INTERVIEW : Nérina Caelys
- Pirard Marvin
- il y a 7 jours
- 17 min de lecture
Née en Alsace et aujourd’hui installée en Moselle, Nerina Caelys est une autrice indépendante qui partage son temps entre son métier de coiffeuse et sa passion pour l’écriture. Lorsque la vie l’a amenée à ralentir le rythme, elle a choisi de donner une place plus importante à une passion longtemps restée en sommeil : raconter des histoires. Passionnée d’imaginaire, elle développe des univers où la magie, les émotions et les secrets se mêlent pour offrir des aventures riches en mystère. Son premier roman, Éclipse Bay – Les liens, paru en 2025, marque son entrée dans le monde de la romantasy et de la fantasy contemporaine. À travers son écriture, Nerina Caelys explore les liens humains, les blessures du passé et la quête d’identité, tout en invitant ses lecteurs à s’évader dans des mondes où lumière et ombre coexistent.

Vous partagez votre quotidien entre votre métier de coiffeuse et l’écriture : comment parvenez-vous à concilier ces deux univers ?
Un peu d’audace, pas mal de confiance, un soupçon de retenue, mais jamais de frustration.
Je sais, ça n’en dit pas plus. Alors je m’explique.
L’inspiration, ça vient TOUJOURS quand on s’y attend le moins. Enfin, d’après mon expérience, que beaucoup d’autres créateurs partagent, d’après ce que j’ai pu voir ou entendre. Elle n’attend pas sagement que mon planning coïncide avec mon temps de repos. Je peux être au volant de mon véhicule, au milieu d’une technique de balayage, en pleine discussion passionnante avec une cliente ou en dehors du travail avec mes amis, ma famille, ou encore devant une série et même simplement en écoutant une playlist en mode random. Autant de moments où il m’est impossible de prendre un carnet de notes ou d’ouvrir mon pc. Alors je demande simplement, et avec audace, si je peux prendre un moment pour m’envoyer à moi-même un message vocal. C’est là que la confiance entre en jeu. Car ma clientèle et mes amis sont là pour entendre mes idées brutes sans juger ou râler, ni divulguer. Je suis même agréablement surprise quand quelqu’un m’offre carrément la possibilité de faire un brainstorming de la scène ou du chapitre. J’ai de la chance d’être énormément soutenue par tout ce monde qui est même incroyablement investi.
Mais c’est aussi ici que la retenue entre en scène. Oui, devant certaines personnes qui ne veulent surtout pas être spoiler, j’attends un moment de temps de pause de couleur ou un moment en soirée un peu plus calme ou encore une petite parenthèse avec ma famille afin de faire ce fameux vocal en privé avant de retourner à mes activités.
Pour la frustration, j’ai un peu menti. Car au début, bon d’accord, aujourd’hui aussi, c’est quasiment systématique qu’une chanson ou une musique m’inspire. Donc quand je roule et que ça arrive, j’utilise la commande vocale et appelle mon autre téléphone éteint et me laisse un message à moi-même.
Mais voilà, c’est comme ça que j’arrive à concilier les deux.
À quel moment avez-vous compris que l’écriture occupait une place essentielle dans votre vie ?
Depuis toute petite, c’était soit la coiffure, soit travailler dans le milieu du livre.
J’ai toujours adoré les histoires, les films, les animations, dont la grande majorité traitent de l’imaginaire. D’ailleurs, durant les moments familiaux et même parfois avec mes amis, on m’a souvent secoué l’épaule pour me sortir de ma bulle. Ma famille disait tout le temps : « Tu étais dans ton monde avec ton cheval ailé, toi ! ». Ils avaient raison, j’étais en train d’imaginer mille choses à des lieues du monde réel.
En parallèle, dès que mes parents m’emmenaient chez le coiffeur, je sortais de ma bulle. Pas vraiment pour sociabiliser. Mais pour bombarder de questions la ou les coiffeuses qui s’occupaient de moi. Et quand elles n’avaient pas le temps ou l’envie de répondre, j’observais tout. Je tentais d’analyser chaque geste. Pas seulement ce que la coiffeuse faisait sur moi, mais aussi sur le reste de la clientèle. Les miroirs étaient partout. Je ne comprenais rien à ce qui était fait, j’étais trop jeune, mais je me voyais déjà, plus tard, faire les mêmes gestes.
Puis j’ai grandi, je continuais de rêver, d’inventer des personnages, créer dans mes cahiers des petits bouts de mondes sans vraiment savoir quoi en faire. Et aussi d’enquiquiner les coiffeuses avec mes questionnements.
Le moment où j’ai eu des choix d’orientation sérieux à faire, j’hésitais encore. Coiffure, monde du livre… je n’arrivais pas à arrêter mon choix. Au collège, on a le fameux stage en entreprise obligatoire. Je n’osais pas insister quand les librairies ou les médiathèques refusaient de me prendre en stage par manque de place ou par désintérêt. J’étais bien trop timide et peu sûre de moi. Le temps pressait, il fallait valider le dossier. Mon père travaillait dans une banque juste à côté d’un coiffeur qui a accepté de me prendre. J’ai sauté de joie. Par soulagement d’avoir enfin une entreprise pour mon stage, mais aussi pour l’occasion d’observer de plus près le métier de la coiffure.
Parce que oui, ces stages n’ont pour but que l’observation, pour qu’on puisse évaluer si ce qu’on a choisi nous convient bien. On avait pas le droit de travailler. Sauf que mon maître de stage et moi-même, étions contre cette observation passive. Il m’a autorisée à accueillir la clientèle, les installer au poste de coiffage ou au poste de technique. À assister au procédé de diagnostic capillaire en m’expliquant l’importance de chaque étape. Au fil des jours, il m’a laissé enrouler une mise en plis et appliquer une coloration sous sa surveillance. Mais je suis ressortie de ce stage avec la conviction que le métier de coiffure n’était pas un caprice, ni une excuse parce que j’étais nulle dans les matières scientifiques à l’école.
Cependant, le monde du livre était toujours présent dans mon esprit.
Je n’ai pas obtenu de place en école de coiffure après mon brevet. Alors je suis allée en seconde générale. J’avais de très bonnes notes aux cours de français et aux cours d’anglais. Mes professeurs disaient que j’avais un large choix de métiers littéraires qui s’offraient à moi si je poursuivais mes efforts. Que ce serait du gâchis d’aller en coiffure. Mais avant même la fin du deuxième trimestre, le lycée St Vincent de Paul d’Algrange m’envoyait une lettre pour m’annoncer que ma candidature avait été retenue.
C’est là que j’ai vraiment réfléchi car il fallait répondre vite. Je me suis dit que faire des études de coiffure n’étaient pas incompatibles avec l’écriture. J’en ai parlé avec mes parents qui m’ont soutenue dans ce choix et rassurée aussi, si jamais je voulais faire des études littéraires par la suite. Alors c’était décidé, j’allais faire des études de coiffure. Le CAP, la mention complémentaire et le brevet professionnel. De 2000 à 2005, je me suis plongée dans mes études où je n’avais que la possibilité de dévorer des livres quand je n’étais ni à l’école, ni en salon de coiffure ou en sortie avec des amis.
Toutes ces années, je ne savais pas encore que l’écriture était essentielle. C’étaient ces petits bouts de rêves, les personnages, les mondes, que j’imaginais et laissais dans des pochettes ou des cahiers de brouillons pendant mon temps libre, qui me rendaient heureuse malgré le fait que j’avais choisi la coiffure.
Votre parcours personnel semble avoir joué un rôle important dans votre envie d’écrire : comment cette passion est-elle revenue au premier plan ?
Mes débuts en coiffure, après mes études ont été compliqués. J’avais mon appartement que je partageais en concubinage. J’enchaînais les heures à temps plein dans le salon où j’étais employée. Mais aussi, les soirs et les weekends, j’avais un deuxième emploi dans un café, puis dans un restaurant car mon couple était en difficulté puisque mon compagnon avait perdu son emploi.
Je me suis séparée en en 2010 et j’ai gardé l’appartement donc j’ai continué à bosser dans le même salon, mais j’ai arrêté de bosser les soirs et les weekends. Ce n’est pourtant pas là que le désir d’écrire est venu. J’adorais toujours autant l’imaginaire, si ce n’est plus. Mais je privilégiais mon emploi en CDI et ma vie sociale avec mes amis.
En 2014, je reprenais le salon de coiffure de ma patronne pour devenir ma propre patronne. Autant vous dire que j’ai mis les bouchées doubles pour réussir. Pour l’amour du métier, du contact avec la clientèle, des sourires et des confidences échangées lors de leur passage dans mon commerce, des liens improbables qui s’y tissent. Mais aussi pour faire taire ceux qui ne croyaient pas en moi et pour affronter la bête noir de tous les entrepreneurs, l’URSSAF. J’ai un record de cent-seize heures en une semaine… Heureusement, ce n’est pas arrivé souvent. Même si les trente-cinq heures d’ouvertures affichées sur ma porte d’entrée étaient plus aux alentours de quarante-deux heures minimum, et soixante-dix heures le plus souvent.
Ça ne m’empêchait pas de continuer de rêver et de remplir feuille après feuille, des petits bouts de mondes tout droit sortis de mon imagination.
Le COVID est arrivé. J’ai découvert TikTok et, par la même occasion, KYO VR, une autrice dont j’avais lu toutes ses œuvres, qui utilisait ce réseau social. Je l’ai suivie pour ses cosplays où elle incarnait mes personnages préférés et tirés de ses romans. Puis on s’est rencontrées en vrai, grâce à ses bêtise capillaires qu’elle faisait en live et où je sentais mon âme de coiffeuse s’envoler loin de moi.
Elle a été l’une des premières personnes à m’encourager à faire du cosplay. Elle m’a appris à incarner Jeff the killer, mon doudou favori. Je m’amusais beaucoup.
Ensuite j’ai pensé à une histoire que j’avais écrite lorsque j’avais entre seize et Dix-huit ans. J’ai donc créé les cosplays avec ce que j’avais dans mes armoires, du maquillage et quelques accessoires bon prix afin de raconter leur histoire par de courtes vidéos.
Je gagnais en vues, en abonnés et Kyo ainsi que mes amis, me disaient qu’il fallait absolument que je me lance dans l’écriture de ce roman.
Alors je l’ai fait. Il s’intitulait : Ombres et lumières. Une série de trois tomes que j’avais presque terminé.
Mon ordinateur a rendu l’âme. J’ai recommencé encore une fois. Un accident électrique lors des installation des boitiers ENEDIS m’ont fait perdre encore une fois l’avancée sur le roman. J’ai donc décidé de laisser cette histoire, là où elle devait être : dans l’oubli.
Le temps a coulé. Et en 2022 J’ai commencé à avoir des soucis de santé. J’ai subi une chirurgie. Mais ça n’allait pas mieux. Mon médecin traitant s’est acharné à chercher l’origine du problème sans succès. Jusqu’en 2024. Une IRM pose le diagnostic : l’endométriose. Mais je continuais de vivre et de travailler comme d’habitude. Sauf que je faisais des malaises au travail. Les douleurs empiraient. Ma digestion devenait chaotique. Mon état général se dégradait. Alors mon médecin m’a ordonné de lever le pied au salon. Plus que 33 heures d’ouverture par semaine.
J’ai d’abord pas mal tâtonné puis trouvé un équilibre précaire. Et j’ai commencé à m’ennuyer. La nostalgie m’a fait ouvrir mes placards. Je suis tombée sur mes vieux cahiers, mes pochettes pleines à craquer de feuilles mélangées.
Le déclic m’a frappée et je suis entrée dans une frénésie assez étrange. Je me suis mise à classer les fiches personnage, les mondes, les bouts d’histoire. Le sol de mon appartement, mon mobilier, même mon lit, tout était recouvert de mes gribouillis. J’y ai vu un fil rouge se dessiner. J’ai écarté ce qui ne correspondait pas. Et j’avais dans mes mains une pile bien nette qui constituait le squelette d’Éclipse Bay. Alors je me suis posée devant mon pc portable et j’ai commencé à en construire l’ébauche.
La première personne qui l’a lue était une cliente récente du salon de coiffure. C’était le 30 décembre 2024. Adèle et moi étions seules au salon car elle avait réservé pour une prestation assez longue. Notre discussion a vite dévié sur le sujet de nos lectures respectives et j’ai osé lui dire que je commençais à écrire. Sa curiosité était telle que je lui ai montré l’ébauche de onze pages en format A4 sur mon One Drive. Elle m’a littéralement suppliée de la laisser lire. Je lui ai tendu mon téléphone et la séance de coiffure est devenue silencieuse. Elle a dévoré ce début maladroit et brouillon. Puis m’a fait jurer de ne jamais la laisser sans connaître la suite. À partir de là, Adèle est devenue mon Alpha lectrice.
J’en ai parlé à Kyo qui était transportée et m’a encouragée, conseillée et guidée pendant tout le reste du processus. Sa maman aussi a été d’une grande aide. Ma famille, mes amis, ma sœur de cœur et ma clientèle, ont courageusement supporté mon obsession pour cette histoire qui grandissait de jour en jour.
Trouvez-vous des sources d’inspiration dans votre métier ou dans les personnes que vous rencontrez au quotidien ?
Bien sûr.
Mes lectures diverses et variées, les K-Drama, les animés, les séries et le cinéma font partie intégrante de ma vie et une source inépuisable d’inspiration.
Chaque personnage possède un peu de moi, mais aussi des gens qui m’entourent, ou de ce que j’observe chaque jour. Parfois, avec l’accord de ma clientèle, j’injecte des anecdotes ou des expressions, des surnoms, un trait de caractère, une gestuelle à mes personnages pour les rendre plus humains, plus vivants. Mon vécu, mais aussi les expériences partagées, m’aident beaucoup à faire ressentir les émotions dans ma plume. Un nombre conséquent de ma clientèle, lorsque je leur lisais un paragraphe ou carrément un chapitre, me disait qu’elles aimaient beaucoup mes descriptions qu’elles qualifiaient de « cinématographiques ». Elles arrivaient à s’imaginer sans peine ce que je leur racontais. Alors j’ai appris à aiguiser ma plume dans ce sens. Et j’avoue adorer ça.
Pour ce qui est de la création, je ne planifie presque rien. Parce que la musique en est la principale source d’inspiration. J’ai eu l’affreuse expérience de la page blanche. La musique a sauvé l’histoire. Du moins, seulement quand je me suis souvenue qu’elle avait le pouvoir de connecter mes neurones… Des compositeurs tels que Thomas Bergensen, Ivan Torrent, Two steps from Hell, et bien d’autres dont les morceaux à la vibe épique, m’inspirent une scène voir, un chapitre entier. Bien entendu, des titres plus populaires ont été présents dans le processus de création. Sleep Token, Aurora, Teddy Swims, Livingston… et bien d’autres encore. Sur les conseils de Kyo et de ma clientèle, j’ai d’ailleurs proposé ma playslist dans le roman pour celles et ceux qui aiment se perdre entre les lignes.
J’espère ne pas me tromper en disant que la musique est, et restera un atout principal pour moi. En tout cas, ça va dans ce sens pour la suite de la duologie d’Éclipse Bay.
Quelles ont été les principales étapes qui vous ont menée jusqu’à la publication de votre premier roman ?
L’excitation de pouvoir enfin allier mes deux passions a été la première étape.
Le doute parce que je n’avais aucune réelle expérience. Donc je me suis tournée vers les œuvres que j’ai lu un nombre incalculable de fois. Vers les réseaux sociaux aussi, où beaucoup de créateurs donnent de très bons conseils.
Le stress m’a tout droit menée vers Kyo, sa maman Christelle Morize, Adèle mon Alpha lectrice qui a toutes les versions de chaque chapitre avant qu’on en valide une seule. J’ai aussi fait subir à ma famille et ma petite sœur de cœur, un incessant babillage sans queue ni tête dont le sujet principal était mon roman en cours et mes états d’âme. Promis, j’arrête. Jusqu’au prochain coup de stress ^^.
Le syndrome de l’imposteur s’est glissé dans le processus sans que je m’y attende. C’est arrivé juste après le moment où j’avais soumis mon manuscrit à trois maisons d’édition. L’une était à compte d’auteur donc je l’ai éliminée sans hésiter. Les deux autres acceptaient de prendre mon manuscrit mais les conditions ne me convenaient pas. Devant les propositions de contrat, j’avais cette impression dérangeante de perdre mon bébé si je bossais avec l’une ou l’autre. Alors j’ai décliné leur offre et choisi l’autoédition. Mais je ne me sentais vraiment pas légitime. Parce que je n’étais pas expérimentée. Encore une fois, Kyo a joué un grand rôle pour me mettre les coups de pieds aux fesses dont j’avais besoin et me remettre au travail.
Le désespoir a pointé le bout de son nez, et me fait coucou encore régulièrement. Dans ma vie, je suis quelqu’un qui est assez organisée, réfléchie, calme. Même si je peux avoir parfois mon quart d’heure de folie et être plus spontanée, je reste quelqu’un qui aime la stabilité. Dans le processus d’écriture, c’est tout le contraire, à mon plus grand désarroi. Parce que les idées ne viennent pas dans l’ordre et que mes fichiers ou mes brouillons ne sont donc pas rangés immédiatement dans une chronologie parfaite. Et j’ai beau essayer de remettre de l’ordre, rien n’y fait. Je m’y perds même d’autant plus. Je vous laisse avec l’image de moi qui lui rend son coucou au désespoir, en ronchonnant et pleine de mauvaise foi.
La résignation arrive en toute logique. J’ai accepté que mon processus créatif soit un nœud chaotique que je démêle au fur et à mesure de mon avancée. Une fois tous les fichiers cochés et les brouillons validés, je peux voir si j’ai oublié un élément et ajuster mon texte.
La surprise de redécouvrir mon texte et mes dialogues lors de ma relecture me fait beaucoup rire car je me fais souvent la réflexion de me dire « c’est moi qui ai écrit ça ! »
Le soulagement vient lorsque je confie mon manuscrit en plusieurs exemplaires à mes bêta lectrices et mes correctrices. C’est le moment où je souffle en déléguant cette partie du travail, même si je sais que j’aurais encore de quoi bosser quand elles me rendront leur exemplaire annoté.
L’étonnement et l’admiration pour ma graphiste et son travail exceptionnel. Avant de faire appel à CARA STUDIO GRAPHIQUE, Kyo m’avait montré et expliqué comment faire une couverture avec des images libres de droit et Photoshop. Malgré ses explications en direct et retransmises en messages vocaux pour que je n’oublie rien, impossible de créer quoi que ce soit de potable. Je ne suis vraiment pas faite pour ça. Et comme Kyo a déjà beaucoup de travail avec ses propres romans, je ne l’ai pas plus sollicitée. Je suis tombée, par le plus grand hasard, sur Instagram, sur le travail de Cassandra, une graphiste incroyable. Elle a su lire dans mes pensées et retranscrire exactement ce que je voulais pour la couverture, les marque-page, la fiche A4 et le roll-up. J’ai bien l’intention de continuer à lui confier cette partie du processus pour mes autres romans.
L’irritation lors de la mise en page, qui est devenu mon cauchemar éveillé. Des heures de recherches afin de comprendre et trouver tous les éléments que je vais choisir pour mettre en page mon roman, puis Word qui déplace tout n’importe comment dès lors qu’on change un réglage. Mais, là aussi, je vais pouvoir déléguer à l’avenir, puisque ma graphiste a ajouté cette prestation à son savoir-faire.
La peur, parce que bon, faut bien publier tout ça un jour… Encore une fois Kyo a été d’une aide inestimable. Elle m’a accompagnée tout le long du processus de publication sur Amazon KDP jusqu’à la fin.
La gratitude parce qu’en fin de compte, je ne suis jamais seule. J’ai une chance incroyable d’être si bien entourée et soutenue. Mon roman aurait pu rester dans l’oubli, perdu dans la marée d’œuvres en tout genre qui paraissent chaque jour sur Amazon KDP. Mais le mien a su trouver plus de 140 lecteur(ices).
Et j’ai l’espoir qu’il en trouve encore beaucoup d’autres.
Depuis combien de temps travailliez-vous sur des projets d’écriture avant de publier Éclipse Bay – Les liens ?
Je n’avais jamais vraiment travaillé sérieusement avant Éclipse Bay - les liens. Tout ce que je faisais, c’était de noter quelques idées, inventer des personnages incomplets, créer des bouts de monde sans jamais les construire vraiment.
Aviez-vous toujours envisagé de publier un jour ou écriviez-vous d’abord pour vous-même ?
Je pensais écrire seulement pour moi-même. Jusqu’à ce que tout ce beau monde autour de moi me conseille de publier. Et même si je ne trouve pas plus de lectorat, je sais que celles et ceux qui me lisent déjà, continueront à me lire. Et moi, je consacrerais toujours du temps à écrire. Parce que j’aime ça. M’évader, imaginer, construire, apprendre encore et encore, m’améliorer, voir ma plume devenir plus sûre et offrir un peu de mon monde à ceux qui en ont besoin.
Quels auteurs ou quelles œuvres ont marqué votre imaginaire de lectrice ?
Il y en a beaucoup. La plupart sur le thème de l’imaginaire. Il y a de la romance aussi, des thrillers…
Pour en citer quelques un(es), il y a : KYO VR, Christelle Morize, Karine Carville, Jocabel C. Caballero, Jane Austen, Franck Thilliez, Kiera Cass, Cassandra O’Donnell, Anna Premoli, Marie Potvin, Emma Green, Cassandra Clare, Christopher Paolini, C.J Daugherty, et bien d’autres encore.
Comment définiriez-vous votre univers littéraire en quelques mots ?
La magie de l’imaginaire. Un univers entier dans lequel on peut construire nos propres galaxies. Mêler le réel et le surnaturel ou créer une toute nouvelle planète. Bâtir un monde meilleur, ou pire, dans une dystopie basée sur des faits réels ou à partir de rien. La création à l’état pur.
Quelles sont les valeurs ou les émotions que vous souhaitez transmettre à travers vos récits ?
Pour Éclipse Bay -Les liens, je voulais explorer la quête de soi-même, faire face à ses propres contradictions, choisir d’écouter ou de faire taire ses instincts. Mais aussi apprendre à faire confiance, avancer malgré les blessures du passé et celles du présent. Accepter la différence. Se repentir et se reconstruire. Comment continuer à croire et rester soi-même sans perdre sa capacité à aimer.
Pour les autres, j’aborderai d’autres thèmes qui me tiennent à cœur sous bien des formes.

Comment est née l’idée d’Éclipse Bay – Les liens ?
Tout simplement grâce aux personnages que j’avais déjà sous la main depuis toutes ces années. Quelques scènes inspirées par des morceaux de musique. Et mon imagination a fait le lien et construit le monde et ses règles. Trop vite pour que mes mains suivent la cadence et relayent souvent cette partie du travail en messages vocaux retranscrits.
Jenna est au cœur de cette histoire : comment avez-vous construit ce personnage ?
Jenna… est née de nombreuses observations sur les relations humaines. Elle a cette tendance à prendre soin des autres, à observer les détails, à remettre en question ses propres perceptions. Elle n’est pas mon reflet, mais elle porte certaines interrogations qui me touchent profondément. Je lui ai donné le prénom d’une de mes clientes. Elle est aussi curieuse qu’une autre. Ne suit pas forcément la voix qui murmure le plus fort à son oreille.
Pourquoi avoir choisi de mêler magie, meutes, divinités et malédictions dans cet univers ?
Pourquoi ne pas le faire ? L’imaginaire n’a pas de limites. Autant l’exploiter à ma guise ! Même si c’est du déjà vu, j’ai voulu construire ce monde tel que je le vois. Bien sûr, il faut garder une certaine cohérence, et c’est parfois la partie la plus casse-tête quand on invente tout ça. Mais c’est amusant. Je peux enfin mettre par écrit tout ce que j’imagine depuis petite et modeler à ma manière. Faire grandir ces mondes en même temps que moi.
Quelle a été la plus grande difficulté rencontrée lors de l’écriture de ce premier roman ?
Sans conteste, la mise en page. Je place ça au même niveau que les maths ou la comptabilité ainsi que l’administratif. C’est à m’en donner des sueurs et des crises de panique pour finir en larmes.
Quel retour des lecteurs vous a le plus marquée depuis la sortie du livre ?
Le premier a été magistral. C’est une lectrice qui a lu la version Kindle sortie le 2 novembre 2025, alors que la version broché était programmée le 9 du même mois. Elle a littéralement dévoré l’histoire en un seul jour ! Incroyable. Et un peu frustrant quand je me dis que j’ai bossé une année entière pour le sortir. Mais tellement gratifiant. Son avis était riche et sincère. Je n’en espérais pas autant. Surtout aussi vite et en étant pas du tout connue dans le monde du livre. Avec ce tout premier avis, j’ai su que j’avais gagné une lectrice fidèle. Et ça, ça met du baume au cœur.
Êtes-vous une autrice qui planifie minutieusement ses intrigues ou laissez-vous une place importante à l’improvisation ?
J’essaie de planifier. Vraiment. Mais le chaos revient inlassablement mettre le bazar. Alors je laisse faire et ne me bat plus contre ça. J’ai accepté que je n’étais ni une autrice architecte, ni une autrice jardinière, comme on dit dans le jargon littéraire. Je suis quelque part entre les deux, comme un électron libre qui préfère ne pas choisir de camp.
Comment travaillez-vous la construction de vos personnages et de leurs émotions ?
Au départ, je fais une fiche personnage type. Nom, prénom, âge, apparence, race, pouvoirs, caractère, tics ou habitudes, puis ils prennent vraiment vie et décident à ma place. Encore une fois, je ne fais pas le poids et laisse les choses se faire. En criant derrière eux comme une maman inquiète et en reprenant les reines quand ils partent trop en dehors des sentiers.
Quelle place accordez-vous à la romance dans vos récits de fantasy ?
Dans ce premier roman fantasy, la romance est le point de départ, mais elle n’est pas une fin en soi. C’est à travers elle que j’explore la confiance, les blessures, la famille qu’on choisit, les conséquences de nos choix et les liens qui nous unissent.
Quels conseils donneriez-vous à une personne qui rêve de publier son premier roman ?
Fonce. Écrit. Publie. Même imparfait. Parce que personne n’est parfait L’important est de faire ce qu’on aime. La vie est assez dure pour encore se priver de ce qui nous anime. N’aies pas peur. Même si tu as peu de lecteurs. Ce seront quand même des personnes qui auront plongé dans ton monde à toi. Alors rêve grand. Tes écrits trouveront toujours leur lectorat.
Quels sont vos projets littéraires pour les mois ou les années à venir, et retrouverons nous bientôt l’univers d’Éclipse Bay ?
Les mois ? Heu… Disons que ces prochains mois seront entièrement dédié au deuxième tome de la duologie Éclipse Bay. J’espère le terminer avant la fin de l’année. Mais entre mon salon et ma santé, ce n’est pas évident d’écrire au rythme que je voudrais. Je n’en suis qu’au chapitre 4, alors qu’il promet d’être aussi dense que le premier tome. Je préfère donc ne pas mettre la charrue avant les bœufs. Aucune date de sortie ne m’est imposée. Enfin… je tiens quand même compte de l’impatience de mes lecteur(ices), qui attendent la suite avec beaucoup d’enthousiasme. (La pression se fait un peu ressentir !).
Pour les années suivantes, j’ai deux spin-off d’Éclipse Bay en tête. Je conserverai le même univers et ses règles, mais en mettant cette fois d’autres personnages au premier plan. Un tome leur sera consacré à chacun.
J’ai également le projet d’une romance SF en one shot. D’une dystopie SF que j’imagine, pour l’instant, en deux tomes, ainsi que d’un thriller post-apocalyptique. C’est d’ailleurs le plus brouillon de tous mes projets.
Et comme vous l’aurez compris au fil de l’interview, je serais bien incapable d’écrire plusieurs histoire en même temps. L’étendue du chantier d’un seul roman ressemble déjà à un joyeux chaos, soigneusement cachée sous une couverture faite d’organisation bancale… mais solidement maintenue par ma persévérance.





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