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INTERVIEW : Frank Leduc

  • Metal'Art Culture
  • 1 déc. 2025
  • 8 min de lecture

Auteur prolifique et passionné, Franck Leduc a quitté le monde de l’entreprise pour se consacrer pleinement à l’écriture. Ses romans mêlent suspense, psychologie, science et histoire, dans un style accessible et captivant. Dans cet entretien, il revient sur son parcours atypique, ses inspirations et sa vision du métier d’écrivain.


Tous droits réservés :
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  • Qu’est-ce qui vous a poussé à quitter le monde de la téléphonie pour vous consacrer à l’écriture ?

    Ça ne s’est pas tout à fait passer dans cet ordre-là. J’ai quitté la région parisienne et la téléphonie pour m’installer dans le sud des Landes, près de l’océan. Région d’où je suis originaire. Mon projet c’était surtout ça au départ. L’écriture est venue ensuite, ça a plutôt été une conséquence. J’avais des choses à raconter…


  • Comment votre expérience en tant que coach en management influence-t-elle vos personnages ou intrigues ?


    Elle ne les influence pas beaucoup. Mon activité de formateur et mon univers d’écrivain sont deux parties de moi qui ne communiquent pas tellement. Deux mondes que j’assume mais qui s’ignorent la plupart du temps. Excepté pour mon dernier roman « Duel », aux éditions Belfond Noir. Pour celui-ci, je me suis en partie appuyé sur mes connaissances des techniques de négociation et d’influence que j’enseigne dans mon métier. Mais c’est un genre d’accident. Dans mon écriture je cherche en général à me plonger, et mon lecteur avec moi, dans des univers particuliers qui sont très éloignés de ma vie réelle.


  • Qu’est-ce qui vous a donné le courage de changer radicalement de vie en 2014 ?


    Ça a été un alignement de planètes. Durant 18 ans j’ai été cadre dans un grand groupe de téléphonie, avec beaucoup de responsabilités, des enjeux économiques. J’y ai pris beaucoup de plaisir et ça m’a longtemps stimulé, mais à un moment j’ai eu envie d’une vie différente. De faire autre chose, de repartir à zéro. De voir si je pouvais être quelqu’un d’autre de celui que j’avais été jusque-là. De jouer une extra-balle ! Et aussi de vivre près de la mer.


  • Quel roman vous a demandé le plus de travail ou de recherches ?


    C’est difficile à dire. Tous mes romans m’ont demandé énormément de travail. Je passe beaucoup de temps pour construire et alimenter mes intrigues. C’est un travail de moine soldat, très long, avant de passer à l’écriture à proprement dit. Le plus ambitieux a peut-être été Cléa. Le christianisme, la croyance…, j’ai marché sur des œufs durant deux ans. C’est ma basilique, ma Cappella Sisitina.


  • Comment est née l’idée du thriller psychologique "Duel" ?


    J’ai imaginé un duel, comme son titre l’indique, mais pas comme au Far West ou dans le passé, un affrontement uniquement par la voix, entre deux personnes qui ne se sont a priori jamais rencontrées. Un terroriste à la personnalité spectaculaire, aux motivations mystérieuses, et une négociatrice du RAID. Ce sont deux experts de la manipulation, mais bien entendu toutes les cartes ne sont pas immédiatement sur la table.

    Pour l’écrire je me suis en partie inspiré de deux faits divers, La prise d’otage d’un car scolaire à Loyada en 1976, et celle de la maternelle de Neuilly en 1993. On entre dans l’affaire à travers les yeux de la négociatrice, Talia Sorel. Un personnage qui m’a été largement inspiré par une vraie héroïne en chair et en os, Tatiana Brillant, qui a été négociatrice du RAID durant 13 ans et qui a écrit un livre passionnant qui s’appelle La voix du RAID (chez Mareuil édition).


  • Vos intrigues mêlent souvent science, histoire et psychologie. Comment choisissez-vous vos sujets ?


    La naissance d’un roman, c’est toujours un peu mystérieux. Même pour son auteur. Il faut essayer plein de portes avant de trouver la bonne. J’écris sur des sujets qui m’intéressent et sur lesquels je pense qu’on peut porter un regard différent. Faire un pas de côté. J’essaie de construire des intrigues intéressantes à l’intérieur d’univers qui sont eux même fascinants, et de conserver cette dualité d’intérêts tout au long du récit. J’aime bien l’idée du roman inattendu, celui qui porte une certaine résonnance, qui provoque un effet « whaou ». Où on se dit, je n’avais pas vu les choses comme ça.


  • Quelle est la part de fiction et de réalité dans vos romans ?


    Dans tous mes romans, il y a toujours un contexte important, mais mes intrigues sont des fictions. J’écris des histoires « extraordinaires », mais en passant énormément de temps pour les rendre crédibles.


  • Avez-vous une préférence pour les romans ou les nouvelles ?


    J’aime bien les deux. Les nouvelles procurent une satisfaction plus rapide. Déjà parce que c’est moins long à écrire et ensuite parce qu’elles sont souvent publiées plus rapidement. Dans une nouvelle, on n’a pas le temps d’installer une intrigue et des personnages, on doit aller directement à l’essentiel : l’émotion ! C’est une aventure d’un soir, en quelque sorte, alors que le roman nécessite un engagement affectif plus assidu…


  • Comment construisez-vous vos intrigues ? Avez-vous une méthode particulière ?


    Je travaille sur plusieurs projets en simultané que j’alimente au fur à mesure. Il y a plein de petits éléments qui s’ajoutent les uns aux autres pour au final faire un jour un bon sujet. J’écris un peu comme un architecte, je passe énormément de temps pour élaborer les fondations, le plan, les personnages, la fin. Lorsque je commence à écrire je sais exactement où je vais, ce qui va se passer à chaque étape, et comment ça va se terminer. Ça me permet de garder une cohérence dans mes récits et d’orchestrer les rebondissements, les fausses pistes, l’évolution des personnages.


  • Concernant “La Mémoire du temps”, le personnage d’Alice revit sous hypnose les souffrances d’une adolescente disparue en 1937. Comment avez-vous travaillé la construction de ce lien entre les deux époques, et quelle place accordez-vous à la psychogénéalogie dans votre récit ?


    Je pense qu’on hérite tous à la naissance d’une partie de ceux qui nous ont précédés. Parfois, il y a très longtemps. Un atavisme séculaire qu’on ne maîtrise pas mais qui modèle en partie qui nous sommes. Et qui peut se révéler à un moment particulier de la vie, c’est le point de départ du roman.

    J’avais depuis longtemps l’idée d’une intrigue à bord du dernier vol du Hindenburg, mais je ne trouvais pas d’angle intéressant pour la raconter. C’est la rencontre avec une neurologue qui m’a donné l’idée de la psychogénéalogie. C’est grâce à ça qu’on embarque tous à bord du Zeppelin, parce qu’on a envie de savoir pourquoi et comment ces deux jeunes femmes sont liées à travers les époques ?


  • Travaillez-vous sur plusieurs projets en parallèle ?


    Oui. J’ai un vivier de projets en cours, que je construis progressivement. Et dont je suis incapable de vous dire ceux qui verront le jour de ceux qui resteront à l’état gazeux… J’ai un principe auquel je ne déroge pas, je ne commence l’écriture d’un roman que lorsque j’ai rassemblé trois idées ; Une idée d’intrigue, une idée de personnages, et une idée qu’on n’attend pas…


  • Avez-vous des rituels ou des manies d’auteur ?


    Pas vraiment. J’aime bien écrire le soir après être allé courir. Ensuite ça dépend. Parfois un verre de vin et des amandes.


  • Comment gérez-vous les phases de doute ou de blocage créatif ?


    Mal, comme la plupart des auteurs j’imagine. Avec le temps, l’expérience, on l’appréhende mieux. Ça ne passe pas hein, mais quand on a déjà réussi à aboutir un roman, on sait qu’il y a des phases d’euphories et de déprime. C’est normal, on ne travaille pas tous les jours sur une histoire durant des mois, aussi intéressante soit-elle, sans finir par s’en lasser un peu.


  • Vos personnages sont souvent confrontés à des dilemmes moraux. Est-ce une volonté ?


    Ce qui rend un personnage intéressant, presque intime, ce sont ses fragilités et son évolution. Ce qui est important c’est le mouvement. Même si nos vies sont très différentes, on doit pouvoir se projeter. Il n’y a rien de mieux que les dilemmes pour ça, qui implicitement pose une question ; Et vous, qu’auriez-vous fait ? ça fait sortir le personnage du roman pour nous interroger, voire pour nous demander des comptes.

  • Comment créez-vous des personnages féminins forts comme Talia Sorel dans Duel ?


    On me pose souvent la question, car tous mes romans mettent en scène des héroïnes plutôt costaudes. Je n’ai pas de réponse tout à fait satisfaisante, mais il doit y avoir un truc. Ce n’est pas prémédité, les histoires me viennent comme ça. Je trouve intéressant de faire évoluer des femmes fortes dans des milieux très masculins. Ça rajoute une dimension au personnage et à l’histoire. Et puis c’est assez gratifiant pour un homme d’inverser ses polarités. De faire le chemin pour être crédible. Ça ajouté évidemment une difficulté, mais quel bonheur ! Après, ce n’est pas revendiqué mais ce n’est pas caché non plus, j’assume complétement pour ma fille, et pour les femmes en général, l’espérance d’une société moins patriarcale qu’elle ne l’est.


  • Quelle place accordez-vous à la psychologie dans vos récits ?


    Elle est importante. Dans mes romans, l’ascenseur est avant tout émotionnel. Il y a de l’action, bien sûr, mais ce n’est pas le moteur essentiel. Je cherche surtout à divertir par la réflexion, et le questionnement.


  • Y a-t-il un personnage qui vous ressemble particulièrement ?


    Pas vraiment. Les personnages dans mes romans sont toujours imaginaires. C’est à la fois un peu moi et jamais moi. C’est une dépendance mais pas un calque. Comme un travestissement. C’est un privilège de pouvoir vivre par l’écriture d’autres vies que la sienne. Et plus elles sont loin loin loin…, plus c’est jubilatoire.


  • Comment voyez-vous l’évolution du polar français ces dernières années ?


    Plutôt positivement. On a de grands noms, très installés, et des nouveaux auteurs talentueux et ambitieux. Il y a un foisonnement. Des autrices également, notamment dans le collectif des louves du polar, elles sont exceptionnelles ! Je crois que ce qui est important, vital même, c’est d’encourager l’originalité.


  • Quel regard portez-vous sur l’édition aujourd’hui, notamment pour les jeunes auteurs ?


    Pour les éditeurs, comme pour beaucoup d’activités, la période est difficile. C’est un privilège d’être édité, ça se mérite, mais c’est déjà le cas avant. Pour un jeune auteur, je pense qu’il faut d’abord écrire pour soi, sans penser à tout ça. Avoir envie de raconter une histoire, de verbaliser des émotions. Le vrai défi, il est là ! Après la réussite auprès d’un éditeur et le succès auprès des lecteurs, c’est autre chose. Il faut un peu de chance. La qualité de votre travail y est pour beaucoup, évidemment, mais le reste vous échappe complètement.


  • Quels auteurs contemporains admirez-vous ou vous inspirent ?


    Il y en a beaucoup, c’est difficile de les citer tous. En plus j’ai tendance à lire des auteurs dans des genres très différents. Ken Follet, Frédéric Lenoir (pour ses romans), Eric Emmanuel Schmitt. Lorsque j’étais plus jeune, j’ai beaucoup été marqué par Tennessee Williams, Antoine de Saint-Exupéry, Jules Verne et Gilles Perrault. Je vous dis j’ai une bibliothèque hétéroclite ! Dans la « jeune génération » je dirai Nicolas Druart, Rosalie Lowie, Laure Rollier, Emile Riger, Maxime Girardeau, Ludovic Bouquin, Dominique Van Cotthem, Stéphanie Artarit, Jérémie Claes, liste non exhaustive, mais avec ceux-là déjà on est sur un niveau très élevé !


  • Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui rêve de publier son premier roman ?


    Comme dans la vie en général, ne pas se contenter de l’à-peu-près. Entre l’idée d’écrire un roman, et l’écrire vraiment, il y tout un monde d’exigence. Il faut être perfectionniste, ne pas compter ses efforts. Polir ses phrases, polir ses idées, polir ses personnages, se confronter à la critique, jusqu’à ce que ça soit parfait. Écrire tous les jours aussi, c’est bien pour garder le souffle de ses personnages. Et puis c’est un peu comme un sport, à force de s’entrainer dur on progresse, on acquiert des automatismes d’écriture, on affine son style.


  • Un grand merci pour votre disponibilité et votre sincérité.


    Merci à vous pour votre invitation. J’ai été très honoré de répondre aux questions de Metal’art.

    À bientôt,



René Manzor "L'ombre des innocents"s



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