INTERVIEW : Kyo VR
- Pirard Marvin
- 11 mai
- 10 min de lecture
Kyo VR est une autrice touloise spécialisée dans la littérature M/M, naviguant entre romance, horreur et fantasy. Elle débute avec la nouvelle 'Remember Me' avant d'explorer des univers plus sombres comme 'Morbid' et 'Go To Sleep'. Son œuvre se distingue par des thèmes intenses, mêlant psychologie, émotions fortes et surnaturel. Plus récemment, elle publie 'Rune – Tome 1', ouvrant une nouvelle étape de son parcours littéraire. Toujours en pleine création, elle développe également une romance gay fantastique et un projet de roman Otome.

Pouvez-vous nous raconter votre parcours avant de devenir autrice et ce qui vous a donné envie d’écrire ?
Aussi longtemps que je puisse m'en rappeler, j'ai toujours aimé inventer des histoires. Déjà toute petite, j'avais la tête dans les nuages et imaginais toutes sortes de petites péripéties avec des personnages hauts en couleurs. J'ai toujours été attirée par l'irréel et le rêve.
Je n'ai pas eu un parcours scolaire facile. C'était très compliqué, car j'étais victime d'harcèlement de la primaire jusqu'au lycée. Cela m'a beaucoup affectée, comme tous ceux qui ont vécu ce genre d'injustice.
La différence fait parfois peur à certaines personnes. Je me réfugiais dans les écrits. J'aimais cette sensation de pouvoir faire sourire ou pleurer les personnes qui acceptaient de les lire. Les voir se plonger dans un univers qui n'appartenait qu'à eux, loin de tout. Puis je me souviens parfaitement du jour où au collège, mon professeur de français m'avait convoquée à la fin des cours pour parler de mes cahiers. Vous savez, j'avais cette habitude d'écrire des histoires à la fin de mes cahiers d'exercices, et il l'avait vu.
Mais au lieu de me réprimander, il m'a demandé de faire la suite de ces petites histoires que j'écrivais. J'ai été si heureuse en cet instant, bien que dans l'incompréhension. Et c'est ce même professeur qui m'a demandé un jour " Tu n'as jamais pensé faire des études dans la littérature ? Tu as le don pour l'écriture ". Je le savais au fond que je le voulais, mais je n'aurais jamais osé avoir la prétention de l'accepter.
Mon parcours a été plus que difficile et je m'en rends compte aujourd'hui. J'ai dû arrêter l'école pour continuer mes cours à la maison, suite au harcèlement qui fut très intense et presque dangereux physiquement pour moi. Certains de mes professeurs émettaient le fait que je n'étais pas assez douée pour devenir autrice. Mes parents m'ont soutenue jusqu'au bout et se sont battus pour que j'aie un parcours scolaire "normal ", mais modestes, nous n'avions pas forcément l'argent de mettre beaucoup d'argent dans les études. J'ai décidé de prendre les choses en main.
J'ai été plongée dans la vie active très tôt, de mon propre chef. Quand d'autres partaient en soirée, j'aidais mes parents à la maison, je jouais avec mes petits frères et ma petite sœur. Je suis l'aînée de la famille, je voulais qu'ils puissent avoir de bons souvenirs. J'ai beaucoup appris de mes parents. Je leur dois beaucoup. Puis, quand j'avais le temps, je me plongeais dans l'écriture. Nous n'avions pas beaucoup d'argent alors nous avions un ordinateur pour toute la famille et nous attendions notre tour chaque jour pour l'utiliser.
J'ai commencé sur ce vieil ordinateur. Je me suis battue, j'ai continué à écrire, encore et encore sans même me soucier du temps ou de ce que la vie voulait vraiment de mon avenir. Et quelques années après, je sortais ma première saga : Remember Me, qui fit un succès auprès des lecteurs. Aujourd'hui, cela fait des années que je suis autrice et j'ai écrit beaucoup d'autres romans et sagas que je porte dans mon cœur. Ce que je peux dire de mon parcours, c'est que les rêves commencent toujours petit. Il n'y a pas de petit ou grand écrivain, il n'y a que des rêveurs.
Comment votre environnement Toulois influence-t-il votre créativité ?
Toul est un endroit où il fait bon vivre. C'est une petite ville, mais très agréable. Tout le monde ou presque se connaît au moins de vue. Les gens sont très gentils et serviables, très bienveillants. J'adore ma ville ! J'ai eu l'occasion d'y faire des dédicaces et c'était si rafraîchissant de pouvoir parler aux gens qui me connaissent depuis petite. Nous avons de superbes monuments et aussi l'une des cathédrales les plus anciennes. Des parcs fleuris, des brasseries adorables et des gens qui savent rire. Il n'est pas difficile de s'y sentir à l'aise. Se poser sur un banc devant une grande fontaine et écouter les enfants courir et rire, les oiseaux et les parents qui vivent leurs vies, tout en écrivant nos quelques lignes de roman.
À quel moment avez-vous compris que l’écriture deviendrait centrale dans votre vie ?
Je l'ai compris bien assez vite. Ce n'était pas juste une envie d'inventer des personnages et des péripéties, c'était un réel souffle, une envie ardente et presque enivrante. Lorsque j'ai terminé ma saga Remember Me, je me suis directement plongée dans un nouveau roman et quand bien même j'étais déjà en train de pianoter sur mon clavier, j'étais en soif de plus de rêverie. J'ai compris à cet instant que ce n'était pas juste un hobby, c'était le métier de ma vie, mon rêve et ma passion, tout ça réuni.
Le genre M/M est au cœur de votre travail : comment ce choix s’est-il imposé à vous ?
Il est vrai que les M/M sont presque omniprésents dans mes œuvres, tout comme les relations LGBT en global. Je suis une personne très ouverte. Moi-même bisexuelle et Genderfluid, le fait d'être vue comme un individu homme ou femme n'a jamais été un souci pour moi. Je n'ai jamais vraiment fait de différence.
Dans ma jeunesse, j'ai été forcément attirée vers les lectures de type Yuri, Yaoi et d'autres thèmes encerclant la communauté LGBT et j'ai su que je voulais écrire dans ce genre littéraire. Pour commencer, je trouve ceci réellement adorable et intense, mais aussi, cela me permet de partager la beauté que certaines personnes voient comme une " maladie " ou une chose contre nature.
Nous sommes des personnes comme tout autre être humain. Il est beau de voir que l'amour ne fait pas attention à l'orientation ni au genre de la personne et ça, c'est beau.

Quels défis avez-vous rencontrés en vous imposant dans la littérature M/M en France ?
Les critiques, la fermeture d'esprit. J'ai été beaucoup critiquée. Les gens me demandaient souvent " mais pourquoi pas des couples hétéros ? C'est de la discrimination ". Je n'ai jamais compris cette envie de juger et de mettre une étiquette sur un auteur ou une personne pour ce genre de chose. Au début, ça m'a beaucoup atteinte et je tentais de me justifier en essayant d'expliquer mon point de vue, mais j'ai vite compris que je m'épuisais.
J'ai eu envie d'arrêter beaucoup de fois, mais il était hors de question de m'arrêter dans mon métier ou de cacher cette facette de moi, ce que j'étais dans mon intégralité, pour quelques personnes qui n'avaient pas l'esprit ouvert. Toute personne a son point de vue et son droit sur celui-ci, mais parfois, ça dérive souvent en rage. Alors, autant être critiquée pour ce que j'étais. Je n'arrêterai jamais mes écrits M/M et LGBT pour ce genre de chose. Et j'espère qu'aucun auteur n'ait eu à le faire.
Comment est né votre premier projet publié, 'Remember Me' ?
Remember Me est né de plusieurs expériences douloureuses que j'ai pu voir chez certaines personnes ou moi-même. Beaucoup de gens souffrent de situations où, si elles avaient " su ", elles n'auraient jamais fait les choses de la même manière. Ou si elles avaient pu, elles ne se seraient jamais permis d'entrer dans une situation qui leur a causé du mal. Je me suis dit : c'est fou.
Comment je réagirais si j'avais tout pour être heureuse, que je me plaignais et n'en profitais pas ? Puis, qu'au final, je perdais tout du jour au lendemain ? Est-ce que je remarquerais que j'avais juste eu de la chance d'avoir ce bonheur ou ai-je échoué quelque part ? De là est né Remember Me, basé sur la perte d'une vie magnifique et le choix de refaire les mêmes choix pour récupérer sa vie ou se rendre compte qu'on peut essayer de faire mieux.
Vous écrivez aussi bien romance, horreur, que fantasy : comment vivez-vous cette polyvalence ?
J'ai une imagination qui tourne à mille à l'heure ! J'aime énormément de thèmes et je ne voulais pas en écrire qu'un. Il est pour moi très facile de jongler entre plusieurs thèmes à la suite, même en écrire plusieurs en même temps. Je trouve ça très intense et gratifiant. J'ai besoin de diversifier. Tout ce que mon imagination veut dévorer et mettre noir sur blanc, le clavier le fait.
Comment avez-vous trouvé l’équilibre entre humour, destinée et fantastique dans 'Remember Me' ?
En réalité, ça m'a paru assez naturel. Je ne me suis pas posé de question. Je voulais vraiment ce côté réaliste de la vie, saupoudré de magie, afin de faire entrer le destin comme une personne à part entière qui peut aussi faire des erreurs. Bien évidemment, ça m'a demandé beaucoup de travail acharné, de recherches et de temps d'écriture, mais cela m'a paru si naturel.

Qu’est-ce qui vous attire dans les univers sombres comme ceux de 'Morbid' ou 'Go To Sleep' ?
Je suis ultra fan de surnaturel, de thriller et d'horreur. Aussi loin que je puisse m'en souvenir, j'ai toujours adoré en regarder et en lire. Donc, il était évident que j'allais écrire sur ces thèmes. J'adore ce côté frayeur qui nous tient en haleine. Cette tension entre la peur, la poursuite et le surnaturel qui donnent aux histoires et à mon immersion, une dynamique haletante.
Être effrayée tout en essayant de percer à jour l'intrigue, c'est un mélange explosif. Morbid et Go To Sleep sont des sagas où j'ai passé le plus de temps, surtout Go To Sleep. Ça a été un travail long, acharné et plein de recherches. J'ai mis cinq années à écrire ces onze tomes ou presque et j'ai dû mélanger horreur, thriller et surnaturel tout en laissant l'intrigue arriver très lentement. D'ailleurs, la suite de la saga Morbid arrive bientôt !
D’où viennent vos inspirations pour les thématiques liées à la psychose, aux traumas et aux relations complexes ?
J'ai toujours été une très grande fan de tout ce qui était thriller psychologique et psychose. Pas que j'en aime le sujet, loin de là, mais je trouvais ça beaucoup plus effrayant à regarder et à lire que de l'épouvante pure. J'ai été passionnée par cet effet de recherche complexe et de peur mélangés pour un cocktail parfait. Alors j'ai fait des recherches approfondies sur les sujets, moi-même mais aussi envers des experts pour pouvoir m'assurer de donner une bonne lecture à mes lecteurs !
Comment vivez-vous la relation très émotionnelle que vos lecteurs entretiennent avec vos personnages ?
Je trouve ça vraiment gratifiant et magnifique. Le fait de savoir que des personnes puissent être touchées ou attachées aussi fort à des personnages que j'ai pris soin d'imaginer et de créer, c'est vraiment le plus beau cadeau pour un écrivain. J'espère pouvoir encore créer des personnages qui pourront leur donner envie de les chérir ou de les détester.
Avez-vous une méthode d’écriture établie, ou laissez-vous place à l’improvisation ?
Quand je commence un nouveau roman, je sais déjà mon décor. Je sais sur quoi je veux écrire, sur quoi ça va tourner et quels seront mes personnages. Du moins, les personnages principaux. Ensuite, j'adore me laisser porter par l'improvisation. La fin n'est jamais dictée à l'avance, ni même le milieu. Ça me pousse à être dans une immersion totale et j'adore ça !
Quels genres littéraires vous restent encore à explorer ?
Je viens d'entrer dans la dark fantasy et c'était un réel défi, je n'avais jamais écrit dessus. Je pense que le thème que je pourrais sans doute explorer serait la dark fantasy. Je ne suis pas sûre d'être bonne sur ce thème, car ce sont parfois des sujets qui explorent des sujets que je n'aime absolument pas, mais rien ne tente d'essayer à ma façon.

Comment travaillez-vous la construction psychologique de vos personnages ?
Il faut savoir que je mets beaucoup plus de temps à façonner mes personnages que le reste. Je prends soin déjà de mettre en place leur passé et ce qui pourrait les troubler dans l'avenir. Ça me permet de savoir s'ils seront plus dans le côté gentil, méchant ou anti-héros. Leur caractère est très minutieusement recherché pour que chacun puisse être humain et réaliste dans ses émotions.
Êtes-vous du genre à écrire plusieurs projets simultanément, comme votre romance fantastique ou votre Otome Game ?
Oui, en effet. J'ai toujours fonctionné ainsi. J'écris souvent plusieurs projets de thèmes différents en même temps, et je jongle entre eux. Ça ne m'a jamais dérangée et ça motive mon imagination.
À quel moment sentez-vous qu’un roman est prêt à être publié ?
Il m'est déjà arrivé de dépublier un roman car après l'avoir mis en vente, je me suis aperçue que je n'avais pas fait de mon mieux, je le sentais en moi, qu'il manquait quelque chose, comme si mon cœur d'auteur n'avait pas tout dit.
Quand un roman est prêt à être publié, selon moi, c'est quand je ressens ce sentiment horrible de me dire que la fin fait mal, mais elle doit l'être. Je sais que c'est le moment d'arrêter pour laisser place à un second tome plus tard ou dans certains cas, lui dire au revoir, sans suite.
Qu’est-ce qui vous a inspirée pour créer l’univers de 'Rune – Tome 1' ?
Pour Rune, ce qui m'a motivée, c'était les sentiments humains. Le fait qu'une personne puisse devenir un anti-héros capable de tout détruire avec cette raison pure de vouloir sauver tout le monde. Une culpabilité et un amour si grands pour les gens autour de lui, qu'il ne maîtrise plus rien, à part cette envie de les sauver, coûte que coûte.
J'avais aussi envie d'aborder la différence de race entre les peuples. Un dragon élevé chez les loups, des vampires en paix avec les anges. Je voulais montrer que chaque personne, magique ou non, était capable de loyauté et d'humanité.
Pouvez-vous nous dévoiler l’atmosphère ou les thématiques centrales de 'Rune – Tome 1' ?
Je dirais la loyauté, l'amour, qu'il soit romantique ou amical, et les regrets.
Quelle place souhaiteriez-vous occuper dans la littérature francophone LGBTQIA+ ?
Je pense que si jamais j'avais l'opportunité de parler de ça à la communauté, je voudrais être vue comme une personne qui met en avant que cette indifférence qui est faite injustement, n'est que mensonges et peur de ce qui n'est " pas comme eux ", car au final, comme nous le savons tous, que vous soyez gay, lesbienne, transgenre, non-binaire, etc... Ça ne vous rend pas moins humains. Ça montre seulement que vous avez choisi d'être vous, et c'est bien !
Quels messages espérez-vous transmettre à travers vos différentes œuvres ?
Que malgré les thèmes et les genres que j'exploite parmi mes écrits, je laisse toujours place à du vécu. Que chacun puisse se retrouver dans chaque personnage, bon ou mauvais. Apprendre que chaque situation n'arrive pas par hasard et que la force d'aimer ou de protéger ou même l'humanité, sont bien plus fortes que ce que certaines personnes montrent de nos jours.




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