mon ami réalisateur José Giovanni ( Deux hommes dans la ville, Dernier domicile connu, Le rapace…) qui avait fait de la prison, m’a beaucoup aidée. On n’a connaissance des méfaits et des crimes des détenues qu’à la fin … Et là c’est un choc ! Certaines personnes très sympas ont commis des choses atroces… On se rend alors compte de la complexité des êtres humains.
Vous avez été critique littéraire et de cinéma. Ces activités ont-elles influencé votre manière d’écrire ?
Non, mais le cinéma oui. J’adore ça ! Surtout les réalisateurs qui ont un univers comme mon ami JP Jeunet, Lynch – que j’ai eu la chance de rencontrer-Jaco Van Dormael (ami aussi), Terry Gilliam -, avec qui j’ai passé un mois incroyable au festival de Bangkok. Et mon gros coup de cœur : Yousry Nasrallah.
Vous avez dirigé une galerie d’art. L’art visuel nourrit-il votre écriture ?
Tous les arts nourrissent mon écriture.
Votre dernier roman, Les Fleurs du crime de Monsieur Baudelaire : La Femme sans tête, plonge Baudelaire dans une enquête. Qu’est-ce qui vous a inspirée pour ce projet ?
Comme pour Magritte, ce projet est né de mes échanges avec Glenn qui me connaît bien et m’emmène sur des chemins étranges dans lesquels j’adore m’aventurer parce qu’ils sont imprévus.
Vous continuez la série Les Folles enquêtes de Magritte et Georgette avec des titres comme Pataquès à Cadaquès. Que pouvez-vous nous dire sur cette nouvelle aventure ?
Que c’est le dernier parce que mon éditrice chez Robert Laffont a estimé que je devais m’arrêter à 8. Pourquoi ? Pourquoi pas ? Je suis très très contente d’avoir suivi mon éditeur préféré et d’écrire de nouvelles aventures sur un nouveau personnage.
Après plus de 80 ouvrages, comment parvenez-vous à renouveler vos intrigues et vos personnages ?
Sais pas. C’est comme Obélix. Je suis tombée dedans quand j’étais petite. Et j’ai pas grandi…
Quels sont vos projets à venir ? Un nouveau roman, une adaptation cinématographique, ou autre ?
Encore deux enquêtes de Baudelaire et quelques pièces de théâtre, puis on verra…J’irai boire une Leffe avec Glenn, nos idées naissent comme ça !






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