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INTERVIEW (Archives): Frédéric Livyns

  • Metal'Art Culture
  • 12 déc. 2025
  • 10 min de lecture

Né en Belgique en 1970, Frédéric Livyns est très tôt attiré par le fantastique et s’y adonne

avec passion depuis de nombreuses années. Il est l’auteur de plusieurs romans et recueils de

nouvelles, tant pour les adultes que pour un lectorat plus jeune. On le retrouve également au sommaire de nombreuses anthologies consacrées à la SFFF (Science-fiction, Fantasy, Fantastique). Il a été Frédéric Livyns lauréat à trois reprises du prestigieux prix Masterton dans la catégorie Nouvelles en 2012 avec «Les Contes d’Amy» (Séma Éditions), en 2015 avec «Sutures» (éditions Lunes écarlates) et en 2018 avec «The Dark Gates of Terror» (Séma Éditions) et a été élu en 2020 «Meilleur auteur francophone de fantastique de la décennie 2010-2020» par le jury du Prix Masterton.Depuis 2017, il écrit des histoires fantastiques pour les enfants sous le pseudonyme de Livéric.Il a également scénarisé le court métrage «The Friend» pour Cantina Studio, tourné à Paris en avril 2018.



Tous droits réservés :
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  • Bonjour, Frédéric. Tu sembles avoir un parcours littéraire très chargé. Afin de ne pas me tromper ou omettre un détail, peux-tu nous nous partager un peu ton passé ?


    Mon passé est très simple. Je suis né à Tournai en Belgique le 02 juin 1970. J’ai grandi dans une famille très croyante mais même si j’en ai gardé certaines valeurs, je ne me suis jamais retrouvé dans les préceptes de souffrir pour la rédemption. J’ai donc eu une jeunesse assez tumultueuse avec des sorties incessantes, des fréquentations parfois douteuses mais sans jamais verser du côté obscur de la force 😉 J’ai vécu une scolarité assez chaotique car la majorité des cours m’ennuyaient. Après cela, j’ai commencé à travailler à l’âge de 19 ans. Jusqu’à mes 25 ans, ma vie se partageait entre les concerts hard ou punk, les virées entre potes, les vidéoclubs et le travail. J’ai conclu cette phase assez mouvementée de ma vie avec une cure de désintoxication d’alcool en 1995. C’est à cette période que j’ai repris ma vie en main et que j’ai tracé ce chemin que je m’efforce de suivre. Je suis maintenant en couple depuis près de 20 ans, j’ai 3 magnifiques enfants, je travaille depuis plus de 28 ans pour le même employeur. Ce passé m’a quand même enseigné beaucoup de choses (surtout des erreurs à ne pas répéter et à me connaître profondément) et je m’appuie dessus pour progresser même s’il a laissé quelques démons que j’exorcise dans mes livres.


  • D’où t’es venue l’envie de devenir auteur ? Comment t’es-tu tourné vers le fantastique et l’horreur ?


    Depuis l’âge de 12 ans et la découverte des romans de Graham Masterton et de Serge Brussolo, j’ai été fasciné par cet univers. D’autres écrivains tels que Dean Koontz, Jean Ray, Thomas Owen ou encore Stephen King m’ont fortement influencé. Bien entendu, nous étions au début des années 80, période mythique pour le cinéma d’épouvante. J’ai été bercé par la série de films des Freddy (Les griffes de la nuit), Jason (Vendredi 13), le fabuleux Zombie de Romero, Evil Dead, L’exorciste… Je ne vais pas les citer tous tant il y en a eu. Je suis également fasciné par le cinéma d’horreur italien et je pouvais visionner en boucle les oeuvres de Mario Bava, Ruggero Deodatto. Mais les deux films qui m’ont le plus marqués à cette époque sont Frayeurs de Lucio Fulci et Démons de Lamberto Bava. Je crois que le fait d’éprouver de la peur au travers de ces oeuvres écrites et cinématographiques a été le véritable déclencheur.


  • Avant de rentrer dans ta sphère personnelle et tes ouvrages, la presse sortait le 22 avril 2024 un article «Les élèves de 6ème primaire sortent un livre grâce à un papa, auteur réputé» cela concerne le livre «Spooky Stories» disponible sur Amazon. Quel a été le déclencheur d’un tel projet ? Comment cela a-t-il débuté ?


    Écrire pour les enfants est quelque chose qui m’a toujours tenté. Après tout, lorsque j’étais plus jeune, je dévorais déjà les Chair de poule, Les livres dont vous êtes le héros ou encore la fabuleuse collection Haute tension. Je dirais que cette envie s’est concrétisée lorsque j’ai eu mes enfants. C’est à ce moment-là que j’ai réellement décidé d’adapter mon écriture à leur niveau. J’ai commencé par un personnage nommé Cox Innel, une sorte d’inspecteur animalier qui menait des enquêtes fantastiques à la Scoubidou dont je suis ultra fan ! L’ouvrage a été

    édité par Lune écarlate avant d’être repris par les éditions Nutty Sheep qui a fermé depuis. Il ressortira certainement en autoédition. Ma deuxième incursion dans l’univers jeunesse a été avec les petites histoires à faire peur mais pas trop, illustrées par Priscilla Grédé, anciennement éditées par les éditions Sema et reprises depuis par les éditions Elixyria. Ca a été un projet difficile à faire accepter par les éditeurs car j’ai accumulé bon nombre de refus. Le premier à y avoir cru a été Michael Schoonjans, boss de Séma éditions, et le succès a été immédiat. Des instituteurs se procuraient le livre et étaient enthousiastes. J’ai ensuite reçu la proposition d’animer des ateliers d’écriture pour enfants et jeunes adolescents en Belgique et en France. Comme il est très important pour moi de transmettre cette passion, j’ai accepté

    de suite. Je collabore donc régulièrement avec des écoles pour créer des histoires de fantastique et/ou d’horreur en compagnie des élèves. Tous sont toujours hyper enthousiastes et débordent d’idées. Et ma plus grande fierté de père a d’ailleurs été que ma fille Ayleen et mon fils Léo aient coécrit des histoires avec moi. Toujours dans le rayon jeunesse, l’une de

    mes histoires nommée L’ami du placard a été rééditée cette année par les prestigieuses éditions Averbode et distribuée dans toutes les écoles de Belgique pour être analysée en classe lors des cours de français. Si certaines de ces histoires ont été éditées chez Sema

    éditions (Frayeurs) et chez Livr’S éditions (Scary tales), la multiplication des ateliers fait que j’en sors certaines en autoédition actuellement. Il est difficile pour les éditeurs de suivre ma cadence mdr.

  • Venons-en à ta bibliographie, tu as sorti de nombreux livres dans diverses éditions allant de Séma, Livr’S, Elixyria et d’autres ainsi que par l’auto-édition. Pourquoi autant de changements ? Est-ce un choix personnel, les aléas de la célébrité (toutes les éditions demandent à t’éditer) ou est-ce une envie de voir un peu comment cela fonctionne chez l’un ou chez l’autre ?


    Il est vrai que j’ai connu de très nombreux éditeurs lors de ces 20 dernières années. La raison

    est simple : la majorité d’entre eux ont fermé. C’est d’ailleurs suite à la fermeture de 4 éditeurs en 2022 que j’ai décidé de me lancer en autoédition. Il faut reconnaitre qu’il n’était pas facile pour les lecteurs de s’y retrouver au milieu de tous ces ouvrages réédités avec, à chaque fois, des couvertures différentes. Le fait de passer en autoédition pour certains titres qui avaient déjà eu un long vécu éditorial me permettait de les laisser à disposition des lecteurs sous une charte graphique qui ne bougerait plus. Maintenant, certains éditeurs viennent vers moi dans le but de commencer une aventure commune (Les éditions Faute de frappe et Le Héron d’argent sont les derniers exemples en date) et je suis toujours partant si le projet est séduisant. Ceci dit, j’ai appris énormément de choses de toutes ces collaborations et j’ai fait de magnifiques rencontres.


  • Comme précisé plus haut, tu passes aussi du fantastique/horreur pour adultes au fantastique pour enfants. Comment te vient l’envie de passer de l’un à l’autre ? N’as-tu pas peur par moment de t’emmêler les pinceaux et en faire trop pour les enfants (trop effrayant ou gore) ou pas assez pour les adultes (trop enfantin) ? Les limites ne sont-elles pas trop dur à ne pas franchir pour les romans pour jeune lectorat ?


    Je ne crains absolument pas de passer la limite. Tout est toujours une question de dosage selon le public auquel tu t’adresses. J’arrive toujours à trouver le juste milieu. Maintenant, lors de certains ateliers d’écriture avec des adolescents, je suis souvent surpris par leur capacité à aimer l’horreur qui tache. C’est même moi qui doit parfois réfréner leurs ardeurs. Honnêtement, je n’éprouve aucune difficulté à passer de l’un à l’autre. Je peux très bien écrire un chapitre pour adultes le matin et embrayer sur une histoire jeunesse l’après-midi. Je suis très organisé sur ce plan.

  • Autre flèche à ton arc, tu écris beaucoup de nouvelles. Souvent chez les auteurs, ce sont des demandes pour figurer dans un collectif ou une manière de faire connaître sa plume en tant que nouvel auteur. Cependant dans ton cas tu écris des recueils à toi seul, est-ce une manière personnelle de coucher des idées courtes afin que les lecteurs s’en abreuvent, t’en parle et que par la suite si les retours sont positifs, tu approfondisses l’histoire et en fasse un roman ? J’avoue avoir eu cette envie «de plus» en lisant ta nouvelle «Présence» dans le recueil édité chez Elixyria «Entrez...».


    Là aussi il s’agit d’une démarche toute personnelle. La nouvelle est très répandue du côté anglo-saxon mais il est vrai que, dans nos contrées francophones, elle se fait plus rare. Pourtant, l’écriture de la nouvelle est un exercice bien plus délicat que celui d’un roman. Personnellement, je préfère écrire des histoires courtes que des longs romans. J’ai toujours ce besoin d’immédiat et les pavés qui font 600 pages dont 200 pour le remplissage ne m’intéressent absolument pas. Je dis toujours qu’une histoire prend la place qu’elle doit prendre. Et ce caractère court concorde très bien avec le style nerveux qui est le mien. J’ai également participé à de nombreuses anthologies chez d’aussi nombreux éditeurs chez lesquels je n’ai jamais sorti de roman. On peut me retrouver au sommaire des Ténèbres (Dreampress), Freak Show (Armada), Dimension Western (Rivière blanche)… C’était effectivement une manière de faire connaître ma plume. Je fais encore occasionnellement des participations à des anthologies quand le thème me parle.


  • T’es-tu déjà senti frustré par l’écriture ? As-tu déjà ressenti cette sensation de vouloir tout abandonner ou un incident s’est-il déjà produit qui t’a donné envie de baisser la plume ? A l’inverse, un événement t’a-t-il déjà motivé à vouloir en donner plus ?


    Les deux cas de figure me sont arrivés. J’ai pensé, il y a cela près de vingt ans, à totalement arrêter suite à un refus très cassant de la part d’un éditeur dont je tairai le nom. De toute façon, il n’existe plus. Ce dernier m’avait tellement blessé que j’ai même fait une pause en publications de plusieurs années. Je continuais à écrire mais juste pour moi car cela m’est indispensable. Si je peux parfois être frustré au cours de l’écriture d’une histoire car je n’arrive pas à trouver le bon élément qui fera basculer le récit, cette frustration n’a jamais pris des proportions incontrôlées. Par contre, j’ai la chance de ne pas connaître le syndrome de la page blanche. Je dis toujours que je mourrai avant d’avoir écrit tout ce que j’ai en tête. Ce qui m’a donné pleine confiance et donné envie d’en donner toujours plus, c’est mon premier prix littéraire en 2012. Recevoir le prix Masterton, du nom de l’auteur que j’admire le plus au monde, m’a boosté à 200%. D’autres ont suivi depuis, preuve que le travail acharné finit toujours par payer. Sinon, j’avoue que je lève un peu plus souvent le pied en écriture ces dernières années pour m’occuper de ma famille car c’est le plus important.

  • Ne restant pas sans rien faire ni écrire, je suppose qu’un nouveau roman est en cours d’écriture. Peux-tu partager ton travail actuel ? Quel est ton projet en cours ?


    Actuellement, je mets le point final à un roman pour les éditions Elixyria. Un hommage aux films de monstres des années 80. Je travaille également en collaboration avec Patrick Eris pour la suite de notre roman «Les ombres de l’averse» pour les éditions Le Héron d’argent. Pour cette même maison, j’écris un roman de fantasy pour adolescents. Je travaille également sur deux adaptations en bande dessinée de mes romans. Je ne peux pas en dire plus pour le moment mais ça prend forme tout doucement. Je suis multitâches comme on dit. Mais j’ai toujours ce besoin de me diversifier.


  • C’est une chose dont on parle peu (sauf dans les remerciement en fin de livre) mais qui est ton plus grand supporter ? Qui est celui qui t’a le plus apporté dans ta carrière d’auteur ?


    Celui qui m’a apporté le plus dans ma carrière d’auteur est mon grand-père. Il a toujours cru en moi-même lorsque personne n’aurait parié un kopek sur ma réussite. Il a été mon premier supporter. Vers la fin de sa vie, il éprouvait de graves problèmes de vue mais il lisait chaque jour une ou deux pages de mon roman avec une loupe spéciale. Il n’a jamais cessé de me dire à quel point il était fier de moi. Maintenant, chaque rencontre m’apporte de nouvelles choses et j’ai de la chance d’avoir des éditeurs qui me suivent dans mes projets. Et, au quotidien, j’ai ma famille qui me supporte (dans tous les sens du terme) dans mon aventure d’écriture. J’ai énormément de chance de les avoir.


  • Une question en rapport avec la lecture de roman. En tant qu’auteur, que penses-tu du livre numérique ? En tant que lecteur, ton choix se porte-t-il sur le numérique, le livre papier ou les deux ?


    Mon amour inconditionnel va vers le livre papier. L’objet a une âme que les livres numériques n’ont pas. Cependant, je dis toujours que les deux sont complémentaires. Par exemple, j’ai des romans sur ma liseuse afin de ne pas abîmer mes exemplaires papier lorsque je voyage. Je ne supporte ni les pages ni les couvertures cornées. Les deux peuvent donc cohabiter sans problème. Dans le cas du numérique, c’est le côté pratique qui prime.


  • Je te remercie infiniment pour le temps que tu m’as accordé. Souhaiterais-tu laisser un dernier mot ? Faire partager un sentiment à tes lecteurs ?


    C’est moi qui te remercie pour cet excellent moment. Tout simplement merci de me suivre depuis tant d’années ou de me découvrir. C’est vous qui me donnez la chance de m’adonner à ma passion depuis tant d’années. Mon sentiment, c’est un mélange de gratitude et d’étonnement. Etonné d’en être là où je suis et reconnaissant de ce que les lecteurs m’apportent.

  • Ou peux-t-on te retrouver pour l’achat de tes livres ? Un salon est-il déjà prévu pour une rencontre ?


    Il y a plusieurs salons prévus. On pourra me retrouver aux estivales de Trolls et Légende le août 2024, au Frissons Festival à Reims les octobre 2024, au salon du livre de Wallonie les novembre 2024 et d’autres encore. Sinon, pour se procurer mes livres, il y a les sites des éditeurs et/ou Amazon. Je suis également en train de remodeler mon site (www.livyns-frederic.com) pour créer une boutique fonctionnelle.


René Manzor "L'ombre des innocents"s




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