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INTERVIEW : Daryl Delight

  • Pirard Marvin
  • il y a 11 minutes
  • 10 min de lecture

Daryl Delight est un auteur français de thrillers et de récits horrifiques, reconnu pour son univers sombre et immersif. Passionné par l’écriture et le cinéma depuis son plus jeune âge, il s’oriente d’abord vers l’audiovisuel avant de se consacrer pleinement à la littérature. La découverte de l’autoédition en 2016 marque un tournant décisif dans sa carrière, lui permettant de publier ses premiers ouvrages et de toucher un large public. Depuis son premier roman en 2017, il développe une oeuvre prolifique mêlant suspense, horreur et parfois humour noir. Auteur éclectique, il explore différents genres tout en imposant une identité forte et singulière.



Tous droits réservés :
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  • Vous avez suivi des études dans l’audiovisuel : en quoi cette formation influence-t-elle votre écriture ?


J'ai appris à écrire un scénario, mais écrire un roman est différent. Je dirais que cela m'a surtout aidé à visualiser le film dans ma tête, avec des plans différents. Quand vous écrivez, il est crucial de faire passer les émotions par des actions. Ne pas tout dire, parfois montrer. Au cinéma, vous êtes obligé, par exemple, de montrer l'anxiété d'un personnage avec un plan sur une main qui se crispe ou une goutte de sueur qui perle le long d'un front. Eh bien, en visualisant ces petits détails dans ma tête, je décris ces actions au lieu de simplement écrire que le personnage est anxieux. Cela ajoute une touche crédible au récit et à mes personnages qui vivent réellement l'action.


  • Le cinéma a-t-il été une première porte d’entrée vers la narration avant la littérature ?


Je dirais que oui, parce que j'étais jeune et que je voyais les choses en grand en voulant voir mes récits sur grand écran. J'écrivais donc en format scénario au collège et lycée. Mais en fait, quand j'ai commencé à reprendre l'écriture dans la vingtaine de façon plus littéraire, j'ai trouvé cela beaucoup plus palpitant et moins ennuyeux. Je ne dis pas que j'écris de la grande littérature, loin de là, mais à ma façon, je peux mieux jouer avec les mots et les figures de style.


  • À quel moment avez-vous su que vous vouliez devenir écrivain ?


Ces gens qui racontaient des histoires, assis des heures devant une machine à écrire et qui remplissaient des pages blanches, m'ont toujours fasciné. À l'école primaire, c'était le métier que je voulais faire quand je grandirais. J'adorais lire et écrire à cette époque. On est dans les années 90 et je n'ai pas d'ordinateur, personne n'en a, internet n'existe pas, pour vous remettre dans le contexte. Ma mère m'avait offert une machine à écrire et j'écrivais des petites histoires. J'adorais le son que produisaient les touches quand j'appuyais dessus. Je n’écrivais rien de glorieux, mais je m'amusais à tapoter et inventais quelques scènes, je me souviens même que je regardais un film et retranscrivais ce que je voyais à l'écrit. On peut dire que j'ai toujours voulu écrire au fond de moi.


  • Vous dites écrire depuis toujours : comment cette passion s’est-elle construite ?


Simplement en lisant et en regardant des films dès mon plus jeune âge. Les deux se rejoignent, je pense, le média est juste différent. J'adorais la littérature et le cinéma, alors pour un enfant, il est normal de vouloir passer de l'autre côté. Certains se passionnaient pour le football et imitait Zidane en rêvant de lever la coupe du monde, moi je voulais simplement écrire et rêvassais sur des fictions que j'écrirai plus tard.


  • Quel rôle joue l’imaginaire dans votre vie et votre parcours ?


D'une façon étrange parfois. Il m'arrive d'abandonner une conversation et de rêvasser. La personne en face ne s'en rend pas compte, mais je ne l'écoute plus vraiment. Une simple phrase ou une situation décrite peut me faire partir dans la lune et un film se met en route dans ma tête. Ça peut partir d'un rien. J'observe aussi beaucoup les personnes qui m'entourent sans le savoir. Il n'y a rien de plus chiant que de faire la queue au supermarché, sauf quand le type devant vous a les cheveux gras, qu'il est mal coiffé, avec une allure de tueur en série, et que vous imaginez l'état pitoyable de sa cave. Hier, la femme devant moi devait avoir assassiné son mari après avoir découvert un message dans son téléphone portable, parce qu'elle avait ce petit sourire narquois qui disait “Tu ne recommenceras plus maintenant. Plus jamais”. Et c'est la raison pour laquelle il y avait une boîte de gants en latex sur son tapis de course, pour faire le grand ménage, j'ai même failli lui rappeler de ne pas oublier le bicarbonate de soude qui est très pratique pour nettoyer les taches de sang résistantes.


  • La découverte de l’autoédition a été un tournant : qu’est-ce qui vous a poussé à franchir le pas ?


Dans la vingtaine. Je trouve un boulot qui ne me plait pas. Ça devait être temporaire mais au bout de trois ans, j'y suis encore. Et je commence à me demander si vraiment je vais finir ma vie avec ce job que je déteste. Non, la réponse était forcément non, alors j'arrête, je me tire. Parce que j'ai 29 ans et que c’est maintenant ou jamais de changer de direction. Le temps a passé vite. 29 ans ? Déjà ? Merde. Putain de merde ! Qu'est-ce que je vais faire ? 29 ans, et un rêve d'enfant inachevé. OK, il est temps de s'y mettre avant de trouver un autre boulot. Ton rêve de gosse était d'écrire un livre, on y va. Peu importe si on te lit ou pas, écris-le, publie-le, et sois fier de l'avoir fait. L'autoédition était la porte la plus rapide pour réaliser ce rêve, alors c'est le chemin que j'ai choisi. Je ne regrette pas, je ne pense pas qu'on m'aurait publié, parce que des manuscrits, les maisons d'édition en reçoivent des centaines par mois. Au final, je me plais très bien dans l'édition indépendante. J'ai appris la mise en page, la correction, le marketing, et tout le boulot que cela implique. Et vous savez quoi, j'arrive même à en vivre. J'espère que cela va durer.



  • Quels sont selon vous les avantages et les limites de l’autoédition ?


“La route ? Là où on va, on n'a pas besoin de route...” Retour vers le futur, de sacrés bons films, hein ? J'adore cette réplique particulièrement. J'imagine bien Doc nous dire un truc du genre “Les limites ? Là où on va, on n'a pas besoin de limites...” Pourquoi s'en fixer ? Il y a certainement des limites à l'autoédition, mais comme dit le proverbe “Vise la lune, tu atteindras au moins les étoiles”. Je crois que l'autoédition prend de l'ampleur et la frontière est mince avec l'édition traditionnelle. Il faut juste croire à ce que l'on écrit et le faire du mieux que l'on peut. Le reste suivra.


  • Cette liberté éditoriale a-t-elle façonné votre style ou vos choix de récits ?


En réalité, je n'en sais rien, mais je pense que oui. Je dis que je n'en sais rien car je ne me mets pas de barrière, et que je n'ai jamais bossé pour une maison d'édition. J'écris l'histoire que j'ai en tête sans me poser de questions. Cela n'a pas façonné mon style ou mes choix, mais je n'ai aucune contrainte à me mettre. Si j'ai envie de tuer un personnage parce que ma boulangère n'avait plus de petits pains ce matin, je le tue, et personne pour me dire “Non, il faut qu'il reste en vie”.


  • Comment avez-vous construit votre lectorat au fil des années ?


En réalité, c'est le plus difficile dans la publication d'un livre. Vous pouvez écrire un chef-d'oeuvre que personne ne lira, et à l'inverse publier une histoire banale qui se vendra à des millions d'exemplaires. Tout est dans le marketing, et ce n'était pas vraiment mon truc. Ce qu'il s'est passé, c'est que j'ai simplement créé un compte facebook et instagram. J'ai parlé de mon livre en espérant que cela intéresse quelques personnes. Je me souviens que la légende de Spellman ne s'est vendue qu'à une dizaine d'exemplaires, et pour tout vous dire, je ne l'avais pas écrit pour en vendre des milliers, je voulais juste le publier sans me poser de questions pour ma satisfaction personnelle. Je me rappelle de Floriane, qui a été l'une des premières à vouloir le lire et a aimé ce que je faisais. Elle lit tous mes livres depuis. J'aime à penser que j'écris de bonnes histoires et que ma plume est bonne, ce qui donne envie aux lecteurs et lectrices qui me découvrent de lire mes autres livres. Les lecteurs viennent petit à petit et vous gardent en tête s'ils ont passé un bon moment en votre compagnie. Quand vous trouvez une bonne adresse, vous y retournez forcément, parce que le plat a été bon et que vous en voulez encore.



  • Quel regard portez-vous sur l’évolution de l’édition indépendante aujourd’hui ?


Il y a du bon et du moins bon. Mais je dirais comme dans l'édition classique. Quand je vois des livres écrits par des influenceurs en tête des ventes dans les librairies, qui ne sont remplis que de vides, je me dis qu'au final, les deux se valent. Il m'arrive de trouver des fautes ou des erreurs de mise en page dans l'édition classique. Honnêtement, en 2026, je crois que cela ne veut plus rien dire au niveau de la qualité des romans. L'autoédition a très bien évolué depuis tout ce temps.


  • Vous écrivez dans plusieurs genres : comment définiriez-vous votre identité d’auteur ?


Je suis non genré... haha... Non sérieusement, je n'écris pas dans plusieurs genres. Je pourrais écrire de la romance ou autre, mais j'aime les récits sombres et plein de suspense. Je ne me pose pas trop de questions en réalité. Quand j'ai une histoire qui me plait, je la pose sur le papier sans vraiment me soucier d'un genre en particulier.


  • Qu’est-ce qui vous attire particulièrement dans le thriller et l’horreur ?


Le sang qui gicle. Ou pas... J'aime surtout tourner les pages quand le suspense est bien ficelé. Ce que je recherche dans un livre, c'est qu'il me scotche aux pages et qu'il me susurre à l'oreille “Allez encore un chapitre”. Je crois que le thriller est le meilleur genre pour y parvenir avec sa dose de mystère. Peut-être aussi que j'aime ces genres parce que j'ai eu mes meilleurs orgasmes filmographiques avec des films comme “Seven”, et mes plus belles histoires d'amour avec des livres comme “Misery”, le genre de films et livres qui vous ne lâchent pas pendant des mois tellement ils sont jouissifs. Oui, je préfère me plonger dans la relation qu'entretiennent Paul Sheldon et Annie Wilkes, plutôt que celle de Leonardo Dicaprio et Kate Winslet dans “Titanic” (même si ça reste un bon film).


  • Vos histoires sont souvent sombres : est-ce une manière d’explorer la nature humaine ?


Dans une histoire, il y a forcément des personnages. Qui dit personnages dit forcément nature humaine. Ce que je crois c'est qu'il y a du bon et du mauvais en chacun de nous. Alors oui, même mes protagonistes les plus sympathiques ont également un côté sombre. Je ne crois pas écrire du Thriller pour explorer le côté sombre de l'Homme. C'est la nature humaine qui fait que mes histoires sont sombres. Pour moi, c'est tout d'abord l'art qui s'inspire de la vie, et pas l'inverse. Donc si on me demande d'écrire des histoires moins sombres, je demanderai d'abord à voir la vie moins sombre tout d'abord.


  • Quelle importance accordez-vous au suspense et au rythme dans vos récits ?


Ne pas ennuyer le lecteur, c'est le plus important. Je ne me perds jamais dans de longues descriptions. En fait, j'écris ce que j'aimerais lire. En tant que lecteur, je n'aime pas les récits ennuyeux, les chapitres inutiles, les descriptions interminables qui ne riment à rien. J'évite donc de le faire en tant qu'auteur. Parce qu'en plus d'ennuyer les lecteurs, je m'ennuierais en écrivant, et ce que je cherche par-dessus tout, c'est m'amusant en pianotant sur les touches de mon clavier.



  • L’humour noir apparaît parfois dans vos textes : pourquoi y revenir régulièrement ?


Vous faites certainement allusion à “Une nuit au funérarium”. Je ne crois pas en avoir mis tant que ça dans ma trilogie Nilsen. Un peu, peut-être. En fait, c'est comme le reste, si une occasion se présente, si le contexte de la scène le permet, pourquoi s'en priver ? Il faut juste que ce soit le bon moment, et je crois, en fait j'en suis sûr, qu'un bon mélange d'action, de suspense, de glauque et d'humour, font une très bonne recette.


  • Quels souvenirs gardez-vous de la publication de votre premier roman ?


Chaque livre écrit et publié correspond à une période de ma vie. Ce que je garde comme souvenir de ma première publication ? Du bon car c'est le début d'une aventure incroyable qui a changé mon quotidien puisque je vis de ma plume. Mais aussi du mauvais parce que j'ai fait pas mal d'erreurs, ce qui est normal lors d'une première expérience. À force d'écrire, on s'améliore, et je n'ose pas relire mon premier livre au risque de vouloir tout réécrire. D'ailleurs, je le conseille rarement, même si certains lecteurs l'adorent.


  • Comment construisez-vous vos intrigues : planification ou improvisation ?


J'imagine le film dans ma tête avant de poser les mots sur le papier. Je note quelques idées par-ci par-là, mais rien de plus. Il y a un peu des deux, planification et improvisation. J'ai une trame principale, mes intrigues, le début le milieu la fin, surtout le début et la fin, et en cours d'écriture on change certains détails, on en retire et en ajoute. Mais il me faut obligatoirement l'histoire complète en tête avant de commencer le premier chapitre. Si je ne sais pas où je vais, je risque de me perdre.


  • Entre nouvelles et romans, quel format vous correspond le mieux ?


J'aime les deux. J'ai écrit trois romans et trois recueils de nouvelles. Certaines histoires doivent être courtes et ne sont pas censées durer, alors quand j'ai une petite histoire en tête, je l'écris sans vouloir en faire de trop. Il n'y a rien de pire que les romans qui font 400 pages et qui au final peuvent se résumer en quelques chapitres. Il m'arrive également parfois de juste vouloir écrire le temps d'une journée, sans vouloir me plonger dans un roman complet durant des mois, alors j'écris une nouvelle et je la mets de côté pour un futur recueil.



  • Y a-t-il un livre de votre parcours qui représente un tournant pour vous ?


“Amalia”... Tout simplement parce que c'est avec ce livre que beaucoup m'ont découvert. Et que cette histoire a donné un prequel (La famille Nilsen) et une suite (Incarnation). C'est aussi à sa sortie que j'ai vraiment réalisé que j'avais des lecteurs assidus. Ils ont tous répondu présents le jour de la publication pour le lire. Ça m'a vraiment touché de voir ces gens être présents pour mon livre.


  • Quels sont vos projets d’écriture pour les années à venir ?


J'ai pas mal d'idées en tête. Je mets un peu trop de temps à mon goût à sortir un livre, et mes lecteurs et lectrices sont aussi de cet avis. Ce que j'aimerais, c'est surpasser ma peur de l'échec, ou mon syndrome de l'imposteur... En fait, je ne sais pas trop ce que c'est. Disons que j'ai un peu la trouille d'écrire un livre moins bon que les autres, et surtout, de décevoir les lecteurs et lectrices qui attendent le prochain. Mais c'est décidé, je vais arrêter d'attendre l'idée de génie et écrire un maximum à partir de cette année, juste pour me faire plaisir, parce que c'est juste en prenant son pied qu'au final, les lecteurs le prendront aussi.


René Manzor "L'ombre des innocents"s



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