INTERVIEW (Archives) : Frederic Ernotte
- Pirard Marvin
- 10 juil.
- 9 min de lecture
Frédéric Ernotte est un auteur belge né à Namur en 1982, principalement connu pour ses thrillers originaux mêlant suspense, humour noir et rebondissements surprenants. Assistant social et journaliste de formation, il se distingue par une écriture dynamique et une construction narrative très soignée. Surnommé le « barman littéraire », il aime mélanger les codes du thriller pour créer des intrigues inédites. Parmi ses œuvres les plus connues figurent C’est dans la boîte, Ne sautez pas !, Comme des mouches et Le malheur des uns. Son univers littéraire séduit les lecteurs par son imagination, son ton décalé et sa maîtrise du suspense.

D'abord, puis-je vous demander,afin qu on puisse faire connaissance, de vous présenter...votre âge, votre métier (accessoirement), votre formation scolaire... toutes ces petits détails qui font qu on se demande comment vous en êtes arrivé à écrire?...eh oui, les lecteurs sont souvent très curieux...c est d'une certaine manière, une facon de se sentir proche de son auteur..
J’ai 40ans et je vis dans la région de Namur en Belgique. Je suis assistant social et journaliste de formation. Quand je n’écris pas, j’ai un temps plein administratif pour payer les factures et je travaille ponctuellement pour la télévision et la radio.
Quel à été pour vous le déclic, vous savez, cette intuition, notre meilleure conseillere à tous qui vous a souflé à l'oreille....vas y, c est le moment, lance toi!!! Pourriez-vous à l'occasion nous raconter quelques petites anecdotes à ce sujet?
J’ai toujours inventé des histoires, mais je ne les écrivais pas. À la place du papier, j’utilisais tout ce qui se trouvait dans la pièce pour vivre des aventures aussi incroyables que bruyantes. J’étais plutôt Goonies et Indiana Jones à cette époque. J’ai découvert le thriller plus tard avec des films et des livres. J’ai trouvé ce terrain de jeux tellement fascinant que je m’y suis engouffré lorsque Philippe Marion, professeur à l’université, m’a mis au défi d’écrire un roman après avoir lu une de mes nouvelles. C’est dans la boîte n’aurait pas existé sans lui…
La principale motivation pour concrétiser mon premier roman, c’est le scénario. J’y ai énormément travaillé avant de me lancer. Je cherchais une trame originale. Le genre qu’on retient et qui marque les lecteurs. Un soir, je me suis dit : « Oui, c’est ça que j’aimerais lire » et j’ai allumé mon ordinateur pour commencer la rédaction…
Si vous deviez remonter 10 ans en arrière, Pourriez-vous nous raconter ce que vous étiez? J imagine que vous êtes passé de l auto-edition à l édition...cela a t il changé réellement votre vie? Pourriez-vous d ailleurs nous livrer votre sentiment quant à ces 2 "mondes" quand bien même vous ayez eu la chance de ne pas connaître cette "passerelle"?
Je ne suis jamais passé par l’auto-édition. Après avoir écrit C’est dans la boîte, j’ai regardé quels éditeurs publiaient des thrillers et j’ai envoyé mon manuscrit sans trop savoir à quoi m’attendre. Résultat : quelques refus puis un grand oui d’un éditeur en Belgique. La suite est surprenante. Mon huis clos a reçu le Prix du Balai d’Or de la Découverte en 2013, a été dans le top 100 des meilleures ventes ebook sur Amazon (trois mois durant) et a fait l’objet d’une adaptation scénique par le Centre de Création de Recherche et des Cultures du côté de Lyon.
Le Prix reçu m’a ouvert des portes. J’ai rencontré Jean-Charles Lajouanie à Paris et nous avons décidé de travailler ensemble pour « Ne sautez pas ! » et « Comme des mouches » écrit à quatre mains avec l’auteur Pierre Gaulon.
La pandémie a bousculé mes projets. Fin 2021, j’ai signé la réédition de C’est dans la boîte chez IFS dans la prometteuse collection Phénix Noir. Le livre n’était plus disponible et vu qu’on m’en parle encore comme au premier jour, je voulais que les lecteurs puissent à nouveau ouvrir mes boîtes…
Le bilan des dix dernières années me rend heureux. Le plus important à mes yeux, c’est de mesurer la chance que j’ai de continuer une activité que j’aime en étant si bien entouré. Surprendre ces personnes qui me suivent reste ma principale motivation.
Pour répondre à l’autre question, il y a des avantages et des inconvénients dans toutes les possibilités qui existent pour publier un livre. Auto-édition ou édition via des éditeurs, je retiens surtout que des personnes écrivent des histoires pour les proposer aux lectrices et aux lecteurs. Si vous voulez mon avis, il y a des pépites des deux côtés…

Je m excuse par avance, mais si vous êtes d accord, j aimerais me focaliser sur "C est Dans La Boite"... Puis je vous demander les raisons pour lesquelles vous vous êtes dirigé vers la littérature noire?
J aimerais qu'à cette occasion nous développions sur le fait qu il s agit avant tout d une histoire mais au-delà de celle-ci, ne cherchez vous pas à développer certains thèmes ou tout du moins, nous amener à nous questionner sur le genre humain, les relations interpersonnelles?
L'idée de "C'est dans la boite" n induit-elle pas cette question que nous nous posons tous, à un moment donné telle la boite de pandore qu'il faudrait parfois laisser fermée?"
-faut-il être joueur et ouvrir quoi qu'il en coûte?
-ne faut-il pas savoir se montrer raisonnable et se contenter de ne pas basculer dans le "voyeurisme"?
Par extension, c est dans la boite n est il pas une représentation de la vie qui parfois nous pousse ou à contrario nous freine?
Toutes ces questions pour en venir à vous demander si vous êtes du genre fonceur ou plutôt raisonnable...sentez-vous libre de répondre à votre guise...il n y a aucun jugement de valeur…
Juste des questions d ordre existentielle qui réunissent les gens ou au contraire, les éloignent…
Je suis raisonnable dans de nombreuses situations et fonceur dans d’autres. Il est parfois raisonnable de ne pas l’être… Je dois cette envie d’écrire du roman noir à des auteurs. Agatha Christie, par exemple. Avec « Dix petits nègres » entre les mains (pour n’en citer qu’un), j’ai compris que lire pouvait être amusant. Qu’un livre pouvait tenir en haleine et empêcher quelqu’un de dormir. Que l’envie de tourner les pages était susceptible de remporter des batailles épiques contre des paupières trop lourdes. Je me suis dit qu’être celui qui offre de tels moments à des lecteurs devait être jouissif. Ça se vérifie et on y prend vite goût malgré les difficultés. Ce que j’aime par-dessus tout, c’est le côté ludique des thrillers. Ce jeu qui s’installe entre un auteur et celui ou celle découvre l’histoire.
La littérature noire peut aussi être un outil très puissant pour braquer un spot vers notre/nos société(s). On peut se permettre beaucoup de choses et aborder de grandes questions, parfois sans en avoir l’air. Dans C’est dans la boîte, des policiers font de leurs enquêtes un jeu de société. Un divertissement. Est-ce choquant ou non ? Chacun peut se forger un avis. Une boîte fermée est un objet fascinant et j’ai l’impression qu’il me poursuivra toute ma vie. C’est la rencontre entre la surprise, la curiosité, la joie ou la peur… Une boîte est une source infinie de doutes et de questions. Votre personnalité se révèle. Les méticuleux. Les impatients. Les peureux et les fonceurs. Faut-il s’enfuir ou soulever le couvercle ? Quoi de mieux pour que la nuit de mes personnages et de mes lecteurs soit mouvementée ?
Lorsque j'ai lu votre ouvrage, j'ai été véritablement troublée …
Je me suis demandée d ou vous était venue l idée de cette histoire et surtout, ou allez-vous puiser une imagination aussi fertile?
Cet exercice est difficile car pour éviter de spoiler l'histoire, je me dois de garder une certaine distance alors que j aimerais tant vous demander…
Il faut quand même reconnaître que c est diaboliquement ficelé...surtout dans la seconde partie de l ouvrage…
Au début, c est la découverte, "the entertainment", puis "mais non! Comment est ce possible!!!"
C est aussi ce qui donne à votre ouvrage un rythme aussi vivant...
Puis-je vous demander de vous épancher quelque peu sur mes propos?
Surtout, écrivez-vous tout ce que vous voulez...je veux tout savoir!!!!
Je trouverai bien l occasion de lâcher le spoil sur votre "dos"!
L’idée de ces boîtes m’est venue lors d’un déménagement. En préparant les caisses, je suis tombé nez à nez avec un trésor de ma jeunesse. Une boîte à chaussures contenant divers souvenirs. Une pierre, un pendentif, une capsule… Des tranches de vie. Face à ces objets insolites, je me suis demandé si quelqu’un d’autre que moi pourrait comprendre le sens de ce colis. À combien de kilomètres de la vérité tomberait une personne qui ouvrirait cette boîte ? Quelques jours plus tard, devant un épisode Halloween des Simpsons, j’ai imaginé une nuit durant laquelle des personnages se lanceraient dans une ronde d’histoires. « C’est dans la boîte » était né !
Je m’inspire de tout ce qui m’entoure. Si l’inspiration n’est pas au rendez-vous, je décolle les fesses de ma chaise et je trouve quelque chose à faire. Une vie bien remplie est la meilleure garantie pour un écrivain de ne jamais être à court de choses à raconter.
Pour comprendre le rythme effréné de C’est dans la boîte, il faut se rendre compte que je ne pensais pas en écrire un autre après. J’avais donc ce besoin de mettre le paquet dans cette histoire. Pour l’anecdote (vu que nous sommes entre nous), j’ai toujours en tête l’avis d’un ami à la sortie du livre. « Fred, un véritable auteur aurait fait cinq tomes au minimum avec toutes les idées qui se trouvent dans ton roman de 300 pages ». Il m’a fait rire. C’est sans doute vrai et pourtant je ne regrette rien. Ce livre est plein de rebondissements et c’est exactement ce que j’avais envie d’écrire.
Pour en revenir à des questions plus "terre à terre", quelles sont vos passions?
Qu-est ce qui vous anime dans la vie?
Les gens que j’aime. Ils me passionnent…
J’aime aussi les endroits isolés, la randonnée, la musique (j’adorerais être un bon guitariste), les bavarois, lire, animer des émissions littéraires, préparer à manger, conduire en chantant des génériques de dessins animés, les animaux (en particulier les chiens), être dans un lieu public et parler de faire disparaitre un corps pour observer la tête des gens…

J'aurais aimé vous demander quels sont vos auteurs préférés, de grâce évitez moi les lieux communs comme Maupassant ou Victor Hugo...tous les lecteurs les aiment!!!! Ce que je voudrais véritablement savoir c est quels sont ceux qui vous ont révélé à vous-même, vous ont fait trembler, vibrer.... Je compte sur vous pour développer bien entendu....
Ah! Pendant que nous y sommes un ou plusieurs films indispensables à votre dvdthèque....
Pour être franc, je n’ai pas d’auteurs préférés. J’ai toujours trouvé étrange d’être inconditionnellement fan de quelqu’un ou de quelque chose. Par contre, je peux citer quelques exemples de très très très bons moments de lecture.
Je peux déjà citer trois coups de coeur : Patrick Senécal avec « Le vide », Henri Loevenbruck avec « Nous rêvions juste de liberté » et Ludovic Miserole avec « L’affaire Rose Keller ». Ensuite, je dirais Julien Sandrel parce que ses livres font du bien, Anonyme et son Bourbon Kid pour le côté déjanté, LC Tyler pour l’humour anglais, Clarence Pitz pour ses ethnothrillers, Nicolas Lebel pour ses alexandrins (et son Mehrlicht), sans oublier « La mort en rouge » de Pierre Gaulon qui m’a fait rencontrer une personne exceptionnelle, capable d’écrire un roman à quatre mains avec moi. Mention spéciale au livre « La potion magique de Georges Bouillon » de Roald Dahl. Sans lui, je n’aurais sans doute pas ma bibliothèque actuelle.
Des films, je pourrais vous en citer tellement aussi... Il y a la catégorie avec Seven, Saw et The Gift qui n’étonnera personne. D’un autre côté, j’ai regardé Denis la Malice hier… J’ai des goûts très éclectiques. Pour citer ce qui me passe par la tête : Pulp Fiction, Big Fish, Die Hard, American Beauty, Le dîner de cons, Requiem for a dream, Forest Gump, La ligne verte, Retour vers le futur, Usual Suspects, Le château ambulant, Edward aux mains d’argent, The Truman show, Le cercle des poètes disparus et mon coup de coeur le plus récent : Joker
• Pour finir, êtes vous sensible à l Art en général? Que représente t il pour vous?
C est toujours intéressant de comparer les points de vue des uns et des autres....
L’art et les artistes. Pour moi, ils représentent la liberté et un regard sur le monde à un moment donné. C’est ce que je me dis devant une page blanche et j’adore ce sentiment aussi grisant qu’effrayant. La culture à l’énorme pouvoir de rassembler les gens ou de les diviser. Observer ce qu’imaginent les artistes et la réaction des spectateurs me fascine.
Frédéric, si je puis me permettre, je vous remercie d avoir répondu à ce questionnaire de "police" en bonne et due forme..
Si vous voulez eviter le "complément d audition" afin que le PV soit complet et recevable, n hésitez pas à vous épancher et vous laisser porter par l envie d écrire tout ce que vous voulez..
Donnez-nous l envie de TOUT savoir sur vous...ou plutôt transmettez aux lecteurs qui ne vous ont pas encore lu l envie de vous découvrir...
Personnellement, ce serait tellement dommage de passer à côté de Frédéric Ernotte qui a l étoffe et la crédibilité d un auteur...UN VRAI
Pour terminer cette interview, j’aimerais vous parler d’un projet qui me tient à c?ur et qui tire son nom de C’est dans la boîte. Depuis quelques semaines, j’ai ouvert une chaîne Twitch pour y héberger « La Boîte ». Je vous retrouve en direct (presque) tous les jeudis de 20h à 23h pour des interviews, des tables rondes et des quiz. C’est une occasion en or pour des auteurs et d’autres acteurs qui gravitent dans le monde des livres de nous faire découvrir leur univers dans la bonne humeur. Les spectateurs peuvent tout voir et tout entendre sans avoir de compte Twitch ! Il suffit d’ouvrir la page https://www.twitch.tv/fredericernotteauteur
Cette communauté qui se développe chaque jour me fait du bien. On passe d’excellents moments grâce aux invités et aux questions qui rythment la chatroom. Il y a de la place pour tout le monde et on peut refaire des cookies…
Dernière chose et non des moindres, merci d’avoir passé un peu de temps avec moi. Au-delà de vous donner l’envie de regarder les Goonies, j’espère que mes réponses vous ont fait découvrir les coulisses de C’est dans la boîte. En attendant de vous croiser ici ou là, je vous souhaite le meilleur parce que je suis beaucoup plus gentil dans la vie de tous les jours que dans mes livres…




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