INTERVIEW (Archives): Caroline Carton
- Metal'Art Culture
- 2 janv.
- 9 min de lecture
Caroline Carton vit dans l’audomarois (région naturelle du Pas de Calais), entourée par les marais
des Hauts de France. Un lieu à la fois mystérieux et idyllique pour trouver l’inspiration qui
la guide dans son domaine de prédilection : le fantastique. Auteur indépendante, passionnée
de lecture et de musique rock, elle est très tôt bercée par les romans de Stephen King qu’elle dévore
toujours avec la même passion. Ses autres principales influences sont les drames de Hubert Selby
Jr. De James Ellroy, mais aussi l’humour de Charles Bukowski et l’art de la dérision de Frank Zappa.

Bonjour, Caroline. Pourrais-tu te décrire en quelques mots pour les lecteurs qui ne te
connaîtrait pas encore ?
Je suis autrice (ou auteure, choisissez votre terme sans vous battre) de romans horrifiques fantastiques. J’écris des histoires fictives depuis toute petite mais me suis lancée dans l’aventure réellement en 2015 après un drame ayant croisé ma route, soit il y a près de 10 ans. Ça me parait pourtant être hier… Une lubie peut-être à l’époque qui s’est rapidement transformée en raison d’être, après le “mini succès” assez inattendu de mon premier roman Secondes Chances. L’évasion que me procure l’activité d’écriture vaut tout l’or du monde. Je suis une personne très énergique (trop) et perpétuellement en quête du “petit plus”. Pour moi, l’évasion est mon but ultime et c’est au travers de la folie, la musique et l’écriture que je la vis au quotidien. Je suis épicurienne, n’ayons pas peur des mots et j’ai besoin de cette liberté qu’offre le fantastique pour remplir mes poumons d’oxygène.
Quand et comment t’es venue l’envie d’écrire ?
Comme je l’ai brièvement évoqué, je pense que depuis toujours j’ai rempli des cahiers d’école d’histoires inventées. À l’époque c’était pour les potes. Chaque soir, je me couchais en m’inventant un rêve, une sorte d’histoire, et je la poursuivais plusieurs semaines. J’ai ce besoin assez irrationnel de me détacher du réel justement ; de vivre l’expérience autrement. Je me rappelle d’une série de dessins animés d’époque “Clémentine” où la gamine était handicapée et se retrouvait à vivre des histoires improbables à travers les époques, dans un univers où elle pouvait marcher. Un truc de dingue, car je pense que je m’identifie énormément à ce concept finalement. J’ai eu pas mal de soucis médicaux durant mon enfance, entre autres, et je suppose qu’inconsciemment ça a dû me forger cette personnalité et cette façon d’envisager le quotidien. Une journée où il ne se passe rien qui sorte de l’ordinaire n’a pas de saveur. Le concept de la perpétuelle rêveuse tout compte fait, mais avec le soupçon de lucidité qui m’empêche de vriller totalement. L’écriture est donc le parfait substitut à tout cela. Je suis même libre de faire vivre ou mourir des personnages ! De voyager et de les plonger dans des aventures inhumaines ! Si ce n’est pas ce qu’on appelle les pleins pouvoirs ça !
Tu es une auteure indépendante et auto éditée. Est-ce un choix propre ? Pourquoi ce besoin de partager tes écrits ?
Auteure indépendante par défaut au début de ma carrière, si je peux la dénommer ainsi. Puis par choix. J’ai évidemment tenté au début de proposer mon manuscrit aux grandes boites, répétant les mêmes erreurs de chaque débutant. Je n’étais pas prête, mon travail n’était pas abouti au sens où je le conçois désormais et évidemment je visais les plus grandes maisons. Je n’avais pas conscience de l’offre et de la demande à l’époque ni des nouveaux moyens de produire un livre, notamment en ligne, en ebook ou sans investir énormément dans l’autoédition. Ce fut donc mon choix par défaut, puis il s’est imposé. Les choses ont changé : si je devais tout faire moi-même, il me fallait assumer chaque étape du projet. J’ai la chance d’avoir été épaulée par mon ami Arnaud Codeville à l’époque qui a cru en moi et m’a expliqué comment sortir la tête de l’eau et produire quelque chose de qualité aussi bien en impression qu’en couverture, etc. Ne pas me satisfaire des solutions simples et gratuites disponibles mais m’investir réellement dans le projet. J’ai donc commencé à me diversifier, à ouvrir mon entreprise, à apprendre à utiliser des logiciels de dessin, à travailler avec des correcteurs professionnels, des imprimeurs professionnels, à maitriser les outils de promotion. Tout dématérialiser en quelque sorte et tout régenter. Une nouvelle casquette qui m’a demandé un sacré fil à retordre mais dont je suis très fière désormais car je commence à trouver mes marques beaucoup plus facilement. Me tourner de nouveau vers une maison d’édition me semble, de ce fait, injustifié par rapport aux efforts fournis en amont. Je me dis que si ça devait se produire, alors, oui, ça serait une maison assez renommée, et j’attends son appel ! Plus sérieusement, pour l’instant, je commence à sortir la tête de l’eau et on verra la tournure que ça prend.
Le choix du roman fantastique était-il une évidence pour toi ? Qu’est-ce qui t’a poussé vers ce genre littéraire ?
Une évidence en quelque sorte… Je suis fan de films d’horreur depuis mon jeune âge et passionnée par le merveilleux. Les deux ensemble c’est l’alchimie que je cherche. J’adore me faire peur, regarder des films seule dans le noir, ça me fait délirer. J’ai commencé à dévoré des Stephen King en primaire et trouvais, à l’époque, un goût insipide à ce qui était trop proche de la réalité. Le “petit plus” fantastique, même s’il est parfois subjectif, fait la différence pour moi. J’y vois aussi l’émerveillement de se dire que ce n’est pas la réalité (car si on cherche des horreurs, c’est bien chez l’humain qu’il faut fouiller et ce n’est finalement pas original, malheureusement). Le fait qu’il y ait des choses qui nous dépassent ou dont nous ne connaissons pas encore la maitrise, c’est ça qui me fait vibrer. Avec le temps, j’ai diversifié mes lectures, mais en ce qui concerne l’écriture, j’ai pour ambition de me perdre moi-même. Je me considère encore comme ma première lectrice donc j’attends de “l’extraordinaire”, par-là, j’entends “qui sort de l’ordinaire”. Une histoire qui démarre normalement, à laquelle on s’identifie avant que tout ne parte en vrille quand on a le dos tourné. C’est ça que je veux. Le frémissement que je vise.
Comment planifies-tu ton temps lorsque tu dois écrire ? Est-ce dès que tu as le temps ou tu prévois d’office un espace-temps ? Dans quel condition te sens-tu la plus à l’aise pour écrire ?
J’aimerais avoir plus de temps ! Un peu comme tout le monde, je suppose. Je ne peux pas me permettre de gagner encore ma vie suffisamment avec mes écrits donc j’ai un travail à côté qui me sollicite énormément. J’écris le soir en rentrant même si mes moments privilégiés restent en matinée. J’ai lu quelque part que c’était le cas de beaucoup d’écrivains, a contrario avec les musiciens qui sont plutôt du soir. Faisant partie des deux corps, on va dire que je m’accommode. La chose intéressante c’est que je n’ai pas besoin d’un lieu particulier, ni même d’un contexte, il me faut juste un clavier et un écran. Je peux me mettre à écrire dans le bruit, et faire abstraction totale. Ça facilite grandement les choses.

« Noir » est ton dernier roman sorti au moment où je pose l’interview (début juin). D’où t’es venue l’inspiration ?
Waw ! NOIR mon petit bébé, on peut le dire ! En fait, et c’est très souvent le cas, il suffit d’une petite remarque que je me fais ou d’une phrase dans une chanson pour que mon cerveau parte en vrille et se créé une idée de scénario. Pour NOIR, c’est encore plus fou car j’étais en train de regarder une émission, sur ARTE je crois, à propos d’anciennes poteries égyptiennes, je ne sais plus trop. Ils expliquaient que la terre cuite transportait encore des fréquences sonores qui étaient donc témoins de la vie d’époque. Un reportage de fou qu’il faudrait absolument que je retrouve ! Le tout était analysé en laboratoire et servait pour des reconstitutions. Bref, c’était délirant, on se serait cru dans un X-files. De là est tout simplement partie l’idée de cette marque indélébile qui incruste la matière. Dans NOIR, il s’agit de tissu et près de chez moi j’ai une friperie qui m’a toujours interpellée. Le tour était joué ! Pour mon personnage, je voulais qu’on s’y attache et qu’on vive les expériences avec et au travers lui. De ce côté, je suis assez contente de Vinnie, et j’ai bien eu du mal à conclure d’ailleurs !
Tu vas sortir un nouveau roman « Daemonium Circus ». Peux-tu nous parler un peu de ta nouveauté ?
J’essaie de varier mes écrits entre horreur et épouvante, entre lieu perdu aux Etats Unis où je passe énormément de temps ou plus “commun” en France où je vis. Pour Daemonium Circus, nous sommes plutôt dans l’épouvante et il traite des différences car il s’agit d’un cirque de monstruosités, les fameux sideshows (encore appelés freak shows) d’époque fin du XIX début du XX siècle. J’ai fait la connaissance du court métrage de Tod Browning alors que je n’avais pas une dizaine d’années et j’ai été fascinée par ces acteurs qui n’étaient pas déguisés mais jouaient en quelque sorte leur propre vie. Loin de susciter la pitié, je les ai adorés. J’ai adoré leurs différences et l’effet qu’ils produisaient sur les gens. Comme une surpuissance résultant de l’incompréhensionde l’autre. C’est assez révélateur de la société, évidemment. Dans mon histoire, un jeune fermier va tout quitter dans le projet de rejoindre New York pour se lancer dans le journalisme. Il va être interrompu dans sa quête quand il fera la rencontre de ce cirque itinérant qui va l’accueillir parmi les siens. Le reste… c’est dans le bouquin !
Dans la plupart de tes romans on sent une ambiance rock/metal survoler. D’où te vient cette attirance pour un style musical si particulier mais Ô combien , bien adapté, pour nos pages ?
J’en profite pour rebondir : très heureuse et très fière de pouvoir m’exprimer dans ce magazine qui est complètement démoniaque 👿 Eh bien je suis tombée dans le metal quand j’étais petite si je puis dire… J’ai commencé la guitare à la fin du collège, passionnée par Slash (pour ne pas dire fan invétérée), puis petit à petit, j’ai agrandi la collection. Étrangement, c’est un monde qui n’avait pas forcément sa place à la maison mais dont je ressentais un attrait démesuré. À l’époque, c’était moins simple de s’affirmer metalleuse quand on est la grande soeur au foyer, et qu’on ne nous montre pas la voie. Il n’y avait pas internet, c’était un autre univers, mais c’est littéralement devenu une passion. Peut-être même, je serais tentée de dire, un moyen de me mettre à part. On me prenait pour un garçon manqué, je crois à l’époque ( une expression qui ne veux d’ailleurs plus dire grand-chose si tant est qu’elle ait eu un sens) . J’aimais ma solitude créatrice, j’aimais m’habiller avec des jeans troués plutôt que des jupettes. Bref, la période petite rébellion. Evidemment Metallica, GnR, RHCP, RATM et tous les classiques sont mes musiques de chevet. J’écoute de plus en plus de rock metal, oldschool ou de country en vieillissant . On va dire que je me diversifie. J’ai la chance d’être en couple avec un guitariste de métier, ça aide pas mal pour rester dans le coup. Mon seul regret est, qu’avec l’écriture, je ne trouve plus de temps à consacrer à la pratique de l’instrument et ma Gibson dédicacée (par Slash, oui oui !) prend un peu la poussière depuis quelques années.
Tu parcours les salons depuis quelques années accompagnée souvent de collègues et amis auteurs comme Christine Colpaert-Soufflet, Frédéric Livyns, Arnaud Codeville. Quels sont tes prochaines destinations ? Où les lecteurs pourront-ils te rencontrer ?
Je ne serai rien sans eux et j’en profite pour les saluer au passage ! Ceux qui me connaissent savent que j’ai un abord facile mais que ça passe ou ça casse. Et avec Arnaud et Christelle ça a passé tout de suite. J’ai eu la chance de partager des stands avec eux et continuerai aussi longtemps que possible car nous sommes une équipe qui roule. On a les mêmes goûts, les mêmes délires, on ne mâche pas nos mots. Bref, quand ça roule, il ne faut pas chercher à comprendre. Fred est adorable et on fonctionne très bien en salon aussi, c’est toujours super de rencontrer les lecteurs de l’un et l’autre et s’enrichir mutuellement. Mes prochains gros événements seront à Mons, j’espère de tout coeur à Bondues aussi. Et bien sûr j’ai eu la chance de faire Trolls et Légendes en 2023 et j’ai adoré ! Je mettrais tout ça sur mon site au fur et à mesure 😊
Quel est ton plan ? Où te vois-tu dans les cinq prochaines années ?
J’avoue étrangement y réfléchir depuis que je me suis dit que ça allait faire 10 ans que je m’étais lancée. Je croise les doigts pour que le Prix MASTERTON que j’ai eu l’honneur de remporter en 2023 avec NOIR m’ouvre des portes car je ne me vois pas lutter pour percer encore une décennie. Cela dit, je constate déjà une énorme évolution depuis et les lecteurs sont au rendez-vous. J’attends le tremplin, pour être honnête, et pouvoir me consacrer à l’écriture totalement serait un rêve. Je sais que c’est très rare qu’un auteur puisse vivre de sa plume mais j’ai bien le droit de rêver, non ?

Merci beaucoup pour ta participation à cette interview. Souhaiterais-tu dire un dernier mot pour les lecteurs ?
Merci à vous surtout de me faire cette place ! Et le mot de la fin serait Keep on dreaming ! Je suis une acharnée, parfois trop, mais dans la vie, il faut tout jouer jusqu’au bout et s’éclater comme si chaque jour était un cadeau. Si tu commences ta journée par un sourire, tu peux
tout surmonter et le reste viendra à toi. J’ai l’impression de me livrer à chaque roman et j’espère que vous trouverez aussi, comme moi, de la beauté dans l’horreur que j’écris. Enjoy !





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