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INTERVIEW (Archives): Céline Servat

  • Pirard Marvin
  • 31 juil.
  • 6 min de lecture

Céline Servat est une écrivaine. Son premier roman "Internato", le premier d’une trilogie, est édité par "M+ éditions" en 2020. Mariée et mère de deux enfants, elle vit à Encausse-les-Thermes dans les Pyrénées Hautes-Garonnaises où elle travaille comme assistante sociale auprès d'enfants qui ont des troubles du comportement.


Tous droits réservés :
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  • Qui est Céline Servat ?


Je suis une femme de 48 ans qui a décidé de reprendre l'écriture et de se risquer à contacter des éditeurs, il y a de cela 4 ans. Depuis, ma vie d'assistante sociale auprès d'enfants ayant des troubles du comportement a dû inclure un nouveau paramètre : devenir auteure, rencontrer des lecteurs dans des salons et m'enrichir de ces rencontres.


  • Quel est votre parcours ?


J'ai toujours plus ou moins écrit : des poèmes sombres étant adolescente, puis des nouvelles. J'avais stoppé quand un imprimeur du village d'à côté m'a dit qu’on n’en tirerait rien. J'étais une adolescente et une jeune adulte plutôt effacée avec un énorme manque de confiance en moi. Cette phrase m'a suffi à stopper mon élan. J'ai passé des années sans écrire, jusqu'à ce que mon frère me remette le pied à l'étrier en me proposant de co-écrire une nouvelle pour un recueil. J'étais de nouveau contaminée par le plaisir d'écrire.


  • Vous venez de sortir un recueil de nouvelles écrit conjointement avec votre frère Thomas. Voulez-vous nous en parler un peu ? Le faire avec votre frère était-il une évidence ?


Mon frère, Tomas Jimenez, est musicien, il reprend des chansons de lutte avec son groupe, El Comunero. Il compose aussi. Il a participé à plusieurs recueils collectifs et appréciait d'écrire. Depuis cette première nouvelle co-écrite ensemble, on avait envie de retenter l'expérience et on a co-écrit une autre nouvelle, l'adieu. Je lui ai proposé de participer à ce recueil pour mettre en avant ses écrits qui sont de qualité. Je l'ai challengé car il a dû écrire plusieurs nouvelles spécialement pour ce recueil. Sa fille, Luna, a aussi fourni une nouvelle de qualité qui est dans le recueil. Ce livre est une affaire de famille ! Nous avons proposé à M+ de le sortir en format mini plus soit à 7euros 90 pour qu'il soit abordable pour tous ceux qui voulaient découvrir nos nouvelles. Et l'éditeur a dû en réimprimer au vu de son succès. Pendant ce temps, Thomas et moi continuons d'écrire des nouvelles, ensemble comme séparément. C'est aussi le cas de Luna.


  • Votre trilogie (Internato, Norillag, Alambre) retrace la recherche des origines du héros à travers l’Argentine, la Sibérie pour terminer par l’Espagne. Qu’est-ce qui vous a poussé vers ce genre de thème en trois volumes ? Qu’est-ce qui vous a inspiré ?


Mes lectures m'avaient fait découvrir avec horreur que les nazis et autres tortionnaires de tous poils avaient été accueillis avec déférence en Argentine. De plus, j'étais choquée à l'idée que, pendant la coupe du monde de foot à Buenos Aires, des personnes mourraient à quelques centaines de mètres de là, dans un lieu où l'on formait aux techniques de tortures. Je suis partie de cette idée pour Internato, en imaginant qu'au lieu de former des adultes aguerris et consentants, on conditionnait des adolescents à être les dictateurs de demain. J'ai rapidement pensé à en faire une trilogie. J'ai pensé à l'URSS pour aborder aussi une dictature de gauche. Dans Norillag, j'ai aussi voulu montrer que la quête autour des secrets de famille, le deuxième thème de la trilogie, pouvait se passer de façon moins « thriller » que dans le premier tome. Je ne connaissais rien à l'époque Stalinienne et j'ai passé quatre mois à lire et me documenter. J'ai fini par trois heures de reportages sur les goulags, sur Arte, et quand j'ai constaté que je n'avais rien appris, je me suis sentie prête ! Quant à Alambre, je savais dès le départ que j'allais terminer par l'Espagne. C'est le pays de mes ancêtres, celui que mon grand-père a dû fuir après avoir combattu le franquisme et il était essentiel pour moi d'écrire sur ce sujet qui me touchait de près. Je croyais avoir des notions de ce passé, or j'ai dû déconstruire tout ce que je croyais savoir pour me lancer dans six mois de recherches, étayées par mon frère qui a une grande connaissance historique de cette période. Je précise que mes livres s'appuient sur l'histoire mais ne sont pas des livres historiques. Ils s'appuient sur le contexte pour dénoncer des horreurs et ancrer mes récits.



  • Vous avez d’ailleurs sorti en juillet 2022 le troisième et ultime tome de votre trilogie. Quel est votre sentiment quelques mois après avoir clôturé un tel travail ? Quel sont les retours de vos lecteurs ?


En règle générale, Alambre est le préféré des lecteurs. C'est aussi celui qui me touche le plus personnellement, comme je vous l'ai expliqué. D'ailleurs, il commence dans le village dont venait mon grand-père Manolo et mes héros le croisent trois fois dans le roman. Je n'ai pas voulu écrire sur l'Espagne dans un premier ou un deuxième tome car je ne voulais pas que mon émotion annihile mon écriture. J'avais besoin de plus d'assise. Il est loin d'être parfait, comme chacun de mes romans d'ailleurs, mais j'ai une tendresse particulière pour son contenu et ses personnages.


  • Question un peu délicate. Aucun auteur que j’ai rencontré jusqu’à aujourd’hui ne ressent pas le syndrome de l’imposteur. Est-ce votre cas également ? Que pensez-vous de ce sentiment ?


Je suis synonyme du syndrome de l'imposteur ! Quand j'ai terminé d'écrire mon premier roman, seul une poignée de proches savaient que j'avais écrit un roman. Quand sa sortie a été décalée pour cause de covid, j'étais persuadée qu'il ne sortirait jamais. Je me rappelle encore la première fois que j'ai eu mon éditeur en ligne. Il m'a demandé : alors vous êtes auteure ? J'ai paniqué à l'idée de lui répondre ! Il y a souvent des moments où je me dis que j'ai une énorme marge de progression face à des auteurs reconnus. Il n'y a qu'à voir quelles sont les invitations en salons. Au départ, je pensais naïvement qu'après une publication, ce serait facile mais je constate quotidiennement que non.


  • Je sais que vous venez de sortir « Une plongée dans le noir » le 26 janvier 2023, mais êtes-vous déjà sur un nouveau projet littéraire ou non littéraire ?


Oui en effet. J'ai fini le premier jet d'un polar qui se déroulera dans le Comminges -ma région - avec des personnages que j'espère récurrents. Mais j'ai encore beaucoup de travail de correction sur ce manuscrit.


  • Vous faites partie des Louves du Polar depuis leur début si je ne me trompe pas. Souhaitez-vous nous en parler ? Quel est votre degré d’implication dans le collectif ?


Bien sûr ! Je ne suis pas à l'initiative du collectif mais j'ai demandé à le rejoindre dès que cela a été possible. Je me retrouve dans l'idée d'une mise en avant des autrices et dans la recherche de sororité sous un abord bienveillant. Concrètement je cogère le Messenger des louves avec Clarence Pitz, depuis quelques mois. Je participe aussi aux actions et donne un coup de main au besoin.


  • Vous êtes également à l’origine de la création du salon des T(h)ermes noirs avec votre ami Guillaume Coquery. Pourriez-vous nous parler de votre salon ? Pourquoi vous être lancé dans une telle aventure ?


Ce salon était un doux rêve au départ et, en 2020, soit au pire moment vu la période covid, la mairie d'Encausse les thermes (31) a eu vent de notre projet et nous a demandé de le mener à bien. C'était l'élan qu'il nous manquait pour le concrétiser. Benoit Séverac et Céline Denjean nous ont épaulés et conseillés et j’ai proposé à mes amis d'entrer dans le bureau. Les éditions ont été au-delà de nos espérances ! Nous préparons activement la 3eme, les 3 et 4 juin 2023, avec Claire Favan et Romain Slocombe en marraine et parrain. Nous recevrons 25 auteurs dans un cadre champêtre et idyllique, avec plein d'animations : tribunaux d'auteurs, tables rondes, fausses émissions télé...


  • Je vous remercie infiniment pour votre participation au Metal’art et nous espérons bientôt vous voir en Belgique et surtout vous lire encore et toujours plus


Merci Marvin pour m'avoir donné la parole, je suis toujours touchée que l'on pense à moi pour une interview. Surtout que je lis celles de mes confrères à chaque parution de Métal art. Et merci aux lecteurs qui m'encouragent et me donnent l'énergie de continuer à inventer !


René Manzor "L'ombre des innocents"s



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