INTERVIEW : Ludovic Bouquin
- Metal'Art Culture
- 23 mars
- 7 min de lecture
Aujourd’hui, nous recevons Ludovic Bouquin, un auteur qui s’impose progressivement dans le paysage littéraire contemporain grâce à son imaginaire riche et sa sensibilité narrative. Avec La dissonance des archanges, il nous plonge dans un univers où l’introspection, le mysticisme et la tension dramatique se croisent pour offrir une œuvre singulière et marquante. Fasciné par la complexité de l’âme humaine, Ludovic Bouquin construit des récits où les fractures intérieures, les questionnements existentiels et les forces invisibles jouent un rôle central. À travers son parcours personnel et artistique, il développe une plume engagée et profondément humaine. Nous allons aujourd’hui explorer avec lui son livre, ses inspirations et son évolution d’auteur.

Qu’est‑ce qui vous a inspiré l’univers et le titre de La dissonance des archanges ?
Pour ce roman, le titre est venu en dernier. Il a porté pour titre provisoire le mélomane jusqu’à ce qu’il soit corrigé et qu’on ait décidé avec l’éditeur de trouver un titre plus pêchu. Le projet d’écriture a évolué dans le temps, la dissonance des Archanges colle parfaitement à l’intrigue. Je le trouve en accord avec le roman dont l’histoire finale est assez éloignée de ce que je voulais faire au début. L’univers du roman s’est imposé avec le choix d’un groupe de métal et de ses membres comme protagonistes principaux. Si on se réfère aux frasques d’un groupe comme Mayhem, c’est une source d’inspiration inépuisable pour un romancier.
Comment définiriez-vous le genre de ce roman et ce qui le distingue des œuvres proches ?
Je le classerai dans la catégorie thriller ou policier. Le rythme est mené tambour battant, il y a des rebondissements, les personnages sont bien campés. Il y a une opposition entre l’agressivité de la musique métal et la sensibilité des musiciens que j’aime beaucoup. Il y a des œuvres proches ? (rire). J’aime à penser que c’est une fiction singulière et qu’au-delà des clichés créés par la presse et le ressenti du public, il y a des hommes et des femmes qui aiment ce qu’ils font et travaillent pour y arriver. Que ce soit quand on fait partie d’un groupe de musique ou de la police.
Quel a été l’élément déclencheur qui vous a poussé à écrire cette histoire en particulier ?
L’idée, au tout début, est celle qui intervient à l’avant dernier chapitre. Je ne peux pas la dévoiler dans ces lignes… J’ai cherché à surprendre les lecteurs avec cette fin (les premiers retours de lecture me font penser que j’ai réussi). Bref un riff de guitare.
Votre livre aborde des thématiques fortes : lesquelles vous tenaient le plus à cœur ?
J’avais envie de faire un roman autour des tribulations d’un groupe de métal. Un univers qui jouit d’une réputation sulfureuse et méconnu chez nous. La liberté et l’amitié sont aussi des thématiques qui me tiennent à cœur. Je réfléchis plus à l’histoire quand j’imagine un projet d’écriture, les thématiques s’imposent souvent elle-même, après c’est une question de point de vue, de manière de traiter des situations qu’on imagine tendue ou périlleuse.
Certains personnages semblent porteurs de symboles : lequel avez-vous eu le plus de plaisir à créer ?
Je me suis penché sur ce qu’était un vrai sataniste, loin des clichés habituels, je me suis bien amusé à créer les personnages de Maiana et Julien. J’aime l’idée de famille de cœur qui constitue le noyau des Archanges.
Y a-t-il une scène ou un passage dont l’écriture vous a demandé un investissement émotionnel particulier ?
Le personnage de Sybille et sa trajectoire dans le roman m’ont posé quelques difficultés. Encore une fois, sans rien raconter de l’histoire c’est difficile de développer.
La construction narrative du roman est-elle venue naturellement, ou a-t-elle exigé un travail important de réécriture ?
Il y a eu un gros travail de réécriture pour arriver au résultat final. Je peux compter au mois quatre version différentes de la même histoire, avec les personnages qui existent aujourd’hui. J’avais écrit ce prologue, qui me plaisait beaucoup, dans la toute première version (c’est un scoop, il ne sera jamais publié !) :
"Je n’avais jamais rien ressenti de pareil. L’idée qui avait germé dans notre esprit s’était matérialisée. Nous avions, ensemble, commis notre premier meurtre. Un acte délibéré, prémédité et réfléchi, une offrande. Je suis incapable d’expliquer ce que j’ai éprouvé quand j’ai saisi le couteau de chasse que nous avions pris avec nous, au cas où nous aurions besoin d’une arme, et que je l’ai planté, profondément, dans la cage thoracique de l’homme étendu devant moi l’actionnant comme si je voulais l’ouvrir en deux. C’était plus dur que dans les films, mais magnifique. Un pur bonheur, le sang qui avait jailli en geyser, je devinais les organes, juste là, à portée de mains. Je me revois un grand sourire sur le visage, un ravissement proche de la béatitude comme je me l’imaginais. J’avais vécu une extase en pleine conscience, nous avions partagé ce moment en communion parfaite. Je pensais que c’était notre manière à nous de sceller notre union, une union maléfique comme certains le penseront. Je m’en fiche, nos actes répondent à une autorité supérieure et revêtent une signification symbolique forte, c’est tout ce qui compte. Nous avons décidé de vivre en marge de la société, de nous réaliser comme nous l’entendons et personne ne pourra nous arrêter.
Maintenant, je dois recommencer, j’en ai envie. Un besoin irrépressible serait plus juste. Je lui en ai parlé. Ma vie a pris une direction inattendue et exaltante pour mon plus grand plaisir. Je suis déjà en quête de notre prochaine victime, savourant d’avance sa mise à mort.
La folie est devenue raison. "
Quels auteurs, œuvres ou influences ont contribué à façonner cet univers ?
Dans ce roman c’est plus la musique qui a joué un rôle prépondérant. Si une chanson devait résumer un roman ce serait Breathe d’Eluveitie. Ensuite, je suis un grand amateur de thriller, je citerai Don Winslow, Georges Chesbro et Stephen King.
Comment se déroule une journée d’écriture typique pour vous ?
J’aime écrire le matin, souvent très tôt, jusqu’à midi. Ensuite je reprends ce que j’ai fait le matin en fin d’après-midi. Tout ça sans rien d’autre de prévu dans l’absolu idéal… ce qui n’arrive jamais, mais ça ressemble à ça.
Êtes-vous plutôt méthodique avec un plan détaillé, ou laissez-vous l’histoire évoluer librement ?
Je préfère l’image du shaker dans lequel ont met plusieurs ingrédients (au fil des jours) puis à un moment on a un résultat homogène et savoureux. À ce moment, j’esquisse un plan. Souvent une ligne droite qui représente le temps et sur laquelle j’ai les étapes clés du roman, finalement ça ressemble à une feuille noircie avec des bulle et des traits, incompréhensible par quelqu’un d’autre que moi !
Je raconte souvent que j’avais lu l’interview d’un auteur célèbre avant de commencer à écrire où il disait que ses personnages faisaient ce qu’ils voulaient. Je m’étais fait la remarque, à l’époque, qu’il devait prendre quelque chose. Je dois bien avouer que ses propos étaient d’une sincérité désarmante. Il arrive un moment dans un roman (souvent quand il commence à être bon) où mes personnages prennent des directions inattendues que je n’avais jamais imaginé.
Quel rôle jouent la musique, les ambiances ou les rituels personnels dans votre créativité ?
J’écoute de la musique en permanence, je commence par lancer Spotify avant toute autre chose quand je démarre mon ordinateur. La vérité c’est qu’après un certain temps je ne l’entends plus vraiment, mais elle est toujours là.
Quand l’écriture a-t-elle pris une place importante dans votre vie ?
Après que mon deuxième roman Olagarro ait reçu le prix Dora Suarez du premier roman, je me suis senti plus légitime. Le syndrome de l’imposture m’a poursuivi de nombreuses années. Je prenais beaucoup de plaisir à écrire, j’ai persévéré et je m’amuse de plus en plus à raconter des histoires.
Votre parcours professionnel a-t-il influencé votre manière de raconter des histoires ?
Je ne sais pas pour ma manière de raconter une histoire, je viens du monde de l’informatique. Pour les thèmes de fond, les idées, oui. J’ai publié Sauce de pire en 2021 avec Jean-Pierre Xiradakis, un restaurateur Bordelais renommé. C’était un client en 1998.
Quel a été le moment charnière qui vous a conduit à publier votre premier livre ?
Je me suis retrouvé à 40 ans avec du temps devant moi. Grand lecteur, j’ai consacré une année à l’écriture d’un premier roman. Je racontais à tout le monde que j’écrivais un truc.
Y a‑t‑il des expériences personnelles qui ont nourri la construction de votre univers littéraire ?
Je pense que toutes les expériences que l’on vit nous sont utiles pour écrire un récit de fiction. J’ai vécu longtemps en Afrique et c’est une destination, chère à mon cœur, qu’on retrouve dans beaucoup de mes romans.
Comment avez-vous vécu les premiers retours des lecteurs concernant La dissonance des archanges ?
Ils ont été enthousiastes, alors très bien. C’est important d’avoir de bons retours de lecture. Ça encourage à continuer et c’est le nerf de la guerre.
Un retour ou un témoignage en particulier vous a-t-il touché ou surpris ?
Je suis flatté à chaque fois que je lis une chronique positive et je remercie toutes les personnes qui prennent le temps d’en laisser une. Je vais être honnête, vous trouverez sur Amazon une critique de Gâteau de semoule 2.0 où une dame emploie le terme de « navrant et désolant » suggérant que je traite le cas d’une overdose dans un lycée sur un ton léger et que je continue sur le même ton et que ce roman ne mérite même pas une étoile. Ça m’a fait de la peine, je n’ai pas compris l’intérêt de lire un roman policier si c’est pour s’offusquer de la sorte. Ensuite, on ne peut pas plaire à tout le monde, il faut l’accepter.
Envisagez-vous une suite ou un développement autour de l’univers de ce roman ?
Je n’en ai aucune idée, mais je me suis laissé une occasion de continuer.
Avez-vous déjà d’autres projets littéraires en cours ou en préparation ?
Le hasard des calendriers éditoriaux va faire que j’ai un deuxième roman qui sort début mai aux éditions du caïman : Une addition salée. J’ai un projet en cours, avancé à 30%...
Où vous voyez-vous dans votre parcours d’auteur dans quelques années ?
En haut de l’affiche ;-)





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