INTERVIEW (Archives) : Magali Collet
Après des études de musique (piano et violoncelle) et une licence de musicologie à la Sorbonne, Magali Collet est devenue professeur d’éducation musicale et de chant choral.
Elle a d’abord travaillé en région parisienne, puis en Picardie, où elle réside depuis près de 20 ans. Elle est également accompagnatrice de classes de chant (pianiste).
Passionnée des mots, elle écrit des poèmes, des nouvelles et des chroniques depuis de nombreuses années. Elle fait partie de l’équipe de gestion du site www.lapassiondespoèmes.com depuis 2013.
Sa sensibilité à la cause des femmes, celles qui souffrent de ne pouvoir échapper à leur condition, apparaît en filigrane dans tous ses textes.
Avec son premier roman, « La Cave aux poupées » (2020), elle plonge ses lecteurs dans les fosses ténébreuses des âmes, pleines de violences, d’angoisses, mais aussi d’un profond désir de rédemption. Attelons-nous à la tâche suite à la sortie de son deuxième roman « Les Yeux d’Iris ».

Bonjour, première question et non des moindres. Qui est Magali Collet ?
Je suis une femme d’une cinquantaine d’années. Je suis mère de trois enfants et j’habite avec mon mari, en Picardie depuis 22 ans maintenant. Je suis enseignante d’éducation musicale en collège, professeur de piano en école de musique, chanteuse et auteure de thrillers. Toutes ces activités sont nécessaires à mon équilibre ; elles s’intègrent donc parfaitement à mon emploi du temps. Grâce à elles, je suis souvent en contact avec des personnes de tous âges. Mais bien qu’étant très entourée, je suis de nature plutôt secrète et solitaire. J’ai donc beaucoup de relations cordiales, de copains, mais seulement trois ou quatre véritables amis.
Quel est votre parcours ?
Je me considère comme étant à la fois chanceuse et privilégiée. Par les choix et les sacrifices faits par mes grands-mères et mes parents, j’ai pu avoir une éducation dans laquelle le savoir scolaire était aussi important que l’étude de la musique. Mes parents étaient et sont musiciens (mon père est chanteur de jazz New Orléans, saxophoniste — sax soprano et ténor — de jazz et de musique antillaise. Ma mère est chanteuse). Dès l’âge de trois mois, ils m’emmenaient en concert avec eux et plaçaient mon couffin derrière la scène !
J’ai commencé le piano à l’âge de 7 ans et me suis mise naturellement à chanter. J’ai participé à mes premiers groupes dès l’adolescence (avec mon frère et des amis à lui) et à des séances d’enregistrements en studio un peu plus tard.
Après l’obtention de mon bac littéraire, j’ai fait des études de musicologie à la Sorbonne. Petite confession : j’étais férue de religion (j’ai même envisagé un temps d’entrer dans les ordres !). Et puis, la vie réserve parfois des surprises… J’ai changé d’avis et je me suis tournée vers l’enseignement. Que reste -t-il de cette vocation avortée ? Une attitude assez contemplative : je préfère écouter que parler, observer que participer.
Vous avez le bon bagage familial pour commencer l’écriture de roman. Des parents et un frère musiciens de plus votre maman est écrivaine également, comment est venue l’idée à votre tour de vous mettre à l’écriture ? Était-ce une évidence de votre part ou vous avez été poussée par vos proches ?
Je n’ai pas été poussée et l’écriture n’a pas été une évidence. J’ai toujours eu tendance à mettre les choses et les gens dans des cases. Mon père et mon frère étaient les musiciens ; les vrais, ceux qui partaient en tournée partout sur le globe et ma mère, l’écrivain. J’étais celle qui avait choisi la sécurité : enseignante, habitant en province, mariée, mères de famille avec une voiture familiale, un chien, un chat, des poules…
Lorsque j’ai ressenti l’envie d’écrire, c’est vers la poésie que je me suis tournée. C’est un genre qui est peu mis en lumière et qui apprend la rigueur : exprimer un sentiment, une émotion en peu de mots est un formidable exercice. Les formes classiques et les formes libres m’ont permis de m’exprimer. Lorsque j’ai commencé à écrire, je ne l’ai dit à personne. Je souffrais d’insomnies et je passais une partie de mes nuits devant l’écran de mon ordinateur. Lorsque j’ai terminé ce premier manuscrit, qui allait devenir La cave aux poupées, je n’ai pas su quoi en faire dans un premier temps. Mes amies et mon époux m’ont conseillé de l’envoyer à des éditeurs, ce que j’ai fait. Quand j’ai su qu’il allait être publié, j’en ai parlé à mes proches.
En tant qu’auteur, vous devez lire également beaucoup. Avez-vous une référence ? Un auteur que vous affectionnez personnellement ?
Je lis beaucoup pendant mes vacances, lorsque je ne suis pas en phase d’écriture. J’ai des goûts assez éclectiques. Même si la littérature noire me plait énormément, elle n’a pas mon exclusivité. J’ai une affection particulière pour Alexandre Dumas dont j’ai lu une grande partie des écrits, qu’il s’agisse des pièces de théâtre ou des romans. Il a nourri mon esprit romanesque.
Dans un tout autre style, j’ai adoré la série Un autre monde de Maxime Chattham. L’alliance des trois a été une révélation et j’ai dévoré chaque nouveau tome à sa sortie. Je suis une inconditionnelle de Franck Thilliez que j’ai découvert il y a 6 ans, sur les conseils de mon époux.
Je ne suis pas fidèle en lecture. J’aime beaucoup d’auteurs et je serais bien incapable de tous les citer.

Quel est le livre que vous avez lu et qui vous a le plus marquée ? Pourquoi ?
4 livres ont eu une grande importance dans mon amour de la littérature et dans ma vie de femme.
Le premier est Le Comte de Monte Cristo d’Alexandre Dumas. C’est, selon moi, l’archétype du roman d’aventures. Tout y est : la trahison, l’amour, la vengeance, l’honneur. J’ai lu le livre avant de voir les différentes adaptations qui en ont été faites et je dois dire qu’aucune n’est, selon moi, à la hauteur du roman (même si certaines sont magistrales).
Le second est l’Ile sous la mer d’Isabel Allende. Cette histoire, qui a en toile de fond la révolte des esclaves de Saint-Domingue, raconte la vie d’une enfant de neuf ans, vendue à un planteur. On suit Zarité de son jeune âge à sa mort et chaque infamie racontée, chaque morsure du fouet s’est ancrée dans ma mémoire littéraire. C’est un roman certes, Zarité est née de l’imagination d’Isabel Allende, mais les événements racontés se sont bel et bien passés.
Le troisième est Rue case nègre de Joseph Zobel. Là, par contre, j’ai lu le livre après avoir vu le film d’Euzhan Palcy. Que dire ? Il s’agit là aussi d’un pan d’histoire. J’y ai retrouvé des anecdotes et des souvenirs que me racontait ma grand-mère maternelle (née en 1907, servante à l’âge de 9 ans). C’est un véritable témoignage qui m’a profondément marquée et qui me trouble à chaque fois que je le relis ou que je revois le film.
Le dernier est Les rivières Pourpres d’Alice Walker. C’est aussi le début du 20e siècle, mais aux États-Unis cette fois. J’ai aimé la forme de ce livre. C’est un roman épistolaire fait de lettres qu’une enfant (qui devient jeune femme, mère, puis vieille femme) écrit à sa jeune sœur, qui lui a été brutalement arrachée.
Ces trois derniers livres ont deux points communs. Le premier est la thématique : l’histoire des noirs des Caraïbes ou des États-Unis. Je suis née dans les années 70. Je me suis toujours sentie à ma place, ma couleur de la peau n’a jamais été un souci pour moi. Elle ne me définissait pas. Cependant, j’ai toujours eu l’impression que les cours d’histoire que j’apprenais à l’école ne me correspondaient pas totalement. « Nos ancêtres les Gaulois » ne résonnait pas de la même façon pour moi que pour mes camarades. La lecture de ces livres, entre autres choses, m’a permis de pallier ce manque. Le second point commun est qu’on y trouve des femmes fortes, envers et contre tout. Qu’il s’agisse de Zarité de L’Ile sous la mer, de Célie de La couleur pourpre, ou de Man Tine, de rue case nègre. Toutes trois m’inspirent.
Venons-en à votre petit dernier « Les Yeux d’Iris ». Vous décrivez dans ce livre une sorte de vengeance familiale suite à un (ou plusieurs) drame. (Je ne vais pas en dévoiler plus sur le fil de l’histoire, les lecteurs de ces pages se feront un plaisir de découvrir votre livre par eux-mêmes), comment vous est venue une telle histoire ? Vous avez signalé ne pas avoir fait de recherche pour votre précédent roman, est-ce le cas ici aussi ?
Je n’ai pas effectué de recherches à proprement parler. J’ai, dans mon entourage, certaines personnes qui ont vécu les drames dont il est question dans Les yeux d’Iris. Je me suis nourrie de leurs témoignages et j’ai construit mon intrigue en m’en inspirant. Lorsqu’un événement dramatique touche une personne, c’est tout son entourage qui est impacté : la famille, les amis… c’est ce que j’ai voulu montrer.
Il m’a parfois été reproché que la 4e de couverture ne mettait pas en exergue le caractère difficile de certaines scènes. C’est un parti pris. J’ai voulu que le lecteur se sente attrapé ; pas pris au piège, non, attrapé.
Dans la vie, lorsqu’il nous arrive un événement grave, il n’y a pas d’avertissement au préalable. Comme je l’ai souvent dit, j’aime observer et écouter. J’ai créé de toute pièce une intrigue dont certains sentiments, certaines pensées, certaines émotions ont été véritablement éprouvés. Les personnes qui s’étaient confiées à moi, ont lu Les Yeux d’Iris et ne se sont pas senties trahies par ce que j’avais écrit. C’est le plus important à mes yeux.
Les Yeux d’Iris font référence au regard d’un personnage qui a une issue tragique, mais cet événement n’influence (à mon sens) que très peu sur le fil conducteur de votre roman. Son regard est surtout utilisé à titre de métaphore pour décrire la situation psychologique des autres personnages. Était-ce votre intention à la base en écrivant ce roman ?
C’était tout à fait mon intention. Les yeux ne mentent pas pour qui sait regarder, contrairement à un sourire. C’est quelque chose de tout à fait personnel.
Je souris beaucoup. C’est un peu ce qui me caractérise. C’est paradoxalement parce que je suis très timide et très pudique (limite sauvage) que j’ai le sourire facile. Un sourire c’est rassurant, cela montre que tout va bien, que tout est tranquille. Ça protège, surtout. Mon mari et mes quelques amis proches voient derrière ce sourire, dans mon regard, si quelque chose me préoccupe. Les autres ne s’en aperçoivent pas. Le sourire est menteur, mais les yeux sont vrais, pour ceux qui en ont la clé.
Vous donnez une explication à la fin de votre livre de vos références musicales pour les chansons utilisées. Personnellement, j’ai rarement eu l’occasion de lire cela à la fin de mes lectures et j’ai beaucoup aimé vos explications, notamment pour votre choix de la chanson de Marcel Misaine – Manman Kréol qui fait références à vos origines Martiniquaises. Vous avez incorporé de manière musicale beaucoup de votre vécu personnel, pourquoi un tel choix ?
C’est une sorte de marque de fabrique. Il y a de la musique dans tout ce que j’ai écrit jusqu’à présent, et dans mes prochains livres également. Elle fait partie de moi. C’est aussi une façon de me livrer. J’accorde autant d’importance aux paroles qu’aux notes. Maman Kréyol, composée par Marcel Misaine, a bercé mon enfance. Il m’a semblé naturel qu’une mère la chante à son enfant dans Les yeux d’Iris. J’ai parfois des accès de sincérité et c’est au travers de la musique qu’ils s’expriment.
Dans les remerciements de votre livre vous avouez avoir par le passé des lacunes et aprioris concernant les bêta-lecteurs et les éditeurs. Disant pour les premiers ne pas vraiment savoir ce qu’était un bêta-lecteur et pour les seconds les voir comme de vieux ronchons acariâtres. Qu’en est-il aujourd’hui ? Quels sont vos retours leur concernant maintenant que vous avez pu faire connaissance des uns comme des autres ?
J’ai changé d’avis, heureusement ! J’ai eu le bonheur d’avoir des bêta-lecteurs de choix qui ont fait un travail formidable. Je m’aperçois qu’avoir un regard extérieur sur sa production est un vrai plus. Je ne pourrais plus me passer de cette étape.
Par bonheur, mes éditeurs ne sont ni vieux ni acariâtres ! Je mesure à présent la chance que j’ai eu que Joël et Patricia (des éditions Taurnada) décident de miser sur La cave aux poupées.
Parlons avenir, êtes -vous déjà sur un nouveau projet ? Et par la même occasion, peut-on espérer vous rencontrer lors d’une séance de dédicace avant la fin de l’année en Belgique ou en France ?
Mon prochain thriller paraîtra le 6 octobre aux éditions Taurnada. Il s’appellera Comme une image et racontera l’histoire de Lalie, une petite fille particulière.
Le suivant est déjà écrit et paraîtra au second trimestre 2023. Ce sera très différent puisqu’il s’agira d’un quatre mains. Je n’en dis pas plus, c’est un peu tôt.
J’ai un certain nombre de rencontres prévues d’ici la fin de l’année. Le 4 septembre, aux Mines noires (Nœux-les-Mines), le 11 septembre, à la Cigogne noire (Moult Chicheboville), le 2 octobre à Cha Polars (Chaponnay), les 8 et 9 octobre à Mons, les 29 et 30 octobre à Iris noir (Bruxelles)…
Toutes les dates seront disponibles sur ma page Facebook et mon blog.
Je vous remercie pour le temps que vous avez accordé à mes questions. Souhaitez-vous laisser quelques mots à nos lecteurs ?
Je suis ravie d’avoir pu me présenter à vous, grâce à cette interview. Écrire un livre, c’est mettre au monde une histoire. La lire, c’est lui permettre de grandir et de prendre son envol. Le jour de leur parution, mes romans ne m’appartiennent plus.
Merci de les accompagner.





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