INTERVIEW : Emilie Ansciaux
- Pirard Marvin
- il y a 7 jours
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Émilie Ansciaux est une autrice et éditrice passionnée, profondément investie dans le monde du livre et de la création littéraire. Animée par le désir de donner une place aux voix émergentes, elle a fondé la maison d’édition indépendante Livr’S, un projet né d’une vision personnelle de la littérature. Parallèlement à cette activité éditoriale, elle développe une écriture sensible et ancrée dans l’humain, explorant les émotions et les parcours de vie. Cette double casquette lui permet d’avoir une vision globale du monde du livre, de la création à la publication. Son engagement illustre une volonté forte de défendre une édition indépendante et accessible.

À l’origine de Livr’S, y a-t-il eu une frustration ou un manque dans le monde éditorial que vous souhaitiez combler ?
Un sentiment que trop de jeunes auteurs et autrices se laissent avoir par des maisons d’édition qui sont en réalité uniquement des imprimeurs, des prestataires de service qui font payer une publication. On ne le répètera jamais assez, pour être publié dans une maison d’édition, il ne faut rien payer.
Qu’est-ce qui a fait passer votre idée de maison d’édition du stade de réflexion à un projet concret ?
Je suis passée du stade de l’idée au stade de la réalisation, la réflexion a été très brève, je dois bien l’avouer. Ce qui a donné lieu parfois à des maladresses ou des pertes de temps, mais je ne regrette rien, si j’avais réfléchis, je ne me serais peut-être pas lancée. J’ai décidé de créer la maison le 14 novembre 2014 et j’ai directement lancé les démarches, pour une création officielle au 2 janvier 2015.
En fondant Livr’S, aviez-vous dès le départ une ligne éditoriale bien définie ou s’est-elle construite au fil du temps ?
Elle s’est construite et affinée au fil du temps, avec des collections qui n’ont pas été continuées, d’autres qui se sont affirmées au fil des années comme des pans majeurs de notre catalogue. Je fonctionne beaucoup au coup de cœur, parfois indépendamment du genre littéraire.
Si vous deviez résumer Livr’S en une identité forte aujourd’hui, quelle serait-elle ?
Une maison indépendante qui porte les littératures de l’imaginaire et de genre, pour tous les publics.
Comment s’est déroulée la naissance concrète de la maison d’édition ?
Une naissance tout en douceur, les démarches administratives belges sont extrêmement simples par rapport à certains de nos pays voisins, il m’a suffit de deux rendez-vous administratifs et en secrétariat social pour lancer officiellement la structure. Le reste (site internet, réseaux, logistique, équipe) s’est construit avec le temps.
Quels ont été les principaux défis rencontrés lors du lancement de Livr’S ?
Ne pas trop se précipiter et prendre le temps de la réflexion, arriver dans un milieu déjà bien rempli de maisons d’édition et parvenir à démontrer son sérieux, trouver les bons contacts… les mêmes défis que dans tous les autres domaines je pense.

Quels types de textes ou d’auteurs recherchez-vous en priorité ?
Des auteurs et autrices qui veulent porter des messages forts (que ce soit sociétaux, d’actualité, etc), et des textes qui sont dans la même veine. Des textes qui permettent à la fois de rêver, s’évader, s’horrifier, tout en apportant une réflexion sur le monde qui nous entoure.
Quelle importance accordez-vous à l’accompagnement des auteurs dans votre ligne éditoriale ?
C’est primordial, c’est une des raisons pour lesquelles j’ai fondé Livr’S, donc même si les auteurs et autrices sont de plus en plus nombreux, j’ai toujours un contact privilégié avec eux durant tout le processus de publication et au-delà lorsqu’on passe à la promotion de leurs ouvrages.
En quoi une maison d’édition indépendante permet-elle une approche différente du métier ?
Elle permet d’écouter davantage les artistes. Dans une grosse maison, il y a la machine derrière qui permet un placement conséquent en librairie et une communication massive autour de la sortie (pour peu que l’éditeur accepte de parier sur l’artiste qu’il a signé), chez les indépendants nous ne disposons pas forcément de cette force de frappe, mais nous défendons tous nos titres à valeurs égales, et nous ne sommes pas tributaires du « 3 mois en rayon et puis pilon ». Nous défendons longtemps nos titres, depuis plus de dix ans pour certains.
Quels sont vos projets de développement pour Livr’S dans les années à venir ?
J’aimerais beaucoup me développer sur le support audio. C’est un type de format qu’à titre personnel j’aime beaucoup, et je souhaite le développer pour Livr’S Editions, ainsi que le numérique, car pour l’instant tout notre catalogue n’est pas disponible en numérique.
Quel a été votre parcours professionnel avant la création de Livr’S ?
J’ai un master en biologie des organismes et écologies, sur la thématique du mouvement de la langue chez les serpents (une étude fondamentale entre espèce évoluée et espèce primitive) et j’ai également un doctorat en sciences biomédicales, le sujet de ma thèse portait sur le diagnostic par IRM de la maladie d’Alzheimer. Rien de très littéraire, donc, mais malgré tout, j’écris depuis plus de 30 ans, d’où cette carrière aujourd’hui.
Le fait d’être à la fois autrice et éditrice change-t-il votre manière de lire un manuscrit ?
Il ne change pas ma manière de le lire, mais il change ma manière d’adresser mes retours aux auteurs et autrices, je sais à quel point recevoir un avis négatif est parfois difficile, et je garde toujours ça à l’esprit dans ma communication.
Votre expérience éditoriale a-t-elle modifié votre regard sur vos propres textes ?
Oui, en toute honnêteté lorsque j’ai relu mon premier texte publié en 2013, qui n’avait connu ni bêta-lecture ni correction professionnelle, j’ai pleuré des larmes de sang ! Je suis dure avec mes auteurs et autrices mais je le suis encore davantage avec mes propres textes.
Quel regard portez-vous aujourd’hui sur le monde de l’édition traditionnelle ?
Un regard tantôt circonspect, tantôt bienveillant, parfois blasé. Il y a tant de dysfonctionnements et de sujets à traiter dans le monde du livre qu’une encyclopédie n’y suffirait pas. Et à ma petite échelle, je sais que je ne révolutionnerai pas l’univers du livre. Mais je pense qu’il vivra sa révolution tout seul, reste à savoir quelle place nous tiendrons à ce moment-là, en tant que maisons indépendantes.
À quel moment l’écriture est-elle devenue essentielle dans votre vie ?
Je dirai qu’elle a toujours été naturelle. J’écris depuis que j’ai 8 ans, sans trop me poser de questions, ce n’était pas un sujet, pour moi tout le monde écrivait. Ce n’est que vers 14 ans, pendant un exercice de français, lorsque j’ai rédigé 15 pages et mes camarades 15 lignes, que j’ai réalisé que non, écrire n’est pas naturel pour tout le monde. À présent j’écris peu (des nouvelles, des albums jeunesse principalement par manque de temps), mais l’écriture reste un moment privilégié et toujours agréable à vivre pour moi.
Comment décririez-vous votre univers littéraire et les thèmes que vous explorez ?
J’ai un univers littéraire varié ! De la jeunesse avec des licornes et des capybaras mignons en passant par des novellas pour adultes avertis qui plongent dans des histoires horrifiques et parfois gores. J’aime explorer des thématiques qui me touchent d’une manière ou d’une autre, souvent des sujets associés aux inégalités de genre depuis quelques années.

L’émotion semble occuper une place centrale dans vos textes : est-ce une démarche instinctive ?
Je pense que c’est ce qui fait fonctionner un texte. Un texte sans émotion c’est un manuel technique. À partir du moment où l’auteur ou l’autrice met ses émotions dans ce qu’il écrit, et une partie de lui ou d’elle-même, c’est une histoire qui fonctionne. Elle ne plaira forcément pas à tout le monde, mais elle trouvera son public. Donc oui, l’émotion pour moi est essentielle, quand j’écris et quand je lis.
Comment trouvez-vous l’équilibre entre votre travail d’autrice et vos responsabilités éditoriales ?
Je ne le trouve pas ! J’écris très peu et pas autant que je le voudrai, je fais toujours passer mes responsabilités d’éditrices avant mes envies d’autrices.
Quel conseil donneriez-vous à un auteur souhaitant aujourd’hui être publié ?
Se renseigner, à notre époque les réseaux regorgent de ressources libres, de forums (Cocyclics pour n’en citer qu’un seul) pour éviter de tomber dans les pièges trop évidents des contrats frauduleux. Lire aussi, beaucoup. Lorsque vous démarchez une maison, ne dites pas que vous connaissez très bien le catalogue si vous n’en avez jamais rien lu. Et confrontez vos textes à des avis extérieurs, c’est dur mais c’est formateur.
Quels sont vos projets à venir, en tant qu’autrice ou éditrice ?
En tant qu’autrice j’aimerai beaucoup participer à l’appel à textes des Trois Nornes sur la thématique « Beautés vénéneuses », mais nous sommes le 9 juin et l’appel court jusqu’au 28. C’est compromis mais pas impossible !
En tant qu’éditrice, continuer à développer le catalogue Livr’S, porter les plumes et les voix des auteurs et autrices qui ont accepté de me faire confiance en signant chez moi, et continuer à évoluer dans ce milieu en gardant au maximum cette vision d’enfant un peu idéalisée qui se dit que « écrire c’est naturel, tout le monde le fait ». Et si je dois citer des projets plus spécifiques, nous aurons en 2027 la sortie d’un prochain Graham Masterton inédit en français « What hides in the cellar ».






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