INTERVIEW (Archives): Christelle Colpaert Soufflet
- Metal'Art Culture
- 19 déc. 2025
- 8 min de lecture
Christelle Colpaert Soufflet est une auteure de romans policiers avec incursions dans le monde du paranormal. Elle commence une première année de DEUG (Diplôme d’études universitaires générales) Interventions sociales et éducatives à Lille 3 ans avant d’arrêter ses études pour entrer dans le monde du travail. Attirée par l’écriture qu’elle a délaissée pour fonder sa famille, elle revient à sa première passion en 2007 et sort son premier thriller en 2013.

Bonjour, Christelle. Pourriez-vous nous parler un peu de votre parcours ?
Bonjour et merci pour cette interview. J’écris depuis que je suis adolescente. Je pense être passée par toutes les phases et formes d’écriture et avec l’âge et la passion, je me suis lancée dans l’écriture d’un roman lors de ma dernière grossesse, en 2007. Mon premier roman policier est sorti en 2012 et depuis, je ne m’arrête plus. J’ai d’abord signé dans une maison l’édition participative, avant d’être sélectionnée par un éditeur breton, puis être élue coup de coeur du comité de lecture chez Publibook. Ma carrière a vraiment pris un tournant quand j’ai signé chez Livr’S Editions pour Mémoires Assassines et Tu as oublié, Annabelle et depuis, après avoir tenté l’édition associative, j’ai lancé ma maison d’édition en 2022.
Comme précisé dans l’introduction, vous êtes revenue vers l’écriture après avoir fondé votre famille. Qu’est-ce qui vous a poussé à reprendre la plume et écrire des romans ?
Mon éducation m’a dissuadée de croire en mes rêves ; c’est ainsi Je me suis toujours sentie différente de mes camarades de classe. Je suis une enfant des années 80 et bien qu’aujourd’hui, cette période paraît vachement plus fun, je l’ai vécue différemment. La différence n’était pas un label de qualité et ça n’apportait aucune popularité. Alors, je me suis enfermée dans ma bulle durant un temps. J’ai bien tenté de m’intégrer, de me faire une place dans le clan des leaders, mais c’était me mentir à moi-même et trahir ce que j’étais vraiment. Résultat, je me suis isolée et j’ai écouté, regardé et appris. A mon passage au lycée, j’ai voulu rompre le contact avec cette communauté que je côtoyais depuis le primaire, j’ai choisi un établissement certes plus loin, moins huppé, mais tellement plus ouvert à la différence. C’est là-bas que je me suis véritablement assumée. Durant ces années, j’ai créé, tout en gardant en mémoire que rêver ne menait nulle part. En entrant dans la vie adulte, j’ai écouté la voix de la raison et j’ai décidé de devenir ce que l’on attendait de moi : une salariée, une femme, une mère Un jour, je me suis rendu compte que quelque chose manquait à mon épanouissement personnel, alors j’ai repris l’écriture ; je me suis remémoré ce plaisir, cette satisfaction ressentie en remplissant des pages et je me suis dit : c’est maintenant ou jamais. Il m’a fallu combattre ma timidité et mon manque de confiance pour assumer mon premier roman et là, je peux dire merci à mes lecteurs. Leurs retours m’ont motivés même si, honnêtement, en relisant ce premier roman, ce n’est vraiment pas abouti. S’assumer c’est être meilleur donc, j’entretiens cette différence et je me fais plaisir.
Pourquoi le choix de thème si spécifique du paranormal et surtout du gore pour vos histoires ?
On ne s’intéresse pas au paranormal par hasard. Vers sept/huit ans, j’ai fait une rencontre qui, aujourd’hui, me trouble encore. Je n’ai pas encore toutes les réponses à mes questions et je ne les aurai peut-être jamais, mais je creuse. Le fait de s’y intéresser, d’écrire sur le sujet, d’approfondir ses connaissances, de multiplier les expériences ouvre des portes qui peut-être m’aideront à comprendre ce que j’ai vécu et qui j’ai rencontré. Et puis, la paranormal c’est croire à une vie après la mort, à des retrouvailles avec nos défunts, et ça j’en ai besoin. Savoir que je reverrai ceux que j’ai aimé de l’autre côté m’aide à appréhender la mort. Je n’ai pas peur de mourir parce que je sais que je ne serai pas seule. Pourquoi le gore ? Bonne question car je suis quelqu’un de profondément gentille. Pourtant, j’aime me plonger dans les tréfonds de l’âme humaine et comprendre les raisons de tel ou tel acte. J’ai besoin de comprendre pourquoi tant de personnes sont capables du pire. J’ai aussi beaucoup de colère en moi ; je déteste les injustices et je me sens tellement impuissante qu’évacuer ma frustration de cette manière m’aide à me canaliser. Je crois que si je n’avais pas l’écriture, je serais vraiment borderline.
Votre dernier roman “L’Ogresse” se passe dans un orphelinat avec des enfants quelque peu “particuliers”. D’où vous est venue l’inspiration de ce dernier livre ?
Je dénonce mes collègues ! Parfois, des personnes me demandent pour apparaitre dans mes romans. C’est flatteur et très drôle. En 2021, deux collègues m’ont sollicitée. Ils voulaient être ensemble, être méchants, mais ne voulaient pas mourir. Pas facile quand même. Donc j’ai réfléchi durant plusieurs semaines et j’ai eu l’idée de les transformer en enfants atteints de possession démoniaque. Ils ont eux-mêmes choisi leur prénom et leur victime. Pour les tortures, c’est moi le patron, bien que certains lecteurs aiment me glisser quelques idées par ci par là.
Y a-t-il des personnages dans vos livres qui ont des similitudes avec vous ou avec des personnes de votre entourage ?
Toujours. Je pense qu’il y a un morceau de moi dans chacun de mes ouvrages. Je crée mes personnages avec des bouts de chair de mon propre corps.
Curiosité oblige, quelles sont vos conditions optimales d’écriture ? Travaillez vous dans le calme ou avec de la musique ? Seule ou la compagnie est souhaitée ? Réservez vous une plage horaire de votre journée pour travailler sur vos livres ?
Tout dépend du thème ou de la scène ou de mon état d’esprit. Parfois, quand je dois écrire un passage bien barbare, j’ai besoin d’un stimuli musical assez dur, violent ; la seconde d’après, je peux passer au classique ou à la musique tribale. D’autre fois, je veux juste qu’on me foute la paix. Dans ces instants-là, le silence est ma meilleure amie. Quand j’écris une scène spirituelle (paranormale), je me mets dans l’ambiance. Je fais abstraction de l’environnement et je me concentre pour que cette séance soit criante de réalisme. Quoi que j’écrive, je le vis à 100%. Durant tout le processus d’écriture, je deviens le personnage principal et je déconnecte de la réalité ; ce qui agace fortement ma famille.
Vous gérez la maison d’édition “Terres d’Emizane”. Comment vous est venue l’envie d’éditer d’autres auteurs en plus de vos livres ? Est-ce pour vous une continuation de votre carrière d’auteur ? Une envie de permettre à d’autres de pouvoir publier leur livre ?
Je n’ai pas été conseillée et aidée lors de la sortie de mon tout premier roman. J’ai voulu offrir ce que je n’avais pas eu. Alors je n’ai pas la prétention d’être la meilleure des conseillères, mais je veux lancer des auteurs. J’aime les premiers romans et je souhaite que cette première expérience pour l’artiste reste un merveilleux souvenir parce que ça doit l’être. C’est formidable d’écrire un premier roman, c’est excitant et terrifiant. Je veux être la main qui assite les premiers pas. Le tuteur qui tient la jeune pousse avant que celle-ci ne grandisse par elle-même.
Étant au coeur de l’édition comment se passe la réalisation d’un livre à partir du moment ou vous acceptez l’oeuvre de l’auteur ?
Je le retravaille entièrement, chapitre par chapitre, sans ôter l’ADN de l’auteur qui reste libre de valider ou pas mes propositions. Ça reste son bébé. Ensuite, un fois validé par les deux parties, je l’envoie en correction pro. L’auteur repasse au crible ses remarques et c’est souvent durant ce processus qu’on nourrit une haine féroce envers son manuscrit. En tant qu’auteur, c’est le moment où je ne peux plus le saquer, tellement je le lis, et le relis, et le rerelis.
Quels sont vos critères pour éditer un livre ? Quels sont les conditions ou les raisons qui vous poussent à accepter ou à refuser un auteur ou son roman ?
Il faut absolument que je perçoive ce grain de folie dans l’histoire ou dans l’écriture. Alors bien sûr, certains genres me plaisent moins, mais, comme il en faut pour tout le monde, je m’entoure de personnes capables d’avoir une vision différente de la mienne. C’est un peu con, mais je fais très attention à la manière dont on me sollicite. Si dès le départ, l’auteur se vend comme le meilleur de tous les temps, ça risque de m’agacer et j’ai juste pas envie de le lire. L’humilité compte beaucoup et cette notion reste valable de chaque côté. Je suis une petite structure, je ne prétends pas rivaliser avec les grosses machines et ça me va très bien. Je veux préserver cette ambiance familiale qu’il y a dans ma maison et continuer à cocooner mes auteurs. J’en accepte peu car je veux aussi garder du temps pour ma propre écriture.
Vous sillonnez souvent les salons littéraires avec votre maison d’édition. Considérez vous la rencontre avec les lecteurs comme indispensable ? Quel a été pour vous la meilleure rencontre lors de ces salons ?
Absolument, échanger reste le meilleur moyen d’évoluer et c’est tellement, mais tellement enrichissant. J’avoue que la première fois qu’on m’a demandé une photo, je n’ai pas compris l’intérêt ; je ne suis pas Stephen King. Encore maintenant, je suis hyper gênée, mais ça fait partie du jeu. Mes souvenirs les plus incroyables; ― Une femme, plutôt froide, qui prend “Mémoires Assassines” et qui me dit qu’elle ne lit que du Franck Thilliez m’annonce qu’elle va ouvrir le livre n’importe où, va lire quelques lignes et si ça lui plait, elle le prendra. Je stresse et évidemment rien ne se passe comme prévu. Le livre est imprimé à l’envers, se lit en plus comme un mangas et je panique. Je tente de lui donner un autre exemplaire, elle refuse et parcours deux pages entières avant de me dire : Vous voyez, là, ça me plaît. Résultat, elle l’a acheté, imprimé tel qu’il était et depuis, nous sommes devenues amies.― J’ai aussi fait pleurer une ado qui voulait acheter un de mes livres. Elle n’avait que 12 ans et j’ai refusé car l’histoire n’était pas adaptée à son âge. Je lui ai dit pas avant 15 ans. Elle est revenue à 13 ans, à 14 ans, puis l’année de ses 15 ans, elle s’est présentée avec un grand sourire, un peu taquin, et m’a dit : J’ai 15 ans, donc, maintenant, je peux l’acheter. Elle a beaucoup aimé sa lecture et c’est toujours avec une grande émotion que je la croise en salon. ― Une autre lectrice s’est jetée dans mes bras en larmes, tellement le livre Abandonnée l’avait émue. J’étais très gênée. ― Je suis toujours étonnée de l’impact de certains ouvrages sur les lecteurs. Mon plus beau cadeau a été une chanson inspirée d’un de mes livres, du groupe Midnight Driver, “Cemetery Challenge”. L’histoire a tellement bousculé le compositeur qu’il a souhaité l’adapter et c’est une très grande fierté pour moi.
Êtes-vous sur un nouveau roman ou un nouveau projet ? Si oui, pourrais-t-on en savoir un peu plus ?
Alors ! Cette année, j’ai bouclé la saga post-apo “La Khabbale”. Le tome 3 est sorti en mai,
le tome 4 arrivera en juillet. En septembre, la sortie d’un paranormal-gore, “Psychomanteum”. Il enfermera le lecteur entre les murs d’une ancienne maison close abandonnée où les entités ne sont pas très accueillantes et j’ai promis la suite de “L’Abattoir” aux lecteurs en fin d’année car cette fratrie de psychopathes leur manque terriblement. J’ai édité les 2 tomes de “13 histoires étranges dans le Nord et le Pas-de-Calais” de Philippe Crétal, enquêteur paranormal, conférencier et intervenant dans l’émission “Enquêtes Paranormales”. Aussi “Louise, tu seras mienne” ouvrage de Céline Magniez qui traite des violences conjugales. “Toutes directions” un roman horrifique, de Lina Giansetti et là, je travaille en parallèle sur la sortie de
“La Sentence du Diable” de Jean-Michel Volz (le compositeur de la chanson “Cemetery Challenge”) pour une sortie mi-octobre et une nouveauté chez Frédérique D. Marzys avec un feelgood “Pour tout recommencer” prévu à la rentrée. Je ne sais pas si j’ai assez d’une vie pour tout faire, mais je m’y attelle. J’ai déjà un manuscrit validé pour le début de l’année 2025.
Je vous remercie pour avoir accepté de participer à cette interview. Je vous laisse le mot de la fin et par la même occasion donner aux lecteurs toutes les informations pour vous retrouver ou consulter le catalogue de Terres d’Emizane.
Un grand merci à vous. Et un seul conseil : Laissez la fenêtre de votre esprit ouverte, car c’est par là que vous devez voir le monde. Cultivez aussi votre grain de folie, cela crée des êtres à part, nécessaires à ce triste monde, à cette maudite réalité. Rendez-vous sur le site de la maison : www.terresdemizane.com et celui de l’autrice-éditrice : www.chriscs.fr





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