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INTERVIEW: Jacques Saussey

  • Metal'Art Culture
  • 29 sept. 2025
  • 8 min de lecture

Dernière mise à jour : 24 oct. 2025

Jacques Saussey est un auteur français renommé de romans policiers, connu pour ses intrigues sombres et ses personnages complexes. Ancien ouvrier en métier d’art aujourd’hui en retraite, il s'est imposé dans le monde du thriller avec des œuvres marquantes comme Colère noire et L'Enfant aux yeux d'émeraude. Son style captivant explore les profondeurs de l'âme humaine, mêlant suspense et psychologie. Aujourd'hui, il revient avec un nouveau roman haletant : Le Seul coupable. Ce dernier opus promet une plongée intense dans une enquête où la vérité et la culpabilité s'entremêlent jusqu'à l'impensable. 

Interview auteur


Tous droits réservés :
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  • Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire des romans policiers, et comment votre parcours de métallo a-t-il influencé votre écriture ?

J’ai commencé à écrire des nouvelles à la fin des années 80 dans les transports en commun en allant au travail. Il m’a fallu plus de vingt ans avant de songer à écrire un texte de plus d’une dizaine de pages. Très occupé professionnellement, ce n’était pas évident de trouver du temps et un moment tranquille pour me consacrer à l’écriture dans de bonnes conditions. Mon déménagement dans l’Yonne en 2006 m’a amené à emprunter des trains grande ligne au lieu des tortillards de banlieue dont les portes s’ouvraient toutes les trois minutes sur la foule et le bruit. C’est ainsi que j’ai écrit Colère noire, le tout premier d’entre eux, ainsi que les treize suivants. Depuis le quinzième (L’Aigle noir, rédigé pendant la première année du COVID), j’écris chez moi et il faut avouer que c’est quand même bien plus confortable. De mon métier, j’ai transposé le goût de la précision, de la soudure invisible et de la mécanique bien huilée… :)


  • Quels sont les auteurs ou œuvres qui vous ont le plus inspiré dans votre carrière ?


Ma toute première influence, je l’ai très certainement reçue d’Edgar Rice Burroughs avec les aventures de Tarzan que je dévorais quand j’étais gamin. Ont suivi peu de temps après les mystères d’Edgar Allan Poe, ceux de Gaston Leroux et d’Agatha Christie, puis les romans de Sir Arthur Conan Doyle. Plus tard, c’est Dennis Lehane qui a été le réel déclencheur de mon envie de me frotter à l’écriture de mon premier roman : Colère noire. Daniel Magne et Lisa Heslin doivent beaucoup aux personnages de Kenzie et Gennaro dont je lisais les enquêtes à cette époque là.


  • À vos débuts, quelles étaient les principales difficultés que vous avez rencontrées pour vous faire publier ?


J’ai écrit des nouvelles pendant une vingtaine d’années et ça n’a jamais intéressé aucun éditeur. D’ailleurs, je n’ai pas fait d’efforts particuliers à l’époque pour en trouver un puisque ce domaine là était plutôt confidentiel. En revanche, ça a été assez rapide après l’écriture de Colère noire, tout de suite suivi par De sinistre mémoire. Mon premier éditeur (Les Nouveaux Auteurs) a signé les deux livres le même jour. Et comme il était farceur, il a publié Colère noire après le second et le suivant (Quatre racines blanches), ce qui me doit d’expliquer encore à mes lecteurs aujourd’hui que le troisième paru est en fait le premier.


  • Vous avez écrit plusieurs romans à succès. Comment prenez-vous à renouveler votre inspiration à chaque nouvelle histoire ?


C’est une question à laquelle il m’est impossible de répondre en quelques phrases. L’inspiration est par essence quelque chose d’impalpable. Il y a toujours à l’origine d’une intrigue le désir de partir dans une autre direction que les précédentes, ça c’est incontournable. Cela se joue parfois sur une simple idée, voire sur une seule image. Le seul coupable est né comme ça, d’une unique photo remarquée sur le web. Il s’agissait d’une jeune femme dont la page Instagram montrait une personne délicate, élégante, amoureuse des livres et des ambiances relaxantes. Et puis elle a publié un portrait où elle paraissait loin d’elle-même, comme si elle était perdue dans  une vision toxique, de celles qui vous font mal. Ce n’était peut-être pas du tout son état d’esprit à ce moment-là, mais c’est ce que j’ai ressenti et c’est cette photo là - et rien d’autre - qui a fait exploser ce livre en moi.


  • Vos intrigues sont souvent sombres et complexes. Comment choisissez vous les thèmes que vous souhaitez aborder ?


Je travaille à chaque fois sur un sujet qui va heurter - du moins je l’imagine - mon lecteur. Et l’angle que je choisis est destiné à l’inviter à entrer dans l’histoire comme s’il en était un témoin direct. Je ne m’impose aucun tabou, même si sur certains aspects des crimes je dissimule souvent d’un voile les scènes les plus dures, parce que c’est un pan de l’écriture que je n’aime pas particulièrement. Il y a moyen d’amener un lecteur à comprendre des choses horribles sans les lui montrer frontalement.


  • Quels sont les aspects de votre métier d’écrivain que vous appréciez le plus, et lesquels vous paraissent plus difficiles ?


Ce que j’aime le plus, c’est d’être le chef d’orchestre absolu de mon roman. Tant que je n’ai pas décidé de le proposer à mon éditeur, je suis le docteur Frankenstein de ce nouveau petit monstre que je mets au monde. C’est absolument grisant de pouvoir créer non seulement des êtres humains de fiction auxquels on va tenter d’insuffler la vie, mais c’est encore plus fascinant de les propulser les uns contre les autres pour les amener à s’entretuer sur le papier. Le plus difficile, c’est d’être coupé dans son élan par un événement indésirable, comme la sonnerie du téléphone, par exemple. Il m’arrive de verrouiller tout lien extérieur chez moi (comme ce foutu téléphone) afin de pouvoir travailler tranquille quand je sais que la scène sur laquelle je vais me pencher est très tendue.


  • La psychologie des personnages est centrale dans vos romans. Comment travaillez vous cette dimension essentielle de vos récits ?


La chair humaine est le nœud, le cœur de l’intrigue. La crédibilité des émotions qui y éclosent est fonction de la construction des caractères. Ce point est tellement crucial que je n’aime pas trop la classification du « roman psychologique » en tant que tel, parce que chaque personnage digne de ce nom doit à mon avis être solidement calculé pour que son comportement tienne la route en toute circonstance. Un lecteur qui fronce les sourcils en voyant une réaction irréaliste, c’est son attention qu’on a perdue.


  • Selon vous, qu’est-ce qui différencie un bon thriller d’un thriller exceptionnel ?


Des bons thrillers, il y en a beaucoup. C’est un genre qui peut se targuer d’être aujourd’hui représenté par une cohorte d’excellents écrivains, dont un nombre croissant de femmes. Un thriller exceptionnel est pour moi celui dont on se souvient des années plus tard. On n’en oublie jamais la spirale infernale, même si on peine parfois à se souvenir du nom de son auteur. Je dirais que c’est une mécanique implacable, de celle qui vous écrabouille.


  • Comment percevez vous l’évolution du genre policier dans la littérature contemporaine ?


Depuis un certain nombre d’années, le thriller s’est éloigné du roman dit « de gare » et s’est emparé de thèmes qui parlent à tout le monde. C’est certainement cela qui a amené un public plus large à ces histoires noires dans lesquelles on ne parle plus uniquement de truands professionnels, mais de gens ordinaires qui sont placés en situations extraordinaires, ce qui peut arriver à chacun d’entre nous à tout moment.


  • Vous avez reçu plusieurs prix littéraires. Quelle importance accordez vous à ces distinctions ?


Un prix remis pour un livre est pour moi - comme pour la majorité de mes camarades - un véritable adoubement donné par celles et ceux qui le décernent. C’est une preuve tangible que notre histoire a touché les lecteurs, qu’elle est allée chercher en eux la corde sensible. Celle qui arrache des parcelles de compassion, des larmes ou de la colère. À ce titre, je suis très reconnaissant à chaque fois que j’ai le bonheur d’en recevoir un.


  • Avez-vous des rituels ou des habitudes d’écriture particuliers ?


J’écris uniquement le matin, entre 6h et midi en général. L’après-midi est consacré au repos et aux loisirs divers et variés : marche, moto, couteaux, guitare, etc.


  • Quels conseils donneriez vous à un jeune auteur qui souhaite se lancer dans le genre policier ?


Ne jamais abandonner. C’est le seul.


  • Existe-t-il un roman que vous auriez aimé écrire ?


Le prochain… ;)

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  • Vous ne vous contentez pas d'écrire et avez d'autres cordes à votre arc. Vous créez des stylo et des couteau à partir de matériaux bruts. D'où vous est venue l'envie de créer des objets? Comment peut-on se procurer ces chefs d’œuvres ?


L’idée est venue simplement : conserver une continuité avec mon métier de métallurgiste en métier d’art. J’avais l’outillage, l’envie et du temps, et j’ai toujours aimé les couteaux. Quand j’ai commencé à en fabriquer un ou deux dans mon sous-sol avec les moyens du bord, j’ai publié quelques images sur les réseaux et j’ai été surpris de l’engouement de celles et ceux qui me font l’honneur de m’y suivre pour mes livres. Cependant, j’ai passé ma vie à vendre mes heures de travail et ça, c’est terminé. Je suis très sensible aux nombreux messages que je reçois pour m’en acheter un ou pour me demander de réparer celui du grand-père qui est cassé, mais je ne prends pas de commande et je ne vends rien. J’ai cessé de considérer mon travail comme une marchandise, je préfère le donner à certaines occasions. Je récupère des pommes de pin, des coquilles d’escargots, du charbon, des nids de guêpes ou de frelons, tout un tas de trucs qui n’ont aucune valeur intrinsèque et que je vais façonner en plaquette pour mes couteaux. Pour les stylos, c’est la même chose et je ne les vends pas non plus. Il n’y a donc aucun moyen de s’en procurer, hormis de participer aux tombolas organisées par les associations auxquelles il m’arrive d’en offrir un. Le but est de leur faire gagner un peu de fonds pour les aider à organiser leur salon. C’est à une toute petite échelle - la mienne-, mais ça me fait plaisir. Le prochain - et dernier - à gagner de cette façon en 2025 sera proposé au profit de l’Escargot noir, à Sens, en mai prochain.


  • Dans « Le Seul Coupable », pourquoi avoir choisi un policier à la retraite comme personnage principal ? Qu’apporte cette perspective à l’histoire ?


Quand j’ai créé Paul Kessler à l’occasion de mon arrivée chez Fleuve, la retraite pointait son nez à l’horizon de ma vie professionnelle. Il ne me restait que deux ans à travailler avant de recouvrer ma liberté. Je me suis alors demandé comment réagirait un flic retraité face à une affaire compliquée où la police officielle a renoncé. Tout est parti de là. Exclu du sérail de ses anciens collègues, Paul est seul. Il n’a plus accès aux dossiers criminels, n’a plus de relations avec les magistrats, ne peut plus solliciter une recherche ADN, n’est plus armé. Tout cela m’a permis d’inventer un personnage bien différent de Magne et Heslin qui m’avaient accompagné jusque-là.


  • Quels défis avez-vous rencontrés en écrivant ce roman, comparé à vos précédents ouvrages ?


« Le seul coupable » est un roman charnière en ce qui concerne Paul Kessler. Pour ceux qui l’ont découvert avec « l’Aigle noir », paru deux ans plus tôt, il est devenu un personnage récurrent. Je devais non seulement le remettre dans la perpective d’une enquête inattendue et forte, mais aussi lui ouvrir la porte vers le suivant. Paul a tout perdu dans cette histoire. Il avait besoin d’un nouvel élan au cœur de l’intrigue alors qu’il était confronté à un drame qui en aurait découragé plus d’un. La résilience est un élément majeur de son caractère, certes, cependant il fallait que ça sonne juste.


  • Le titre Le Seul coupable est intrigant. Y a-t-il une signification particulière derrière ce choix ?


Un de mes lecteurs est venu me voir à la sortie du livre et m’a dit : Quand on te connaît, on se doute dès qu’on lit le titre qu’il n’y aura pas qu’un seul coupable. Ça m’a fait rire parce que c’était exactement ça. La culpabilité est l’axe central du roman. Celle du criminel, bien sûr, mais il y en a bien d’autres qui sont abordées et que je remue au fer rouge dans les plaies.


  • Je vous remercie pour votre participation à cette interview. Souhaitez vous laisser un dernier message aux lecteurs ?


Merci pour cette interview (Fleuve !), et merci à toutes et tous pour votre confiance renouvelée à chaque parution. Je vous donne rendez-vous en septembre 2025 pour mon dix-huitième titre… et je retourne bosser sur le dix-neuvième!



René Manzor "L'ombre des innocents"s



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