INTERVIEW : Cyril Carrère
- Metal'Art Culture
- 28 sept. 2025
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 24 oct. 2025
Cyril Carrère est un auteur français connu pour sa plume raffinée et son approche de l’écriture qui mêle la fiction et la réflexion sur l'humanité. Après des études scientifiques, il se distingue par sa capacité à traiter de thèmes variés, souvent ancrés dans la mythologie, l’histoire et les univers imaginaires. Son dernier roman, La Colère d'Izanagi, plonge le lecteur dans un monde où se croisent mysticisme et réalisme, tout en explorant la colère et les conséquences de l'héritage mythologique japonais. Dans ce livre, Carrère réinvente le mythe d'Izanagi, déité japonaise, pour en faire le moteur d'une quête intérieure et spirituelle qui interroge sur le sens du sacrifice et la rédemption.
Interview auteur

Comment décririez vous votre style littéraire et vos influences principales ?
Mon style est direct, rythmé, visuel, tout en soignant l’atmosphère et les émotions. Olivier Norek, Franck Thilliez ou encore Keigo Higashino font partie des auteurs qui m’inspirent, chacun à leur manière : l’authenticité des dialogues et les émotions procurées par Norek, la maîtrise du suspense de Thilliez, et l’approche méthodique et presque mathématique d’Higashino dans la construction de ses intrigues.
Qu’est-ce qui vous attire particulièrement dans le genre du thriller ?
L’adrénaline, le suspense, et surtout la capacité qu’a ce genre de tenir le lecteur en haleine. Le thriller est un excellent moyen de parler du monde qui nous entoure, d’explorer les travers humains tout en gardant une dimension ludique. Il y a aussi un côté puzzle qui me fascine : tout doit s’emboîter parfaitement pour que l’histoire fonctionne.
Avez-vous un processus créatif spécifique que vous suivez pour chaque roman ?
Oui, mais il évolue d’un livre à l’autre. Je commence toujours par une, souvent deux idées fortes autour d'un thème de société. Ensuite, je construis une intrigue solide, en veillant à ce que chaque élément serve le suspense. J’écris un plan détaillé, mais je laisse une marge de manœuvre pour l’improvisation, car parfois, les personnages m’emmènent ailleurs. La structure est essentielle, c'est un point que j'adore travailler.
Comment choisissez vous les thèmes et les sujets de vos histoires ?
Ils viennent souvent d’une fascination ou d’une inquiétude personnelle. Un fait divers, une conversation, une découverte au détour d’un livre… L’essentiel est que le sujet me passionne, car écrire un roman est une aventure de longue haleine. J’aime aussi explorer des thématiques universelles sous un prisme inédit, comme avec La colère d’Izanagi, qui mêle thriller contemporain et folklore japonais. Résident permanent au Japon, je me dis que j'ai la chance de bien connaître ce pays et de pouvoir écrire des histoires se déroulant ici, à destination du lectorat francophone, tout en piochant dans ce que chaque pays a de mieux à offrir.
Vos personnages évoluent souvent dans des contextes de suspense et de mystère. Comment les construisez vous pour qu’ils restent proches du lecteur ?
Je les façonne d’abord à travers leurs failles. Un bon personnage, c’est quelqu’un d’humain, avec ses forces et ses contradictions. Je veux que le lecteur ressente leurs dilemmes et leurs émotions, qu’il ait l’impression de les connaître. Ensuite, j’essaie de leur donner une voix unique, une manière de parler ou d’agir qui leur appartient vraiment.
Quelle part de votre propre vécu intégrez vous dans vos romans ?
Inconsciemment, sans doute plus que je ne le pense. Certains lieux que j’ai visités, certaines émotions vécues, des expériences personnelles transparaissent dans mes histoires. Mais je n’écris pas de manière autobiographique.
Quels défis rencontrez vous dans l’écriture de chaque nouveau thriller ?
Inconsciemment, sans doute plus que je ne le pense. Certains lieux que j’ai visités, certaines émotions vécues, des expériences personnelles transparaissent dans mes histoires. Mais je n’écris pas de manière autobiographique.
Y a-t-il des auteurs, classiques ou contemporains, qui ont marqué votre parcours littéraire ?
Oui, beaucoup. Outre les auteurs déjà cités, je pourrais mentionner Maud Mayeras, dont je n'ai manqué aucune parution ; Dennis Lehane, qui excelle à mêler intrigue policière et profondeur psychologique ; Stephen King pour sa capacité à créer des atmosphères immersives ; Pierre Lemaitre, notamment avec Robe de marié, qui est un modèle de construction et de tension psychologique ; Johana Gustawsson, expatriée comme moi et dont le parcours est l'un des plus inspirants qui soit.
Qu’est-ce qui rend La colère d’Izanagi unique par rapport à vos œuvres précédentes ?
C’est mon thriller le plus ambitieux en termes de construction et d’immersion. Il mêle enquête contemporaine et légendes japonaises, tout en explorant des thématiques profondes comme la vengeance et la mémoire collective. Il se déroule entre Tokyo et des zones plus reculées, avec une ambiance très marquée. On m’a souvent demandé : “Pourquoi n’écris-tu pas sur le Japon, puisque tu y vis ?” Ma crainte était avant tout de manquer de justesse, de ne pas parvenir à retranscrire l’essence du pays avec suffisamment d’authenticité. Après sept ans à Tokyo et plusieurs romans publiés, j’ai senti que le moment était venu. Et j’ai bien fait ! Le livre a été très bien accueilli, aussi bien en France qu’au Japon. Les retours des expatriés de longue date et des Japonais passionnés de littérature francophone ont conforté cette tendance.
Ce qui rend ce roman unique, c’est cette volonté de présenter le Japon tel qu’il est aujourd’hui, sans artifices ni clichés. En Europe, l’image du pays est encore largement façonnée par la pop culture, notamment les mangas, et cela entraîne de nombreux raccourcis. On m’a parfois dit que La Colère d’Izanagi avait une “petite touche manga”. Pour moi, c’est une fausse perception. Ce thriller s’inscrit plutôt dans la lignée des séries policières contemporaines japonaises, avec des intrigues ancrées dans la réalité d’aujourd’hui. Certains aspects peuvent sembler incroyables ou très éloignés de ce que l’on connaît en France, mais c’est précisément ce qui me passionne : confronter le lecteur à une autre facette du Japon, celle qui ne transparaît pas dans les cartes postales.

Méfiez vous des apparences
Pourquoi avez-vous choisi de vous plonger dans le folklore japonais pour ce thriller ?
Parce que le Japon est un pays où le passé et le présent cohabitent au quotidien. Le folklore y est omniprésent, non seulement dans la culture populaire, mais aussi dans l’inconscient collectif. J’ai voulu exploiter cette richesse pour donner une autre dimension au thriller, en ancrant l’intrigue dans des croyances qui résonnent encore aujourd’hui.
Qu’est-ce qui a motivé votre décision de vous installer au Japon, et comment cette expérience influence-t-elle votre écriture ?
Parce que le Japon est un pays où le passé et le présent cohabitent au quotidien. Le folklore y est omniprésent, non seulement dans la culture populaire, mais aussi dans l’inconscient collectif. J’ai voulu exploiter cette richesse pour donner une autre dimension au thriller, en ancrant l’intrigue dans des croyances qui résonnent encore aujourd’hui.
Comment vos romans, en particulier La colère d’Izanagi, sont-ils perçus par les lecteurs japonais ?
C’est un point intéressant, car le Japon a une approche du thriller différente de celle qu’on trouve en France. L’accueil a été très positif, notamment parce que le roman respecte les codes du suspense tout en proposant une vision extérieure sur certains aspects de la société japonaise. C'est quelque chose dont les Japonais sont friands.
Avant de conclure, avez-vous un dernier message à partager avec vos lecteurs ?
Merci de me suivre dans chacune de mes explorations littéraires. Chaque roman est une aventure, et c’est un immense plaisir de la partager avec vous. Continuez à être curieux, à vous laisser surprendre, et surtout… méfiez vous des apparences :-)




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