top of page

INTERVIEW : Stanislas Petrosky

  • Metal'Art Culture
  • 22 déc. 2025
  • 9 min de lecture

Auteur atypique au parcours tout aussi singulier, Stanislas Petrosky s’est imposé dans le paysage littéraire francophone avec une plume acérée, un humour noir décapant et une imagination débordante. Ancien thanatopracteur devenu romancier, il explore les recoins les plus sombres de l’âme humaine à travers des personnages hauts en couleur, comme Requiem ou Luc Mandoline, tout en jonglant avec les genres : polar, fantastique, historique, post-apocalyptique, et même érotique.

Dans cette interview, nous revenons avec lui sur son parcours professionnel, ses inspirations, ses méthodes de travail et les coulisses de ses œuvres. Une plongée dans l’univers d’un écrivain qui ne ressemble à aucun autre.




Tous droits réservés :
Tous droits réservés :

  • Vous avez commencé votre carrière comme thanatopracteur. Comment cette expérience a-t-elle influencé votre écriture ?


Je dirais qu’elle m’a inspiré. Tout d’abord avec l’"Amante d’Étretat", mon premier roman, puis, il y a une la création de Luc Mandoline, dit l’"Embaumeur", dont quinze auteurs ont écrit une aventure. D’ailleurs, la thanatopraxie est toujours dans ma carrière, je forme toujours dans une école, Afitt formations.


  • Qu’est-ce qui vous a poussé à passer de la thanatopraxie à la littérature ?


Au départ, j’ai créé une maison d’édition, l’Atelier Mosesu, je n’écrivais pas, je publiais les autres. C’est captivant d’être éditeur, de découvrir des textes, des auteurs… Puis, un jour dans un salon où j’étais en tant que lecteur, je croise Nadine Monfils. Amateur de ses livres, je discute avec elle, nous partageons la même passion pour Frédéric Dard et sommes devenus rapidement ami. Et c’est elle qui m’a poussé à écrire, elle est ma marraine en écriture. Longtemps, j’ai lié les deux, et lors du salon du livre de Paris, j’ai eu l’opportunité d’être embauché dans une maison d’éditions – qui n’existe plus – je pouvais vivre de ma passion : la littérature ! J’ai franchi le cap, et au bout de quelques temps, la thanatopraxie me manquait, alors j’y suis revenu comme enseignant.


  • Vous avez fondé les Éditions L’Atelier Mosésu. Qu’est-ce qui vous a motivé à devenir éditeur ?


Si je voulais faire des grandes phrases, je dirais que c’est la passion de la littérature, ce qui n’est pas faux. Cependant, cela ne s’est passé tout à fait comme ça. J’avais créé Luc Mandoline, sa bible, demandé l’autorisation à Jean-Bernard Pouy, vu qu’il est inspiré du Poulpe, et j’avais présenté le projet à des amis auteurs. Plusieurs sont d’accord pour écrire un épisode, d’autres comme Franck Thilliez, Pascal Dessaint, Jean-Luc Bizien sont partant pour faire des préfaces. J’explique que mon objectif est de vendre mon concept à une maison d’édition. Tous me répondent que c’est quasiment impossible, je déclare si c’est ça, je vais peut-être en monter une… Maxime Gillio lance aussitôt : « t’as pas les co…..s ! » Je les ai eus, avec lui d’ailleurs, nous avons monté l’Atelier Mosesu. Delphine Clapies, Maxime Gillio et moi-même, une sacrée aventure que je ne regrette pas ! Nous étions tout petit, minuscule dans ce monde de l’édition, mais nous avons publié Franck Thilliez, Bernard Minier, Jean-Luc Bizien, Olivier Norek, Ian Manook, Karine Giebel, Barbara Abel, Patrice Dard, Jean Mazarin et tant d’autres…


  • Comment décririez-vous votre évolution en tant qu’auteur depuis votre première nouvelle ?


Ascensionnelle ? Oui, ça doit être ça… Dans mes premiers écrits, je ne prenais soin qu’à l’histoire, l’intrigue, au fur et à mesure, j’ai compris que le style, les tournures de phrases, les lieux, les personnages étaient tout aussi importants. J’essaie de m’améliorer à chaque fois, je travaille de plus en plus les recherches, les phrases, les dialogues. Bref, je sais que rien n’est acquis, que l’on doit se remettre en question à chaque fois, continuer d’évoluer.


  • Quel rôle joue votre passé dans la création de personnages comme Luc Mandoline ou Requiem ?

Pour Mandoline, c’est simple, c’est ma profession au départ, donc là, le passé est important. Mais pour les deux – surtout pour Requiem – je dois reconnaître qu’il y a beaucoup de moi, de ma gouaille, de mon humour, parfois lourd, et les choses qui me révoltent. Un personnage tel que Requiem permet de les traiter avec humour, ce qui est en fait salvateur.


  • Vos romans mêlent souvent humour noir et polar. Comment trouvez-vous l’équilibre entre ces deux registres ?


Je me réfère au grand Jean Yann qui expliquait dans le film "Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil", que l’on ne doit pas confondre la grossièreté avec la vulgarité. La première, bien maniée, peut-être drôle, la seconde n’est jamais drôle et blesse facilement. Ça c’est surtout pour Requiem. Pour les autres, c’est du cynisme, j’aime faire de l’humour noir autour des mauvais traits de notre société. Puis, quand je ne suis pas sûr, j’ai ma compagne, Gabin et William, mes fils et mon pote Nico, si je les fais rire, c’est bon, ça devrait fonctionner. Et moi aussi, si je ne me marre pas à la relecture d’une saillie dans un dialogue, je retravaille ou supprime.


  • Le personnage de Requiem est un prêtre exorciste déjanté. D’où vous est venue cette idée ?


Fan de San-Antonio, je voulais créer une série hommage, si je puis dire. Prendre un commissaire de police, c’est plagier le maître… Nadine avait Mémé Cornemuse, Patrice, Alix Karol, il fallait que je trouve un personnage qui sorte des sentiers battus. C’est là que je me suis dis: un prêtre… Un prêtre qui bosse pour les services secrets du Vatican, un prêtre qui a compris qu’il a fait le vœu de célibat et non de chasteté !


  • Vous avez écrit dans plusieurs genres : polar, historique, post-apocalyptique, érotique… Y a-t-il un genre que vous n’avez pas encore exploré mais qui vous tente ?


Oui, j’ai envie de faire un western. Un roman noir qui se passe au XIXe siècle aux États-Unis. J’attends juste d’avoir le déclic, le sujet qui va m’inspirer, me faire plonger dans des archives, me donner envie de créer une trame, des personnages.


  • Quelle est l’œuvre dont vous êtes le plus fier, et pourquoi ?


Jusqu’à très peu, je répondais sans hésitation Les ombres de Ravensbrück, pour l’Histoire, la difficulté que j’ai eu à écrire ce roman. Puis, il y a peu, Cécile, ma compagne, a déposé une photo sur mon bureau. Juste une photo en noir et blanc, avec un mot, qu’il fallait que je fasse un roman autour de cette photo. À dire, c’est facile, à faire, c’est autre chose.

Surtout que cette photo, on ne trouve rien dessus, j’ai contacté des historiens, on sait que la photo existe, cependant, on ne sait pas qui est dessus et comment cela s’est passé. Alors, j’ai entrepris d’autres recherches sur l’époque et imaginé ce qu’aurait pu être l’histoire de cette photo. Il y a de l’Histoire, de la vraie, et de la fiction. Au départ, j’ai juste regardé cette image, je me suis concentré dessus. Je n’avais pas vraiment d’idée, puis un jour j’ai eu le déclic. Je savais ce que j’allais écrire, en quatre mois, j’ai écrit "La maison des voiles".

Un roman totalement différent de tout ce que j’ai fait depuis que je suis publié. Je ne sais même pas s’il deviendra un livre, je ne l’ai pas encore soumis à des éditeurs.


  • Comment choisissez-vous les thèmes de vos romans ? Sont-ils dictés par l’actualité, vos lectures, ou vos expériences personnelles ?


Un peu de tout ça, et de plus en plus des évènements historiques oubliés, des sujets peu traités. Dans le travail de l’auteur, il y a ne rien faire. Si, si, c’est un vrai travail, même si rien faire c’est pour moi lire des vieux livres, compulser des vieux articles de journaux, discuter avec des gens passionnés par un sujet. Découvrir des nouvelles techniques. Par exemple, un jour je rencontre Richard Marlet, ancien patron de l’identité judiciaire, un type d’une grande gentillesse et un des fondateurs de l’UPIVC. Une unité de police inconnue du grand public, il m’a tellement passionné que j’ai investigué, et que sortira en février "Derrière la chair" à la Manuf. C’est comme pour la série Surin d’Apache, si elle existe, c’est grâce à ma rencontre avec Nicolas Delestre et Amos Frappa… Donc rien faire d’autres que de discuter avec des gens, de partager un repas, c’est un travail très important pour moi.


  • Quelle est votre routine d’écriture ? Avez-vous des rituels particuliers ?


J’écris sur cahier, je bosse à l’ancienne. Cela permet de travailler vraiment n’importe où, pas besoin d’électricité, d’être connecté, mais surtout, cela me permet un premier re-travail sur mon texte en le tapant à l’ordinateur. Puis, je trouve que l’inspiration vient plus facilement avec un stylo en main qu’en martelant un clavier. Pas vraiment de rituel ni d’horaire, c’est quand ça vient.

Quoi que si, je travaille souvent plusieurs romans à la fois, deux ou trois. En sachant que certains n’aboutirons jamais. Cette façon de faire me permet de passer de l’un à l’autre quand je sens une baisse d’inspiration.


  • Vous avez mentionné que vous auriez aimé être dialoguiste (blog Culture et Justice). Comment cela influence-t-il votre manière d’écrire ?


Oh pas besoin d’être sorcier pour le voir, suffit d’ouvrir un de mes bouquins, je fais la part belle aux dialogues. Parfois trop selon certains éditeurs, mais je trouve que c’est le côté vivant et immersif d’un livre.


  • Quels auteurs vous ont le plus inspiré dans votre parcours ?


Frédéric Dard, sans hésitation, c’est lui qui m’a le plus inspiré. Capable de faire rire – même s’il y a parfois une grande part de sérieux aussi – avec San-Antonio, et de donner de sacrées émotions avec ses romans noirs. Mais ensuite, il y en a plein, tous ceux que l’on n’a nommé les forçats de l’Underwood, Léo Malet (sa somptueuse trilogie noire), Zola (du véritable roman noir sociétal), Simenon, Houssin, Lansdale, Jonquet, Pouy… Bref je pourrais dresser une liste qui n’en finirait pas ! Même encore maintenant, des auteurs actuels tels que Joseph Incardona et René Frégni – pour ne citer qu’eux – sont une source d’inspiration.


  • Vous avez une passion pour l’anthropologie criminelle. Comment cela se traduit-il dans vos romans ?


J’y consacre carrément une série, Surin d’Apache, où l’on découvre Alexandre Lacassagne, l’un des pionniers de la médecine légale moderne et de l’anthropologie criminelle. Il est impressionnant de voir tout ce qui a été créé, inventé, découvert au XIXe siècle et qui est toujours d’actualité de nos jours ! Lacassagne, Locard, Lombroso et tant d’autres sont des personnages fascinants !


  • Travaillez-vous seul ou en collaboration avec d’autres auteurs pour certaines séries comme L’Embaumeur ?


L’Embaumeur, les auteurs travaillaient seul, c’est au rendu de manuscrit qu’il y avait un travail avec un assistant éditorial, mais ça, c’est pour tous les livres publiés à compte d’éditeur. Cependant, je travaille à quatre mains avec l’ami Jérémy Bouquin, nous signons les ouvrages sous le pseudonyme de Borya Zavod. C’est du postapocalyptique déjanté, avec un humour noir et un cynisme très présent. D’ailleurs, il se pourrait que Tonton et sa clique reviennent rapidement, tout d’abord pour la réédition des opus déjà écrit, mais aussi avec des inédits chez Ska éditions.


  • Comment réagissez-vous aux critiques, qu’elles soient positives ou négatives ?


Lorsque j’ai commencé, les critiques me touchaient beaucoup, surtout les négatives. Les premières, elles piquent énormément. Surtout qu’avec Requiem, j’en ai essuyé des très méchantes et gratuites. Dorénavant, je suis toujours content d’avoir des gens qui disent qu’ils ont aimé leur lecture, c’est gratifiant. Les autres, elles ne me touchent plus, j’ai compris que l’on ne pouvait pas plaire à tout le monde, et c’est bien normal. Et puis je n’ai pas de temps à perdre avec la rancœur…


  • Quel est le retour de vos lecteurs qui vous a le plus marqué ?


Une jeune femme qui m’a écrit, elle voulait me transmettre un message de son arrière-grand-mère qui avait lu "Les ombres de Ravensbrück", qui avait été déporté là-bas, qui en avait connu l’ignominie et qui voulait me remercier d’avoir écrit en mémoire de toutes ces femmes…

Photo par Marc Schaub
Photo par Marc Schaub
  • Pensez-vous que vos romans ont une portée sociale ou politique ?


Je n’irais pas jusque-là, mais j’essaie – de temps à autre – d’utiliser des faits de société pour les mette en avant, pour en parler, qu’ils ne restent pas dans l’ombre. De là à dire que ça a une portée, c’est autre chose, mais au moins, j’écris sur des sujets qui me touchent.


  • Quel rôle joue l’humour dans vos récits, notamment face à des sujets sombres comme la guerre ou la mort ?


Le rire peut désacraliser beaucoup de chose, ce qui fait que comme le disait Desproges on peut rire de tout. Il faut juste faire attention, l’humour doit parfois piquer, certes, mais jamais blesser. Il y a parfois une limite très tenue entre l’humour et l’humiliation, il faut prendre garde à ne jamais la franchir. Et quitte à citer des gens bien, je citerai encore une fois Jean Yann qui expliquait que la plupart des gens ont de l'humour... tant que ça ne les concerne pas. Car nous sommes tous pareil, rire des autres, c’est facile, de soi, c’est plus compliqué.

Pour en revenir à la question, l’humour – surtout dans la série Requiem – permet de parler de sujet on ne peut plus lourds, difficiles, mais avec une grosse dose d’humour, cela rend plus digeste de pointer la bêtise et d’en rire que de donner des leçons.


  • Que souhaitez-vous que les lecteurs retiennent de votre œuvre ?


Ce con de Petrosky il a quitté l’école à 16 ans et il a réussi à écrire un truc ou deux potables sans jamais vraiment dans le moule, sans se dire : « Tiens, je vais écrire ça, c’est un sujet dans le vent » quitte à se prendre des vestes auprès des éditeurs. Simplement parce qu’écrire, c’est jouer à l’artiste, on travaille avec notre imaginaire, et le but du jeu avant toute chose, c’est de se faire plaisir à soi-même, de prendre du bonheur à écrire. Après c’est publié et ça marche, tant mieux. Ça reste dans un tiroir, tant pis, j’ai été heureux de le faire.



René Manzor "L'ombre des innocents"s



Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note
bottom of page