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INTERVIEW (Archives) : Morgane Deschênes

  • Pirard Marvin
  • il y a 4 jours
  • 8 min de lecture

Morgane Deschênes est une autrice québécoise, née le 20 avril 1994 à Gatineau. Elle écrit sous un pseudonyme et se nomme en réalité Maryse Legault-Fortin. Après des études en travail social, elle travaille dans le domaine de l’intervention psychosociale.

Elle publie son premier roman, Possession, en 2022. Ce thriller fantastique met en scène une adolescente confrontée à une série de phénomènes inquiétants dans un contexte mêlant enquête et surnaturel.

Grâce à son style captivant et à son goût pour le suspense, Morgane Deschênes s’est fait remarquer parmi les nouvelles voix de la littérature de l’imaginaire et du thriller québécois



Tous droits réservés :
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  • Qui est Morgane Deschênes ?


Morgane Deschênes est mon nom de plume. Je me prénomme en réalité Maryse. J’avais décidé depuis longtemps d’écrire sous pseudonyme et comme j’entretiens une fascination pour le personnage de la sorcière Morgane dans les légendes arthuriennes, c’est un nom d’autrice qui m’est venu assez naturellement.

Je dirais que Morgane est la partie de moi qui recherche la liberté. Quand j’écris, rien ne me retient et j’ai le contrôle absolu sur tout ce qui se passe autour de moi et dans mes histoires. Comme je suis une personne très anxieuse, l’écriture est thérapeutique à ce niveau. Morgane est mon avatar qui peut vivre sa meilleure vie, sans contraintes ni peur. C’est la personne que j’aspire à être un jour, en fait.


  • Quel est votre parcours ?


Je suis technicienne en travail social de formation, mais je serai honnête : c’est uniquement par obligation. Je me cherche encore à 28 ans ! J’ai toujours entretenu une relation amour-haine avec les études et ce sont justement ces très longues heures sur les bancs d’école qui ont semées les premières graines de la création en moi. J’avais absolument besoin d’une échappatoire, d’un monde qui me correspondait davantage, alors j’ai commencé à m’en créer dans ma tête.

J’ai essayé plusieurs formations, dans différentes branches, mais rien ne me ressemblait vraiment. J’ai terminé mes cours en travail social parce qu’il fallait bien que je fasse quelque chose, mais rien ne vibrait autant que ce que je pouvais moi-même inventer à partir de rien.

Aujourd’hui j’envisage encore de retourner à l’école, mais en ne me mettant aucune pression. J’ai confiance que je finirai par trouver ce qui me convient.


  • Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire un roman ? Pourquoi dans le domaine de l’horreur plus qu’un autre ?


Comme je l’ai mentionné plus haut, c’est carrément dans une salle de classe que tout a commencé ! J’ai eu le premier « flash » de cette histoire à l’âge de 14-15 ans. Une jeune fille entendait la voix d’un garçon dans sa tête et elle devait découvrir de qui il s’agissait. Bien sûr aujourd’hui on lit le roman et ce pitch est à mille lieues de ce que l’histoire a fini par devenir, mais Maève et Alec « existent » bel et bien depuis presque 15 ans. Je me souviens que les premières lignes de Possession ont été écrites dans un de mes cahiers d’école. J’avais arrêté au bout de 5 ou 6 pages, mais l’idée est toujours restée quelque part en arrière-plan dans mes pensées.

J’ai repris l’écriture de cette histoire trois ans plus tard, alors que je traversais une période difficile. J’avais besoin de m’évader. C’est en 2011 que j’ai réellement entamé la première version de mon roman. C’est d’ailleurs pourquoi l’histoire se déroule à la fin de cette année-là. Pour moi c’était impossible que Maève vive toutes ces choses à un autre moment.

Au début, ça n’était pas nécessairement un roman d’horreur. L’intrigue était beaucoup plus dirigée vers la quête de Maève pour trouver l’identité de la voix dans sa tête. Je ne saurais dire aujourd’hui où je m’en allais exactement avec cette idée, mais je me souviens que je me suis retrouvé devant un problème de taille parce que je n’arrivais pas à justifier le fait que la « voix » pouvait communiquer avec elle de cette façon. L’idée de la possession démoniaque m’est tombée dessus sans prévenir et je n’ai pas pu m’en défaire, ça fonctionnait trop. D’un autre côté, je vivais aussi certaines choses à travers une amie qui a réellement eu affaire à une présence très négative qui la harcelait chez elle. Je mentirais en niant que ça ne m’a pas influencé. Il est d’ailleurs possible qu’une ou deux scènes du roman soient directement tirées de chose dont j’ai personnellement été témoin…


  • En dehors de la production de votre propre œuvre. Que lisez-vous ? Qu’écoutez-vous comme musique ?


Je suis bien évidemment fan de roman d’horreur. La lecture du roman Aliss de Patrick Senécal a été, comme pour beaucoup de jeunes de ma génération, un rite de passage à l’adolescence. J’ai en souvenir de comment la violence et le sexe, écrit de manière extrêmement graphique, m’avait renversé et que j’avais couru à la librairie me procurer le reste de ses œuvres. Je lis aussi beaucoup de policier et de thriller, bien que le fantasy ait également une belle place dans ma bibliothèque. Maxime Chattam, Francois Levesque, Franck Thilliez, Jean Vigne, James Clemens, Stephen King, Madeleine Robitaille ou Thomas Harris sont les premiers auteurs auxquels je pense comme des incontournables.

Quant à la musique, j’écoute beaucoup de genre différent même si le métal et le hard rock sont assez prédominants dans mes playlists. Il était absolument hors de question que je présente Possession sans sa liste de lecture à sa publication. La musique est extrêmement importante dans mon quotidien, j’ai toujours des écouteurs aux oreilles.

Dernièrement, Greta Van Fleet, Ghost, Charlotte Wessels, Florence and the Machine, Amaranthe et Bring Me The Horizon, revienne beaucoup dans mes choix. Je suis aussi totalement accro à In This Moment, Nightwish, Dream Theater, Janis Joplin et Led Zeppelin. Et comme je suis une grande nostalgique, je reviens régulièrement à mes amours de jeunesse : Evanescence, Black Veil Brides, Three Days Grace, Linkin Park, Paramore et même Tokio Hotel.



  • Avez-vous un auteur fétiche que vous affectionnez plus qu’un autre ? Pourquoi ?


J’ai délibérément omis de nommer Karine Giebel plus haut, car si je ne devais recommander un seul roman jusqu’à la fin de mes jours, ce serait certainement « Meurtres pour rédemption ». Avant de tomber sur ce roman, je ne savais pas qu’on pouvait ressentir des émotions aussi fortes à travers une lecture. Ce roman m’a littéralement jeté par terre et j’ai compris ce qu’était vraiment que de savoir écrire. Cette autrice est absolument incroyable et tous ses romans sont des pépites. Foncez la découvrir si ce n’est pas déjà fait !


  • Lors de l’écriture de Possession, quelles étaient les conditions idéales pour vous immerger dans votre univers et être au maximum productive ?


Je commençais généralement à écrire vers dix-neuf - vingt heures. Je me faisais couler un grand café bien fort, j’avais un gobelet d’eau glacée et des jujubes acidulés à portée de main et j’écrivais une bonne partie de la nuit, la musique à fond dans les oreilles. Il m’est aussi arrivé très souvent de sécher mes cours pour revenir à la maison en cachette pour travailler sur mon histoire. J’ai le privilège d’avoir une mère qui a compris comment j’avais besoin de ce projet pour garder la tête hors de l’eau et qui a choisi de nombreuses fois de fermer les yeux sur mon comportement. Bien des choses ont été négligées dans ma vie au profit d’une des nombreuses versions qu’a connue mon roman.


  • D’où avez-vous tiré l’inspiration de votre premier roman ? Et surtout comment vous est venue l’idée d’une possession aux caractéristiques si particulières ?


Beaucoup de choses ont influencé mon écriture au fil des ans. Je suis tombée amoureuse du personnage d’Hannibal Lecter interprété par Gaspard Ulliel à la fin de mon adolescence, ce qui a quelque peu influencé les tendances cannibales de mes personnages principaux. Je me gavais aussi de film d’horreur comme « l’Exorcisme d’Emily Rose » et « Devil Inside » et j’ai été complètement subjuguée par les premiers volets de « Paranormal Activity ».

Quelque temps après l’achèvement de ma première version, je suis tombée malade. Je vomissais beaucoup, perdais du poids et dormais tout le temps. Ça m’a pris plusieurs années avant de comprendre pourquoi j’avais mis autant l’accent sur le mal être physique de Maève dans le roman. J’ai sans m’en rendre compte transposé les symptômes de ma maladie sur mon personnage principal. J’imagine que j’ai évacué certains traumas de cette façon.

Alice au pays des Merveilles était mon film préféré quand j’étais enfant et les couleurs vives à l’aspect presque psychédélique m’ont laissé un souvenir très vif de mes premiers visionnages. J’ai eu envie de faire une petite place à ce souvenir sensoriel dans mon récit. Ainsi a vu le jour le « Wonderland » de mon histoire.

Pour donner un minimum de crédibilité à mon récit, je me suis aussi procuré plusieurs livres sur le sujet de la possession démoniaque et me suis même un jour surprise à lire une véritable Bible de l’exorcisme de l’Église catholique. J’étais vraiment déterminé à insuffler une ambiance un minimum réaliste à mon roman.

Une rencontre que j’ai également faite, l’année avant le début de l’écriture de Possession, m’a laissé une impression très particulière et je m’en suis directement inspirée pour le premier entretien de Christian Grégoire et Maève.


  • Trouver un éditeur n’est pas une chose facile et vous avez signé avec les éditions de l’Apothéose. Comment s’est déroulée la recherche d’un éditeur ? Comment s’est passé le premier contact ?


Avant de signer avec l’Apothéose, j’ai eu des échanges de courriels avec deux maisons d’édition qui ont été assez consternants. Pour la première, j’étais certaine que c’était dans la poche. C’était la deuxième réponse à vie que je recevais d’une maison d’édition, elle avait un ton extrêmement positif et j’étais euphorique. Malheureusement, pour une raison qui me semble toujours obscure aujourd’hui, cela ne s’est pas fait. J’ai eu une expérience plus ou moins semblable avec la seconde, mais cette fois, c’est moi qui ai pris la décision de reculer, car je sentais que cela n’irait nulle part.

J’ai entendu parler de l’Apothéose au détour d’une conversation quelques mois plus tard et je suis allée m’informer davantage sur leur site internet. Ce que j’y ai lu m’a convaincu, j’ai retravaillé mon texte et l’ai soumis une nouvelle fois. Quelques mois plus tard, mon manuscrit était retenu et je discutais de mon contrat au téléphone avec Sylvain Vallières, le PDG de la maison d’édition. Pour une première expérience, je me considère très chanceuse !


  • On ne peut pas rester sur notre faim avec un seul roman. Etes-vous déjà sur la préparation d’un deuxième ? Pourrait-on en savoir plus ?


J’ai commencé l’écriture d’une deuxième histoire dès que la première version de Possession a été terminée. Bien sûr, de nombreuses réécritures s’en sont suivi et ce deuxième projet a été plusieurs fois relégué au second plan, mais j’ai enfin pu en terminer le premier jet l’an dernier. Il s’agit cette fois d’une histoire qui tire plus sur le thriller que le roman d’horreur, mais ce récit n’a rien de léger pour autant. J’ai beaucoup d’affection pour ce projet qui est bien différent de Possession, mais qui m’enthousiasme tout autant. On y parlera d’amnésie, de secrets de famille, de traumatismes en tout genre et d’un groupe d’individus complètement tordus. Un troisième projet est également en cours d’écriture en ce moment, mais rien ne sera officiellement bouclé tant que ce deuxième projet ne sera pas soumis en maison d’édition. Je dois d’ailleurs en commencer très bientôt la réécriture.


  • Merci d’avoir répondu à nos questions et du temps que vous nous avez accordé. Souhaitez vous laisser un dernier message pour nos lecteurs ainsi qu’à ceux qui vous ont lu ou vont vous lire ?


Si vous m’avez déjà lu, merci de votre intérêt. J’espère que votre expérience avec ma plume aura été à la hauteur de vos attentes ! Si au contraire, vous n’avez jamais eu Possession entre les mains, j’espère que cet entretien aura su piquer votre curiosité et que vous vous laisserez tenter par cette histoire qui m’accompagne depuis si longtemps. Je suis infiniment heureuse d’avoir aujourd’hui le privilège de pouvoir la partager avec vous et j’espère qu’elle vous procura quelques frissons.


René Manzor "L'ombre des innocents"s



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