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INTERVIEW: Fabrice Papillon

  • Metal'Art Culture
  • 8 oct. 2025
  • 7 min de lecture

Dernière mise à jour : 24 oct. 2025

Écrivain et journaliste scientifique français reconnu pour sa capacité à vulgariser des sujets complexes et son intérêt marqué pour l'histoire et la science. Il commence sa carrière comme journaliste scientifique, collaborant avec plusieurs médias pour rendre accessible les avancées de la recherche à un large public. Il est également auteur de romans à succès, notamment des thrillers mêlant histoire, science et suspens comme « Le Dernier Hyver », qui explore les mystères liés à l’évolution humaine et les dérives scientifiques. Papillon s'illustre par une écriture dynamique et des intrigues captivantes, souvent inspirées par des découvertes réelles, tout en interrogeant les enjeux éthiques et sociétaux de la science moderne. Son style se distingue par un souci du détail scientifique et une capacité à maintenir le lecteur en haleine, tout en invitant à la réflexion.


Interview auteur


Tous droits réservés : Jérome Panconi
Tous droits réservés : Jérome Panconi

  • Comment êtes-vous venu à l'écriture et qu'est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans le domaine ?


J’avais déjà publié huit ouvrages de vulgarisation scientifique, en tant que journaliste (ex Europe 1 et C dans l’air). Je me suis spécialisé en génétique et en biologie moléculaire « sur le tas », grâce à un mentor, le scientifique Axel Kahn. Après des années de journalisme (reportages, livres, films – je suis aussi producteur de documentaires), l’envie de m’amuser et d’utiliser mes connaissances scientifiques dans des intrigues à la Da Vinci Code m’a saisi. Et je me suis lancé. J’y ai inséré la science et mes premières amours, l’histoire et la philo. Et depuis, je suis vraiment très heureux d’avoir adopté la fiction !


  • Dans vos précédents romans, vous avez exploré des genres variés. Comment décririez vous votre style d’écriture aujourd’hui. Qu'est-ce qui a changé votre style ?


Je suis passé, en effet, d’un style très rigoureux, descriptif, avec un souci inextinguible du détail et du réalisme (tant scientifique qu’historique) – quitte à parfois écrire trop long, par besoin d’exactitude – à un style plus fluide et instinctif. Bref, j’ai appris à me lâcher et à me rapprocher de la « vraie » littérature. Au point que j’ai aussi progressivement modifié ma méthode : d’une enquête fouillée, associée à un plan ultra rigoureux, j’ai progressivement dérivé vers une étude psychologique de mes personnages en préambule à toute autre démarche, et j’ai même abandonné l’idée d’un plan rigoureux et je me laisse beaucoup plus surprendre par mes personnages et l’évolution presque naturelle de mon intrigue. Je sais toujours où je vais, et je connais à l’avance les principaux ingrédients forts, mais j’improvise beaucoup plus qu’auparavant. Cela semble se traduire par un style plus alerte, des personnages plus profonds, et sans doute un peu moins de détails scientifiques et historiques. Dans le roman que je suis en train d’écrire, c’est particulièrement manifeste.


  • Vous avez souvent mélangé histoire, thriller et mysticisme ? Est-ce une démarche délibérée ou est-ce la manière dont vous percevez l'intrigue et la narration ? 


J’ai été profondément marqué par la mécanique du Da Vinci Code. Parce que Dan Brown s’amusait avec les domaines qui sont depuis toujours mes passions : science, histoire, philosophie, religion / mysticisme / ésotérisme (bref, le terrain parfois dévoyé de la spiritualité). Je me suis immédiatement dit : si j’écris un jour, ce sera dans cet esprit. Et c’est exactement ce que j’ai entrepris dès le départ. C’était certainement ambitieux (et risqué), car cela mène à des intrigues complexes pleines de ramifications, et il ne faut jamais perdre le fil ; mais cela m’a semblé évident.


  • Quelles sont vos influences littéraires et comment celles-ci se manifestent elles dans votre travail ?


J’ai une culture très classique (ancien élève des classes préparatoires littéraires), et je suis notamment bercé par la littérature du XIXème siècle. Au-delà des Dieux de la langue, dont Hugo, Stendhal et Flaubert, je retiens forcément Dumas, pour son pouvoir épique et ses romans d’action, mais aussi Edgar Alan Poe pour ses intrigues empreintes d’ésotérisme et d’étrangeté, et bien sûr Frantz Kafka, à la fin du siècle. Ensuite, Jules Vernes et ses romans visionnaires et d’aventure scientifique, bien sûr. Et j’ai été profondément marqué par Céline, aussi, à commencer par Voyage au bout de la nuit, le premier grand roman que j’ai lu, à l’âge de 12 ou 13 ans. Cette noirceur et ce langage m’ont subjugué et j’ai découvert le pouvoir de la littérature, dans sa diversité, son langage parfois fleuri – pour ne pas dire obscène – et sa capacité à toucher l’âme autant que les tripes. Je suis aujourd’hui l’héritier hétéroclite de ces littérateurs, et mon style et mes intrigues s’en inspirent.


  • Votre parcours professionnel avant d'être écrivain a-t-il une influence directe sur vos romans ?


Oui, bien sûr. La démarche journalistique, la vérification de toutes les sources, le réalisme, les recoupements sont au cœur de mon travail – qui, d’ailleurs, n’est pas très éloigné de celui des enquêteurs. Ensuite, la matière première : la science, que j’ai vulgarisée pendant de longues années (et je continue), m’a naturellement conduit vers les thrillers scientifiques. Celui qui m’a décidé à sauter le pas du polar, c’est Jean-Christophe Grangé, depuis Les rivières pourpres. J’ai trouvé ce livre génial, haletant, mais tellement réaliste et précis. Je me suis dit : je veux faire comme lui (très humblement !).


  • Quel rôle la recherche historique joue t elle dans vos récits ? Passer du temps à plonger dans le passé vous permet il de mieux comprendre le monde contemporain ?


Oui, je suis un passionné d’histoire des sciences (tout en ayant une formation universitaire en histoire, donc plus large et classique). Dans tous les cas, le passé éclaire le présent et, s’agissant de la science, revenir aux origines de nombreuses découvertes, les révolutions, et les génies qui les ont permises… Cela montre que nos progrès (et leurs dérives) ont de profondes racines. Cela pimente aussi les intrigues, en montrant qu’elles remontent parfois à plusieurs siècles, voire millénaires.

  • Est-ce qu'il y a des thèmes récurrents dans vos livres qui vous sont particulièrement chers ? Pourquoi ceux-ci vous sont-ils si importants ?


Côté science, j’ai toujours un penchant pour la génétique (actuelle ou bien qui explore le passé, la « paléogénétique »), et on la retrouve dans la plupart de mes romans. Elle sera centrale dans le prochain. La génétique, c’est le programme élémentaire de toute vie, et cela nous parle de déterminisme, de contrainte, mais aussi de liberté : comment s’en affranchir, ou la dominer ? Quel est le pouvoir de l’environnement et de notre libre arbitre ? Bienvenue à Gattaca est l’un des films de chevet, et il résume tout à fait les enjeux éthiques. Sinon, j’explore beaucoup le thème alchimique du haut et du bas (ou bien Ouroboros, le serpent qui se mord la queue dans un cercle traduisant le recommencement perpétuel). C’est pour ça que mes intrigues commencent souvent tout en bas (dans les galeries souterraines) et peuvent aller très haut (comme dans l’espace). Et parfois c’est purement métaphorique (comme le cerveau du haut, et celui du bas).


  • En tant qu'écrivain, quels sont les plus grands défis auxquels vous êtes confrontés lors de l'écriture de vos romans ?


Trouver la combinaison gagnante : quels thèmes scientifiques et historiques pour quelle intrigue (affaire criminelle) avec quels personnages forts pour quelle « apothéose », fin marquante ? Ensuite, l’écriture est assez naturelle et fluide. Sauf pour la psychologie de mes personnages, qui n’est pas mon point fort. J’y travaille beaucoup, particulièrement dans celui que je suis en train d’écrire.


  • Comment réagissez vous face aux critiques (positives ou négatives) ? Tenez vous plus compte de l'avis des lecteurs rencontrés ou celle des journalistes ? L'opinion du lecteur aura-t-elle une influence sur vos écris futurs ?


Toujours. Je prends surtout note du négatif, que ce soit dans les critiques type Babelio ou lors des salons du livre. Et je m’en imprègne, vraiment. C’est vital. Et je m’efforce absolument d’en tenir compte d’un livre à l’autre. Sinon, comment progresser ?


  • Dans votre dernier roman « La Conjuration de Dante », vous plongez le lecteur dans un univers de mystère et de secrets anciens. Qu'est-ce qui vous a poussé à associer « La Divine Comédie » de Dante Alighieri à votre intrigue ?


Une passion pour l’Italie et l’œuvre de Dante. Et surtout, j’ai déniché une ressemblance étonnante entre la description du paradis et de l’enfer, et la structure de notre cerveau (le haut, la cognition, et le bas, nos noyaux sous corticaux). C’était un moyen de jouer sur les deux tableaux, de disséminer des indices littéraires mais qui avaient du sens pour qui savait les décrypter. Et cela m’a permis de voyager en Italie (de mémoire, j’y suis allé souvent), et de rendre hommage à de grands génies. Et ma plus grande fierté est d’être traduit en italien, chez Piemme (grand éditeur de thrillers) : le livre paraîtra le 18 février sous le titre La congiura di Dante.


  • Le roman mêle fiction et éléments historiques avec un grand soin. Quel a été le processus de recherche pour intégrer autant de détails historiques tout en gardant une narration captivante ?


Le même processus que pour mes autres romans : d’abord, beaucoup lire et me documenter sur plusieurs thématiques qui seront centrales (dans la conjuration, le cerveau, et sur le plan philosophique, la notion d’âme, de génie ; et bien sûr j’ai relu en détail le poème épique de Dante) et ensuite de chercher les points communs, les interactions. C’est mon plus grand défi, et mon plus grand plaisir. Et on en trouve toujours. Dans La conjuration, c’est un simple vers de l’Enfer de Dante, faisant allusion à une sculpture du Vatican (toujours en place), et qui rappelle une structure du cerveau (chère à Descartes) qui m’a convaincu de filer la métaphore dans tout le roman. Je fais souvent des découvertes sidérantes ! Et ensuite, forcément, je leur donne un sens, souvent ésotérique, mais toujours cohérent.


  • Est-ce qu'il y a une pensée ou une idée que vous aimeriez laisser en héritage à vos lecteurs ?


Les illusions sont souvent trompeuses, et les événements ont toujours des racines historiques qui auraient pu permettre de les anticiper – voire les éviter. Il faut cultiver l’histoire pour ne pas répéter les erreurs du passé…





René Manzor "L'ombre des innocents"s



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