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INTERVIEW : Gregory Chevignon

  • Pirard Marvin
  • 10 août
  • 6 min de lecture

Grégory Chevignon est un auteur français de thrillers et romans policiers, reconnu pour ses intrigues mêlant suspense, symbolisme et références historiques. Né à Roanne en 1975, il est titulaire d’une maîtrise d’histoire médiévale et exerce comme enseignant en lettres-histoire à Saint-Étienne. Passionné de lecture et d’écriture, il développe une œuvre marquée par les enquêtes complexes, les atmosphères sombres et les thématiques ésotériques. Avec des romans tels que Les ténèbres d’Hiram, Nora, Sous emprise ou encore La forêt aux ordalies, il explore aussi bien le thriller policier que le thriller géopolitique. Son parcours universitaire et son regard sur l’histoire nourrissent une écriture riche, immersive et singulière. Il est également batteur dans un groupe de Rock nommé Empty Place.



Tous droits réservés :
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  • Votre formation en histoire médiévale influence-t-elle directement votre manière de construire vos intrigues ?


Pas forcément. Mon attrait pour l'histoire médiévale vient plutôt de l'enfance quand on imagine la vie des chevaliers, des rois, les conquêtes, les châteaux forts... Ma manière de construire mes intrigues me vient davantage de ma scolarité en bac scientifique lors de laquelle j'ai appris à m'organiser, à structurer les choses, à séquencer, avec un minimum de rigueur. Quand j'écris, j'ai un cahier avec plein de notes sur toute l'intrigue qui me suit et que je rature à chaque fois que l'histoire progresse. Sans parler des post-it...


  • Comment conciliez vous votre métier d’enseignant avec votre activité d’écrivain ?


Mon métier d'enseignant est la priorité. C'est ce qui me fait vivre et je le dois à mes élèves. J'écris quand tout est bouclé, sur mes temps libres, les soirs, lors des vacances scolaires, des weekends.... Lorsque je ne pourrais plus concilier les deux, j'arrêterai d'enseigner. Ce serait bon signe pour mon activité d'écrivain.


  • Le goût pour l’écriture est-il arrivé avant votre passion pour l’histoire ?


Non après. Ma passion pour l'histoire prend sa source dans mon enfance, vers le CE2. Je récitais par coeur les pages des manuels d'histoire à ma grand-mère. L'écriture m'est venue à 27 ans comme un défi que je me suis lancé. Je n'ai jamais arrêté depuis.


  • Votre expérience dans l’enseignement nourrit-elle certains de vos personnages ou dialogues ?


Pas vraiment. J'écris pour m'échapper de mon univers quotidien. Le polar est donc un excellent moyen de sortir de l'ordinaire, de me plonger dans des univers qui me sont inconnus et que j'aime explorer en me documentant. Comme la neurologie pour mon troisième roman (Sous emprise).


  • Quelles ont été vos principales influences littéraires dans votre parcours ?


Je lis pas mal de romans policiers, de romans noirs, même si je ne suis pas fermé à d'autres genres littéraires. J'apprécie particulièrement les romans naturalistes du XIXe mais sans qu'ils ne m'influencent pour autant. Mais ma principale influence, celui qui m'a donné envie d'écrire, c'est Jean-Christophe Grangé. J'apprécie tout dans ses romans. L'intrigue, le style, les ambiances...


  • Comment est née l’envie d’écrire votre premier roman ?


Justement après avoir terminé la lecture de “Les rivières pourpres” en 2002. J'avais vu le film, j'ai acheté et adoré le bouquin. Je l'ai refermé et me suis dit : “es-tu capable, toi aussi, d'écrire un roman policier ?” Un défi personnel à la con mais, sept ans après, un polar en sortait.


  • Quels souvenirs gardez-vous de la publication de Les ténèbres d’Hiram ?


Un souvenir exceptionnel ! Quand l'éditeur m'a appelé avec l'intention de le publier, j'ai cru à une blague. Mais voir son premier roman transformé en livre avec une belle couverture, vos propres mots dedans, c'est une émotion intense. Notamment lorsqu'il est sorti en format poche aux éditions Pocket. C'était émotionnellement très fort et gratifiant. J'avais l'impression d'avoir atteint mon propre Graal. Comme quoi, le Moyen-âge , on y revient ;)


  • Aviez-vous dès le départ l’envie d’écrire du thriller et du polar ?


Oui. Je crois que je ne peux écrire que ça, en tout cas pour l'instant. J'aime construire une intrigue, un puzzle qui s'assemble chapitre après chapitre avec des twists, des rebondissements et le polar, le thriller me le permettent. J'aime aussi faire frissonner les lecteurs.


  • Comment votre écriture a-t-elle évolué depuis vos premiers livres ?


Au fil des remarques des éditeurs, j'essaie de gommer des petits défauts récurrents, des tics de langage, des maladresses et des lourdeurs. Tout ça me nourrit et je gagne aussi en assurance, je pense. J'essaie d'améliorer la fluidité de mon récit, sans oublier l'importance du rythme de l'intrigue. Normal pour le batteur que je suis.



  • Le succès ou la réception d’un roman modifie-t-il votre manière d’aborder le suivant ?


Pas forcément. C'est vrai que c'est mieux quand son roman est bien reçu, a de bonnes critiques mais, après, le suivant est une nouvelle histoire à écrire. Un autre épisode qui sera mieux reçu, ou pas. On ne maîtrise pas cet aspect. Il faut aborder le suivant avec le même enthousiasme, la même envie de se faire plaisir, même si ce n'est pas toujours un long fleuve tranquille. Sans compter que, lorsqu'un roman sort, le suivant est déjà bien entamé, me concernant.


  • Vos romans mêlent souvent histoire, symboles et suspense : qu’est-ce qui vous attire dans cette combinaison ?


L'histoire, c'est mon inclination naturelle, ma formation, un univers que je maîtrise. Ensuite, le suspense est un moteur de la narration. On va vers la résolution d'une intrigue en essayant de balader les lecteurs, les faire ressentir des émotions particulières, sombres parfois. Enfin, j'apprécie d'utiliser les symboles qui sont tout autour de nous, les détourner, les triturer, les réinterpréter pour nourrir le récit, imaginer des pistes, vraies ou fausses, des ressorts pour booster l'intrigue. Jouer avec les symboles, ça m'éclate assez.


  • Quelle importance accordez-vous à la documentation et aux recherches avant de commencer un livre ?


Une importance énorme. Ecrire un thriller me prend entre deux à trois ans. Le premier tiers, c'est uniquement de la documentation, l'accumulation de connaissances dans un domaine que je ne maîtrise pas forcément mais qui m'intéresse. Les recherches, c'est aussi donner de la crédibilité à son histoire. Primordial.


  • Comment travaillez-vous la tension narrative et le suspense ?


Difficile de répondre à cette question. Mais je pense que mon séquençage des chapitres, leur longueur, la nervosité que je mets dans l'enchevêtrement des différents épisodes du récit et l'enchaînement des événements y contribuent.


  • Cherchez-vous uniquement à divertir ou également à faire réfléchir vos lecteurs ?


Les deux. Si les lecteurs ont passé un bon moment, c'est cool. S'ils ont appris des choses ou découvert un nouvel univers, c'est encore mieux. Tant que la curiosité des lecteurs est stimulée, c'est positif. Mon côté prof, sans doute ;)


  • Quelle place accordez-vous au réalisme dans vos intrigues ?


Une place hyper importante. J'essaie de faire en sorte que les lecteurs soient plongés dans une histoire la plus crédible et réaliste possible. Etre au plus près de la société dans laquelle on vit m'importe.


  • Avec Nora, vous avez exploré un thriller plus géopolitique : qu’est-ce qui vous attirait dans cet univers ?


J'aime beaucoup la géopolitique, déjà. L'actualité est sans cesse marquée par des épisodes liés à la géopolitique, surtout en ce moment. Expliquer les relations internationales avec des clés de géographie et d'histoire me paraît fondamental. Tous les conflits, toutes les tensions, ont des enjeux liés aux territoires, au passé plus ou moins récent. Pour Nora, mon deuxième roman, j'ai voulu explorer ces tensions pour construire l'histoire d'une reporter de guerre.



  • La forêt aux ordalies semble très marquée par les symboles et les éléments : qu’aviez-vous envie d’y explorer ?


Les quatre éléments justement. Jouer avec le symbolisme de ces quatre éléments. Eau. Terre. Air. Feu. Un terrain de jeu idéal pour imaginer une histoire de crimes avec des tueurs connectés les uns aux autres, avec chacun une signature criminelle différente.


  • Existe-t-il un personnage ou un roman auquel vous êtes particulièrement attaché ?


“Si c'est un homme” de Primo Lévi. C'est l'histoire d'un rescapé d'Auschwitz qui raconte son parcours dans le camp. Un chef d'oeuvre qui m'a bouleversé.


  • Quel regard portez-vous aujourd’hui sur le polar français contemporain ?


Il existe des auteurs incroyables dans le polar français et francophones. Au cours des salons, j'ai eu la chance d'en rencontrer pas mal, certains(e)s sont même des personnes qui me sont chères. Et j'avoue que, depuis, je lis beaucoup plus d'auteurs français. Il y a des écrivains et des romans exceptionnels, donc j'ai forcément un regard positif.


  • Quels sont vos projets et envies d’écriture pour les prochaines années ?


Je suis en train de terminer mon sixième roman. Un thriller en mode escape game et huis clos. Il y a également un roman collectif, écrit avec neuf autres auteurs, qui va sortir en octobre 2026. On s'appelle le clan DECA mais patience... Vous aurez bientôt de nos nouvelles.


René Manzor "L'ombre des innocents"s



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