INTERVIEW (Archives) : Chrystel Duchamp
- Pirard Marvin
- 14 août
- 6 min de lecture
Chrystel Duchamp est une autrice française de thrillers, née en 1985 à Saint-Étienne. Après des études de communication à Lyon, elle devient graphiste tout en développant sa passion pour l’écriture.
Elle est cofondatrice du collectif Les Louves du polar, qui met en avant les autrices de romans noirs francophones. Son premier roman, L’Art du meurtre, paraît en 2020 et rencontre un beau succès.
Elle enchaîne ensuite avec plusieurs thrillers remarqués, dont Le Sang des Belasko, Délivre-nous du mal, L’Île des souvenirs et Où tu seras reine. Grâce à son style sombre et captivant, Chrystel Duchamp s’est imposée comme l’une des figures prometteuses du polar français contemporain.

Qui est Chrystel Duchamp ?
J’ai 38 ans et je suis graphiste de formation. J’aime le chocolat, le vin, la lecture et la Californie. Je suis une grande fan de Nine Inch Nails que j’ai vu deux fois en concert. Enfin, j’adore écrire ! Depuis 2020, je suis éditée chez L’Archipel dans la collection « Suspense ».
Quel est votre parcours ?
Après un baccalauréat littéraire, j’ai suivi une formation de communication visuelle à Lyon. Pendant ces trois années, j’ai exploré l’art sous toutes ses formes. Depuis la fin de mes études, j’occupe un poste de directrice artistique dans une agence de communication. J’ai fêté cette année mes 15 ans d’ancienneté ! Parlons écriture à présent ! À 8 ans, j’ai rédigé une petite histoire fantastique. En 6e, j’ai fait lire des nouvelles que j’avais imaginées à ma professeure de français. Puis l’écriture m’a accompagnée toute mon adolescence : poèmes, journaux intimes, conversations épistolaires avec des amies. La lecture était, elle aussi, très présente. Gamine, je pouvais lire un roman par jour. J’étais insatiable. En grandissant, j’ai délaissé l’écriture par manque de temps. Et en 2012, alors que je traversais une période compliquée de ma vie, l’envie d’écrire s’est imposée. Nécessaire. Vitale. J’ai rédigé 10 nouvelles que j’ai éditées sous la forme d’un recueil et l’aventure de l’auto-édition a commencé pour moi.
Vous avez à l’heure actuelle 9 œuvres à votre actif : un recueil de nouvelles fantastiques, 4 romans auto-édités, 4 romans parus chez l’Archipel et une nouvelle pour le recueil « Respirer le noir » aux éditions Belfond. Vous avez débuté dans le genre fantastique pour, peu à peu, vous orienter vers le polar. Pourquoi avoir abandonné ce style littéraire au profit du noir ?
Je suis une grande fan des nouvelles fantastiques de Maupassant et de l’univers de Lovecraft. Au cinéma, idem : j’aime les récits fantastiques. Si en plus le personnage principal est un gros monstre, je suis aux anges ! J’ai toujours eu une attirance pour ce genre qui permet une liberté de ton et de narration. Hélas, le fantastique est trop peu démocratisé en France. Si je voulais être éditée au niveau national, si je voulais avoir une chance de rencontrer un lectorat, il me fallait suivre la voie du polar, registre que j’apprécie tout autant. J’ai donc choisi de me consacrer au noir, sans toutefois délaisser le fantastique qui s’invite par touches dans mes romans. Dans « L’amour à mort », ma nouvelle pour « Respirer le noir », j’ai ressorti ma plume « fantastique » pour proposer un récit-hommage à ce registre et à ces auteurs que j’affectionne tant.
D’où vous vient votre inspiration ?
Dans le monde qui m’entoure. Je suis une personne très sensible, à l’écoute des autres. Des problématiques de société me questionnent, me chamboulent, me choquent et deviennent le point de départ d’un roman. Ajoutons à cela la notion de « limites ». J’aime interroger sur les limites que peuvent franchir les êtres humains au nom de… Jusqu’où peut-on aller au nom de l’art ? De la jalousie ? D’une cause, aussi légitime soit-elle ? Pour « L’île des souvenirs », l’inspiration a pris ses racines dans l’écoute d’un podcast : « Transfert ». Dans un épisode, une jeune femme racontait comment, après une overdose, les souvenirs d’un viol dont elle avait été victime adolescente se sont rappelés à sa mémoire. Son cerveau avait été capable de remiser ce traumatisme 10 ans durant. Ce récit m’a tellement remuée qu’il m’a inspiré le roman.
Quel est votre cadre idéal pour l’écriture de vos romans ? Et hors écriture, quel est selon vous l’endroit parfait pour vous détendre ou au contraire passer du bon temps ?
La seule condition indispensable est le silence. Quand j’écris, je m’enferme dans une bulle hermétique. Personne ne doit me parler ou m’interrompre. Je suis sourde à toutes les sollicitations extérieures. Dès lors que le calme m’entoure, je peux écrire n’importe où. Quant à l’endroit idéal pour me détendre, je choisirais mon lit ou une plage ensoleillée. Dans les deux cas : avec un bon roman entre les mains.
Votre dernier roman « L’île des souvenirs » a paru le 9 mars 2023. Souhaitez-vous nous en parler ? Il est souvent plus attractif que l’auteur nous parle de se livre plutôt que de se contenter de lire la quatrième de couverture.
Les auteurs ont souvent des difficultés à pitcher leurs propres romans ! Mais je me plie volontiers à cet exercice. « L’île des souvenirs » est avant tout une histoire d’amour entre deux jeunes femmes. L’une d’elles n’assume pas son homosexualité, un sujet que j’avais très envie d’aborder. Un soir, elles sont enlevées et séquestrées dans une maison abandonnée. L’une va succomber aux tortures infligées par son ravisseur, l’autre va parvenir à s’évader. Quand les enquêteurs interrogent la survivante, cette dernière est incapable de relater ce dont elle a été témoin. Pour cause : plutôt que d’affronter l’horreur de la situation, elle a choisi de fuir psychiquement dans la reproduction d’une peinture de Böcklin : « L’île des morts ». Le commandant en charge de l’enquête va s’entourer d’une équipe de spécialistes pour exhumer de la mémoire de la survivante les indices qui conduiront au coupable.

Votre dernière sortie est récente mais rares sont les auteurs qui prennent des vacances après la sortie de leur livre et se disent : « Je me vide la tête et je ne réfléchis pas à mon prochain roman ! » Êtes-vous de ceux qui rempilent directement après avoir terminé ? Êtes-vous déjà sur un nouveau roman ou un nouveau projet ?
Pendant l’écriture d’un roman, mon imagination et ma sensibilité sont toujours en alerte quant aux signaux extérieurs qui pourraient m’inspirer une histoire. Toutefois, impossible pour moi de penser à deux romans en même temps. Je dois finir celui en cours avant de réfléchir pleinement au suivant. Quand un roman est terminé, je m’octroie une période de jachère. J’essaie de ne plus penser à rien, sinon à un embryon d’idée. Je m’accorde le temps nécessaire – entre un et trois mois – pour la laisser mûrir. Quand je suis prête, je rédige un pitch d’une page qui sera ma base de travail. Il résume le récit dans sa globalité. Pour chaque roman, je réfléchis ensuite à une structure narrative différente, originale, au service de mon intrigue. Vient ensuite la rédaction du plan détaillé pour l’enchaînement des évènements. Quand j’ai mon pitch, ma structure narrative et mon plan : c’est parti pour la rédaction ! Et pour répondre à la dernière question : oui, je travaille actuellement sur mon 5e opus.
Vous avez une manière particulière de composer vos romans : avant de commencer à écrire, vous devez connaitre le début et la fin de vos histoires. Ne pourriez-vous pas écrire un roman et trouver sa conclusion en cours d’écriture ?
Mon point de départ est toujours la fin, c’est vrai. Je tricote ensuite mon récit en fonction de l’issue de mon histoire. J’ai toujours fonctionné de cette façon. Je serais incapable d’écrire un roman sans connaître l’issue du récit. J’ai besoin de savoir où je vais. En revanche, la liberté a toute sa place dans mon processus d’écriture puisque le plan que j’établis n’est jamais trop restrictif. Je liste les grandes lignes de mon intrigue et accepte, souvent, de me laisser emporter par mon histoire et, surtout, par mes personnages.
Vous êtes tombée dans le thriller à l’âge de quinze ans en lisant du Jean-Christophe Grangé et pour être plus précis « Les rivières pourpres ». Qu’est-ce qui vous a plu au point de vous dire : c’est ça que je veux faire ?
Aujourd’hui encore, aucun roman n’a détrôné « Les rivières pourpres » de mon top 3. Et indéniablement : Jean-Christophe Grangé compte parmi ceux qui m’ont donné envie d’écrire. Je me revois encore, en pleine nuit, dévorer ce roman jusqu’à la dernière page avant de me réfugier sous les draps. Comme je ne fermais jamais les volets de ma chambre, j’étais terrifiée par les ombres des arbres dont les branches esquissaient des crucifiés flottant dans le vent… Ceux qui ont lu « Les rivières pourpres » comprendront à quelle scène je fais référence ! « Les rivières pourpres » réunit tous les ingrédients du thriller parfait : l’écriture nerveuse, l’originalité de l’intrigue, la narration très cinématographique, la violence des scènes de meurtre, les personnages sans concession et, évidemment, le dénouement ! J’ai ressenti tellement d’émotions pendant cette lecture que j’ai eu envie, moi aussi, d’un jour pouvoir offrir ces émotions à un lecteur.

Je vous remercie infiniment pour le temps que vous nous avez accordé. Souhaitez-vous laisser un dernier mot pour ceux qui liront ces pages ?
Merci à Métal’art pour cette interview ! Et merci aux lectrices et lecteurs qui me soutiennent. Ils m’apportent beaucoup d’amour et d’énergie pour continuer à écrire. Dieu sait qu’il en faut ! Ce métier n’est pas facile. Il demande du travail, de l’implication, des sacrifices. Mais rencontrer les lecteurs et constater à quel point ils ont aimé mes récits m’aide à continuer !





Commentaires