INTERVIEW (Archives) : Julien Leon
- Metal'Art Culture
- 21 nov. 2025
- 7 min de lecture
Sélectionné pour le Festival Virtuel de la Nouvelle 2022 et le Recueil Maudit 2023. Né à Aix-en Provence en 1978. Ingénieur à l’aéroport de Marseille-Provence. Depuis le lycée, il aime jouer avec les mots et leurs sonorités. Autodidacte, il a développé un style atypique, échappant aux carcans d’une écriture formatée.

Bonjour, Julien Léon, commençons en allant dans le vif du sujet. Pourquoi et quand êtes-vous devenu écrivain ?
À partir du lycée, j’ai commencé à écouter beaucoup de métal. La découverte de groupes tels que Lofofora, Mass Hysteria, No One is Innocent ou Silmarils a constitué bien plus qu’une rencontre musicale. C’était une forme d’inspiration, de révélation. Au-delà de l’énergie brute des compositions, j’ai été captivé par les paroles percutantes de certaines chansons sur des thèmes variés. J’ai aussi pris goût aux jeux sur les mots et les sonorités. J’apprécie quand la musicalité des phrases se superpose, s’entremêle, à celle des instruments. En juillet 1997, j’ai eu l’opportunité d’échanger quelques minutes avec Reuno de Lofofora lors du Class’EuRock, un festival à Aix-en-Provence. Au fil de l’échange, sans y avoir pensé au préalable, je lui ai dit que j’allais leur proposer un texte. Cette rencontre représente un catalyseur. J’ai écrit un texte quelques jours plus tard. Apparemment, il a dû leur plaire, car il a été publié dans le fanzine de leur label. Et pour l’anecdote, la chanson a été jouée par un groupe au même festival l’année d’après. L’écriture de ces lyrics a marqué mes premiers pas dans le domaine de l’écriture. J’ai ensuite écrit d’autres paroles pour des groupes de métal locaux et un premier livre en 1998. Occupé par diverses choses, je ne l’ai jamais publié.
Les media sociaux sont-ils importants dans votre vie d’auteur ? Avez-vous déjà été confronté à des avis négatifs ou positifs qui vous ont marqués ?
Il est vrai que de nos jours, la communication passe principalement par les media sociaux. Et pour un auteur, quoi de plus normal que d’être… à la page ! Je me suis remis à l’écriture, de manière plus assidue, qu’à partir de 2020. Une fois sorti du cercle des amis et de la famille, les retours provenant de personnes qu’on ne connaît pas constitue une étape fondamentale pour légitimer la démarche artistique entreprise. La grande majorité des premiers retours que j’ai reçus ont été positifs, ce qui bien sûr m’a encouragé à poursuivre. Plusieurs personnes m’ont affirmé que si je publiais un livre, ils auraient envie de se le procurer. J’ai participé à plusieurs concours nationaux de “nouvelles”, et une fois la personne qui a gagné le concours m’a envoyé un message pour me dire qu’elle préférait mon texte au sien et qu’aurais mérité de remporter le concours. Cet avis positif m’a marqué. En ce qui concerne les avis négatifs, ils ont porté principalement sur des thèmes abordés ou sur le fait d’utiliser parfois le genre fantastique. Depuis le début, je suis conscient qu’on ne peut pas plaire à tout le monde, mais je déplore certaines critiques non constructives qui émanent plutôt de trolls que de lecteurs. En tout cas, je porte toujours de l’attention aux retours des lecteurs. Certains me font même remarquer dans mes histoires des choses que j’ai faites inconsciemment !
Récemment est sorti le “Recueil Maudit III” un recueil de nouvelles publié une pour par an pendant un mois et dont les profits vont directement à une association caritative. Cette année c’est l’AQPS (Association Québécoise de Prévention du Suicide) qui est à l’honneur. Comment êtes-vous entré dans cette aventure commencée de main de maître par Dave Turcotte Lafond il y a deux ans déjà ?
J’ai eu la chance de rentrer un contact avec Dave en 2021 via un groupe Facebook. Son dynamisme et son humanisme sont des locomotives pour ce genre de projet collectif. Il est très fédérateur. Quand nous avons commencé à échanger un peu plus régulièrement, il était trop tard pour le Recueil Maudit II. Finalement, mon texte a été publié dans le III et, hasard d’un tirage au sort, il est le tout premier du livre. J’étais ravi quand Dave a annoncé l’association pour l’opus de 2023, car c’est une cause qui me tient particulièrement à cœur pour diverses raisons. Pour des raisons familiales, et aussi comme beaucoup de lycéens du début des années 1990, j’ai été très marqué par le suicide de Kurt Cobain. D’autant que j’avais assisté au concert de Nirvana à Toulon quelques jours avant. J’ai abordé plusieurs fois le thème du suicide dans mes textes. Pour en revenir au Recueil Maudit III, il s’est écoulé à plus 3000 exemplaires en 24 jours, ce qui est très honorable. Il s’agit d’une belle aventure humaine avec des auteurs aussi sympathiques que créatifs.
Vous avez récemment sorti “Destins troublés” et “Zone d’Exclusion” qui sont des nouvelles horrifiques (seize nouvelles pour destins troublés et une pour zone d’exclusion). Pourquoi le choix de rester dans l’écriture de nouvelles ?
En effet, j’ai publié Zone d’exclusion en avril 2022 et Destins troublés en janvier 2023. Le premier comporte environ 120 pages. Le recueil dénombre un peu plus de 200. Je me sens davantage à l’aise dans ce format. Je préfère les nouvelles pour plusieurs raisons. Tout d’abord, mon vrai “métier”, c’est aiguilleur du ciel et je travaille en horaires décalés. Ainsi, je n’ai pas de routine d’écriture. Ensuite, je ne suis pas adepte des longues descriptions ou des dialogues qui s’étendent sur des pages entières. J’aime l’idée de proposer des scènes de vie qui soient percutantes. Des moments précis, sur des thèmes éclectiques : accidents, suicide, terrorisme, meurtres, introspection, relations familiales… Il existe quand même un dénominateur commun qui est qu’une simple rencontre peut altérer la trajectoire d’une vie. Des bouleversements interviennent quand certains sentiments complexes nous submergent. Ils peuvent susciter des moments bascule irréversible, des fractures d’équilibres fragiles, des passages de l’ombre à la lumière, et vice versa. Aussi, j’apprécie de proposer des fins surprenantes. Et enfin, comme j’accorde une certaine importance à la musicalité, je réécris certaines phrases une bonne quinzaine de fois, jusqu’à ce qu’elles sonnent comme je voudrais. Si je devais procéder ainsi sur 18 un roman de 400 pages, je crois que je publierais un livre tous les 10 ans ! En tant que lecteur, je préfère aussi les nouvelles, ce qui permet de vivre au travers de différents univers. Mais je conçois tout à fait que l’on puisse préférer un roman dans lequel on peut davantage s’attacher aux personnages, et où les voit évoluer au fil des péripéties.
Si vous aviez l’occasion d’écrire un autre genre de livre, lequel serait-il ?
Je pense écrire un roman, mais quand je serai à la retraite. Probablement un thriller. Sinon, j’écris aussi des textes humoristiques, mais je ne les publie pas pour le moment. Et j’ai publié un autre recueil de nouvelles, qui est un peu plus soft.
Préférez-vous écrire ce que vous pensez que les lecteurs veulent ou ce que vous trouvez inspirant ?
Je fais relire tous mes textes par en moyenne une dizaine de lecteurs avant les publier. Je considère comme fondamental le fait de savoir si ce qu’ai écrit est considéré comme intéressant sur le fond et sur la forme. J’écoute les retours pour peaufiner le texte avant de sortir le livre. Cependant, je n’écris jamais en me disant que c’est ce que les lecteurs veulent, je ne peux pas me sentir à l’aise dans ce genre de démarche que je considère un peu mercantiliste. J’ai besoin de me sentir libre et authentique dans mes créations.

En rapport avec la question précédente, vos lecteurs vous contactent ils, concernant vos écrits ? Quel genre de retour en tirez-vous ?
Sur mes textes publiés, oui j’ai des lecteurs qui me contactent sur Facebook ou Instagram. Ils prennent l’initiative de discuter de leurs ressentis vis-à-vis de mes écrits. Recevoir des retours positifs sur le fait qu’ils ont apprécié s’évader en lisant mes lignes est bien sûr gratifiant. Mais, le plus touchant, c’est quand un lecteur me partage qu’une histoire, où même juste une scène, a laissé une empreinte durable en lui, au point d’y penser de temps en temps. Il s’agit d’une sorte de privilège de pouvoir entrer en connexion avec quelqu’un, de savoir que mes mots font partie, ne serait-ce qu’un peu.
Quelle est votre préférence entre le livre imprimé, le livre audio ou le livre numérique ? Pourquoi ?
À vrai dire, je n’ai jamais publié de livre audio, ni même écouté à part juste pour de brefs passages, par curiosité. Je pense qu’il s’agit d’une expérience assez différente, moins immersive en ce qui me concerne. Entre mon travail et mes moments dédiés à l’écriture, je passe une part considérable de mon temps face à des écrans. Ainsi le livre numérique me semble assez banal et pratique, d’autant plus que les liseuses permettent un certain confort de lecture. Cependant, je suis également sensible à la valeur que revêt le support papier. Comme pour un vinyle ou un CD par rapport à un fichier digital, la matérialité du livre imprimé semble conférer une certaine substance, une valeur presque tangible à l’œuvre. Il me semble que cette sensation d’avoir entre ses mains un objet chargé d’une signification particulière reste incomparable.
Qu’est-ce qui inspire le cadre de vos livres ?
Certains cadres de mes histoires résultent de réflexions personnelles sur des choses qui me sont arrivées, même si rien de ce que j’écris n’est autobiographique. D’autres sont le fruit de diverses observations de la vie quotidienne, qu’ils s’agissent de personnes proches ou d’inconnus. Par ailleurs, certaines histoires sont totalement fictives sur des événements ou sur des sujets qui ont capté m’ont attention. Comme par exemple l’accident de Tchernobyl pour ce qui concerne Zone d’exclusion.
Travaillez-vous actuellement sur de nouveaux récits ? Peut-on en savoir plus ?
En janvier 2024, je publie un autre recueil de nouvelles sombres. Il s’intitule Destins froissés. Et encore un autre paraîtra durant l’été, je pense, car j’ai déjà bien avancé dessus.
Pour le grand final de cette interview, que voudriez-vous que vos lecteurs sachent ? Que souhaitez-vous leur transmettre ?
Le Metal a eu grande influence dans ma vie, et aussi en tant qu’auteur. D’ailleurs dans Zone d’exclusion, les protagonistes arrivent sur les lieux au son de Devil in I de Slipknot. J’apprécie l’esthétisme et l’énergie associés à ce courant musical. Au-delà des visions caricaturales que certains peuvent avoir, je pense que dans toute chanson et dans toute histoire, même les plus sombres, il est important de les saupoudrer de notes d’humour et de poésie, comme le fait notamment Rammstein.
Un grand merci à vous pour votre gentillesse et surtout je vous remercie grandement d’avoir accepté de figurer dans les pages du Metal’Art.





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