INTERVIEW : Nathalie Lecigne
- Metal'Art Culture
- 24 nov. 2025
- 5 min de lecture
Née en 1982, Nathalie Lecigne est enseignante à Paris et passionnée de littérature. Elle publie son premier thriller, À cette minute, en 2022, finaliste du Prix des étoiles Librinova. Elle enchaîne avec Dans les bras de Typhée en 2024, puis Je ne suis pas d’ici en 2025, un roman noir salué par la critique. Ce dernier lui vaut le Prix Découverte 2025 au Salon de l’Iris Noir de Bruxelles, consacrant son talent dans le monde du polar psychologique. Ses récits explorent les zones d’ombre de l’âme humaine, entre traumatismes, emprise et résilience.

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire des thrillers ?
L’envie d’écrire est arrivée vers dix-huit ans, par la lecture. Je souhaitais, moi aussi, créer des personnages et leur histoire. Comme je craignais d’échouer, je n’ai trouvé le courage qu’à l’approche de la quarantaine. Le thriller s’est imposé puisque c’était le genre que je lisais et que j’aimais.
Comment conciliez vous votre métier d’enseignante avec votre activité d’autrice ?
C’est difficile parce que je manque de temps. J’écris essentiellement le week-end. Lorsque
j’approche du but et du mot fin, je me lève plus tôt et me couche plus tard. Je ne pense plus qu’à ça et je grapille du temps là où il y en a, même si je dois supprimer des heures de sommeil. Mes proches en bavent!
Quels auteurs ou autrices vous ont le plus influencée ?
Sandrine Collette m’inspire énormément. Ses textes me bouleversent à chaque fois. Comme beaucoup de ma génération, j’ai lu pas mal de romans de Stephen King lorsque j’étais adolescente puis jeune adulte. J’imagine que ces lectures m’ont influencée. Marche ou crève est l’un de mes romans préférés.
Comment avez-vous vécu la publication de votre premier roman "À cette minute" ?
J’étais très fière d’être allée au bout de ce premier roman. D’avoir enfin sauté le pas et
d’être parvenue à terminer mon manuscrit. Je n’ai pas trouvé de maison d’édition. L’auto- édition fut une expérience enrichissante. Épuisante, mais enrichissante. J’ai rencontré de nombreuses personnes grâce à ce roman, notamment sur les réseaux sociaux. Instagram plus particulièrement.
Quel a été le déclic pour vous lancer dans l’autoédition avec "Dans les bras de Typhée" ?
Il n’y a pas eu de déclic. Comme pour mon premier roman, j’ai envoyé le manuscrit à plusieurs maisons d’édition qui ont toutes refusé de le publier. J’ai alors décidé de l’auto-éditer en m’entourant de personnes bienveillantes. Anthony Liottard s’est chargé de la couverture par exemple.
Comment votre écriture a-t-elle évolué entre vos trois romans ?
J’ose beaucoup plus. J’aime le roman noir et je ne crains plus d’aller aussi loin que mon histoire et mes personnages l’exigent. J’imagine aussi que ma plume s’affine à force d’écrire. Ce sont les lecteurs qui pourront le dire.
“Je ne suis pas d’ici” aborde des thèmes très sombres. Qu’est-ce qui vous a inspirée pour ce roman ?
La peur. Toujours la peur. Je m’inspire d’histoires réelles, de faits divers atroces. Je m’interroge au sujet de ces êtres capables de commettre des actes terribles. Pourquoi ? Comment ? Ça me donne envie de gratter, de fouiller. De comprendre. C’est aussi un lieu. Un gîte dans lequel j’ai séjourné durant deux semaines, un été. Un endroit perdu au milieu d’une forêt immense. J’y ai imaginé Marie, Georges et Louis.
Vous explorez souvent des sujets comme le deuil, la maltraitance ou l’emprise psychologique. Pourquoi ces thématiques ?
La peur et l’incompréhension. Ces sujets m’interrogent autant qu’ils me terrifient. Alors je veux comprendre. Je me documente, lis des thèses, visionne des reportages, etc. Les idées naissent de ces recherches et de ces travaux menés par des psychiatres ou des psychologues. Je pense que j’aurais dû faire des études dans ce domaine!
Comment construisez vous vos personnages, souvent complexes et tourmentés ?
Je les crée avant de me lancer dans l’écriture à proprement parler. Chacun d’eux a sa fiche détaillée. J’adore cette étape là parce qu’elle me permet de mettre en lumière des choses intéressantes. Je leur invente une vie ponctuée d’événéments tragiques ou joyeux. Je leur transmets des peurs, des croyances, des manies… Une fois qu’ils sont tous prêts, je peux écrire le manuscrit.
Avez-vous une méthode particulière pour écrire vos intrigues ?
Non. Pas de méthode. Pas vraiment. J’utilise un carnet dans lequel je prends énormément de notes, lors de mes recherches par exemple. Il y a les prénoms de mes personnages, leur date de naissance et d’autres détails. Je commence à bâtir un plan, mais c’est encore très bancal à ce stade. Quand une histoire se précise et que j’ai accumulé suffisamment d’infos, je construis un plan sur ordinateur et je crée les fiches personnages. Si cela me convient, que je me sens prête, que mes personnages le sont aussi, je commence à écrire.
Quelle scène ou quel personnage vous a le plus marquée lors de l’écriture ?
Sur mes trois premiers romans, je dirais Marie. Ce personnage m’a profondément émue. J’ai aimé l’écrire et vivre à ses côtés.
Travaillez-vous seule ou avez-vous des bêta-lecteurs ou un cercle de relecture ?
Pour mes trois premiers romans, j’ai fait appel à des bêta-lecteurs que je remercie du fond du coeur. Ils ont œuvré dans l’ombre et sans aucune compensation. Leur générosité a permis à "Je ne suis pas d’ici" de trouver une maison d’édition. Pour mon quatrième manuscrit, j’ai travaillé directement avec mon éditeur.
Que représente pour vous le Prix Découverte 2025 reçu au Salon de l’Iris Noir ?
Beaucoup d’émotion ! Quel bonheur de le recevoir ! J’étais déjà très honorée de participer au salon Iris Noir. Recevoir le prix était inespéré. Je remercie les organisateurs, les membres du jury et les bénévoles. Ce fut un week-end magique.

Comment avez-vous vécu cette reconnaissance publique ?
Cela me permet de croire davantage en moi. Ce prix est arrivé alors que je m’interrogeais sur ma place dans le milieu de l’édition et de la littérature noire. Grâce au prix découverte, j’ai envie d’y rester.
Ce prix a-t-il changé quelque chose dans votre carrière ou votre visibilité ?
Ce prix accroît la confiance des lecteurs et donc leur nombre. Je suis très heureuse de voir que "Je ne suis pas d’ici" voyage encore plus depuis Iris Noir.
Avez-vous déjà une idée pour votre prochain roman ?
Oui. Le prochain roman est déjà écrit et paraîtra au premier semestre 2026. J’ai hâte ! Je suis actuellement en train de travailler sur une nouvelle histoire.
Envisagez-vous d’explorer d’autres genres littéraires ?
Pas pour l’instant. Je me sens bien et j’adore écrire du noir. Il ne faut jamais dire jamais, je le sais bien. Peut-être qu’un jour je ressentirais le besoin de changer. Ce n’est pas le cas aujourd’hui.

Quel message souhaitez-vous transmettre à travers vos livres ?
Il n’y a pas réellement de message. Lorsque j’écris, je cherche à vivre des émotions puissantes, à les faire vivre ensuite lorsque le roman paraît. C’est aussi ce que je recherche lorsque je lis un livre ou que je regarde un film. Vibrer à fond ! Vivre une histoire bouleversante qui impacte par son réalisme.
Quel regard portez-vous sur la scène actuelle du thriller francophone ?
J’ai un regard tout neuf. Je découvre cet univers puisque "Je ne suis pas d’ici" est sorti en mai 2025. Je peux tout de même dire qu’il y a bon nombre d’auteurs et d’autrices talentueux. Je peux aussi ajouter qu’ils m’ont accueillie à bras ouverts et que je suis heureuse de partager de beaux événements avec eux.
Un conseil pour les jeunes auteurs ou autrices qui souhaitent se lancer?
De ne pas attendre la quarantaine ! Qu’écrire est une aventure incroyable. Une discipline, aussi, c’est vrai. Ce n’est pas tous les jours rose. Ça vaut le coup, si on est passionné, de sauter le pas. Foncez !





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