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INTERVIEW : Sylvain Silvestro

  • Pirard Marvin
  • 4 mai
  • 7 min de lecture

Sylvain Silvestro est un auteur français né en 1978 à Toulon. Passionné par les technologies, la science-fiction, l’histoire antique et l’imaginaire, il se lance dans l’écriture en 2018 avec ‘Le Réseau de Seth’. Il explore ensuite des univers mêlant horreur, fantastique, gore et paranormal, notamment via des titres comme ‘Enquête paranormale 2.0’ ou ‘L’écorcheur, l’embaumeuse et la créature’. Son œuvre se caractérise par une atmosphère sombre, parfois extrême, nourrie par des créatures, des mutations et des huis clos violents. Informaticien de profession, il affirme écrire avant tout par nécessité personnelle, espérant offrir une évasion forte à ses lecteurs.



Tous droits réservés :
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  • En quoi votre métier d’informaticien influence-t-il votre manière d’écrire et de structurer vos intrigues ?


Il y a un aspect plus sombre et intéressant dans ce parallèle : comme dans un code, une petite “erreur” peut tout faire basculer. Dans mes histoires, j’aime introduire ce type de faille — psychologique, morale ou situationnelle — qui va progressivement dérégler l’ensemble, jusqu’à mener au chaos.


  • Quel a été le déclencheur qui vous a poussé à vous lancer dans l’écriture en 2018 ?


En réalité, ça m'a pris un peu du jour au lendemain. J'ai toujours lu régulièrement, mais je n'avais jamais envisagé d'écrire mes propres histoires. Or, il y a 3 ans, une histoire s'est formée dans ma tête et j'ai ressenti un besoin presque viscéral de la développer. Et comme je ne sais ni dessiner ni réaliser des films, j'ai fait ce qui était le plus accessible pour le commun des mortels : écrire. Depuis je n'arrive plus à m’arrêter...


  • Vos passions (technologies, SF, histoire antique) nourrissent-elles naturellement vos univers littéraires ?


Ces passions se croisent et se complètent : la technologie apporte la modernité, la science-fiction ouvre le champ des possibles, et l’histoire antique donne une dimension plus brute et réaliste. Ensemble, elles enrichissent mes récits et contribuent à créer des univers à la fois crédibles, sombres et immersifs.


  • Comment conciliez-vous votre vie professionnelle et votre activité d’auteur ?


Généralement, j’écris un livre en 2 ou 3 mois. Durant ce laps de temps j’y consacre pratiquement tout mon temps libre !

  • Quels auteurs ont fortement influencé votre imaginaire ?


George Orwell, HP Lovecraft, Terry Goodking, Isaac Asimov, Stephen King, Clive Barker, Graham Masterton…


  • Pourquoi avoir choisi d’explorer les genres de l’horreur, du fantastique et du thriller ?


L’horreur permet d’aller chercher quelque chose de très primaire : la peur, le malaise, l’inconfort. C’est un genre qui ne laisse pas indifférent et qui offre une grande liberté pour explorer les limites humaines, qu’elles soient physiques ou psychologiques.


Le fantastique, lui, introduit une forme de doute. Il joue avec la frontière entre le réel et l’irréel, ce qui me permet de créer des atmosphères ambiguës où le lecteur ne sait jamais vraiment à quoi s’attendre. Cette incertitude renforce l’immersion et rend l’expérience plus troublante.


Quant au thriller, il apporte la tension et le rythme. C’est ce qui pousse à tourner les pages, à vouloir comprendre, à chercher la vérité. Il structure l’intrigue et donne une dynamique qui maintient le lecteur en haleine.


  • Comment est née l’idée de votre saga ‘Civilisation’ et du premier tome ‘Le Réseau de Seth’ ?


Ce récit mélange plusieurs éléments qui me tenaient à coeur sur le moment (et encore aujourd’hui): les Blockchains, le changement climatique, l’impacte l’Homme sur ce dernier et serions-nous prêt à sacrifier une partie de notre confort moderne pour sauver la faune, la flore et notre avenir ?


  • Qu’est-ce qui vous attire dans les environnements anxiogènes que vous décrivez souvent ?


Dans un cadre rassurant, les individus restent souvent dans le contrôle. Mais dès que l’on les place dans un environnement oppressant — isolé, hostile ou dérangeant — les masques tombent. La peur, le stress, la paranoïa prennent le dessus, et les réactions deviennent plus instinctives, plus sincères. C’est là que les personnages deviennent vraiment intéressants à écrire.


Ces atmosphères me permettent aussi de jouer avec la tension. Un lieu peut devenir un personnage à part entière : une pièce fermée, un bâtiment abandonné, un espace chargé d’histoire… Tout peut contribuer à créer un malaise progressif, presque palpable. J’aime installer ce sentiment que quelque chose ne va pas, même avant que le danger ne soit clairement identifié.


Il y a aussi une forme de fascination pour les limites humaines. Les environnements anxiogènes poussent les personnages dans leurs retranchements, les obligent à faire des choix difficiles, parfois extrêmes. Cela ouvre la porte à des situations intenses, dérangeantes, mais aussi profondément humaines.


  • Quel rôle jouent les créatures et mutations dans votre vision du récit fantastique ?


Une créature, quelle qu’elle soit, représente souvent quelque chose de plus profond : une angoisse, une dérive, une part sombre de l’être humain. Elle peut incarner la perte de contrôle, la transformation, ou encore la peur de l’inconnu. De la même manière, les mutations sont intéressantes parce qu’elles symbolisent une rupture — physique ou mentale — avec ce qui est considéré comme “normal”.

  • Que cherchez-vous à transmettre à travers vos huis clos violents et macabres ?


Nous avons tous au moins deux personnalités. La façade qu’il faut afficher en société (phénomène amplifié par les réseaux sociaux). L’habileté sociale, qui nous assure une bonne intégration et une vie plus agréable. Cela nous enferme parfois dans des personnages caricaturaux bien opposés de qui nous sommes réellement… Il devient même parfois difficile de savoir si l’on fait une chose parce qu'on le souhaite vraiment ou bien parce que c’est ce que les autres attendent de nous...


J’essaye de montrer que lorsque la situation devient exceptionnelle, alors la façade tombe, la vrai personnalité ressort, pour le meilleur ou pour le pire… Une série bien connue, “Walking dead”, le montre parfaitement. Les pires monstres ne sont pas ceux que l’on croit. Lorsque la peur de la sanction disparaît, les démons en nous ressurgissent instantanément et ils sont bien plus dangereux que de simples zombies prévisibles.


Je pense que l’on ne se connait pas réellement tant que l’on a pas été confronté à une situation exceptionnelle.


  • Votre œuvre aborde souvent folie, dérive psychologique et gore : d’où vient cet attrait ?


La folie, en particulier, m’intéresse parce qu’elle représente une perte de repères. C’est un basculement progressif ou brutal vers quelque chose d’incontrôlable, où la réalité se déforme. Cela permet d’explorer des perceptions altérées, des logiques différentes, parfois dérangeantes mais toujours riches sur le plan narratif.


Quant au gore, il n’est pas là uniquement pour choquer. Je l’utilise comme un outil pour matérialiser la violence ou l’horreur intérieure. Il rend concret ce qui, autrement, resterait abstrait. Bien utilisé, il peut renforcer l’impact émotionnel et souligner la gravité de certaines situations.


  • Comment posez-vous la limite entre horreur immersive et horreur gratuite ?


(réponse au dessus)


  • Quelle place tenez-vous pour la documentation dans la préparation de vos romans ?


Pour la chambre des tortures que se veut un peu “documentaire”, me documenter fut capitale.


Pour mes autres ouvrages qui sont purement de la fiction, cet aspect est inexistant. C’est tout l’intérêt de la fiction et du fantastique pour un auteur “un peu” fainéant comme moi !


  • Comment construisez-vous des personnages confrontés à leurs peurs les plus profondes ?


Je construis mes personnages en partant d’abord de leurs failles. Avant même de penser à l’intrigue, je m’interroge sur ce qui les fragilise : une peur enfouie, un traumatisme, une culpabilité ou une obsession. Ce sont ces éléments qui vont ensuite guider leurs réactions face aux événements.


Ensuite, je les place progressivement dans des situations qui vont venir toucher précisément ces points sensibles. Plutôt que de les confronter immédiatement à leur peur la plus extrême, je préfère installer une montée en tension, avec des signaux faibles, des doutes, des situations ambiguës. Cela rend la confrontation plus crédible et plus impactante.


  • L’improvisation occupe-t-elle une grande place dans votre écriture ?


Je n’utilise jamais de plan. Lorsque je commence à écrire, j’ai juste une idée globale de la trame et des personnages principaux. Tout le reste se dessine dans ma tête au fil des pages, presque instinctivement. Bien souvent, arrivé à la moitié d’une histoire, je ne sais même pas moi même comment elle va se terminer ! Je pense que cela contribue à engendrer chez le lecteur un effet qui me tient beaucoup à cœur : la surprise. Quand je lis j’aime être surpris, ne pas tout deviner trop tôt le dénouement. J’essaye donc de retranscrire cela dans mes histoires. Je détesterai proposer des aventures banales, déjà lues et relues des milliers de fois… Après ce n’est pas forcément facile car tout ou presque a déjà été inventé, mais la façon de relier et d’enchaîner les événements est capitale. D’ailleurs on me dit souvent, “je pensais que c’était une simple histoire de fantômes, mais rien à voir !”. Et là, je sais que j’ai réussi mon coup. Notamment concernant mon livre “Ethan”, qui débute par des bruits dans l'appartement du dessus...


  • Avez-vous un rituel ou un cadre particulier pour écrire dans ces univers sombres ?


Dans mon bureau sombre avec pour seule source de lumière l'écran de mon ordinateur. Parfois je lance un film d'horreur en fond pour bien être dans l'ambiance. Cela influe sur mon imaginaire et ma créativité.

  • ‘L’Écorcheur, l’embaumeuse et la créature’ est votre dernier roman : qu’est-ce qui a inspiré cette histoire ?


Le bon, la brute et le truand ! Trois personnalités opposées, chacune venant d’un univers radicalement différent, qui se retrouvent forcées de coexister et de se confronter. Cette confrontation m’a toujours fasciné : comment des individus aux valeurs, aux expériences et aux objectifs diamétralement opposés peuvent-ils interagir, s’affronter ou s’allier ?Ce roman semble encore plus extrême : quel territoire littéraire vouliez-vous explorer cette fois ?


  • Selon vous, qu’attendent vos lecteurs d’un roman signé Sylvain Silvestro ?


Une histoire originale, angoissante, gore qui fait ressurgir des éléments de l’actualité, de nos vies. Et si possible des éléments inattendus qui bousculent le lecteur.


  • Quels projets ou univers souhaitez-vous explorer à l’avenir ?


Je rêve de créer des univers plus vastes, presque “sérialisés”, où chaque récit s’insère dans un monde cohérent mais mystérieux, laissant des zones d’ombre à explorer dans plusieurs histoires. L’objectif est de construire des mondes immersifs où le lecteur se sent à la fois intrigué, mal à l’aise et captivé.


René Manzor "L'ombre des innocents"s



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