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INTERVIEW : Guillaume Coquery

Pirard Marvin
il y a 4 jours
8 min de lecture

Guillaume Coquery est un auteur français de thrillers ayant grandi au pied des Pyrénées. Concepteur de machines spéciales, il a beaucoup voyagé avant de se faire connaître dans le monde littéraire. Après plusieurs succès en concours de nouvelles, il publie Oskal en 2020, premier volet d’une trilogie remarquée. Il confirme ensuite son talent avec Vakarm, Putain de Karma et Leïla. Ses romans mêlent suspense, enquêtes et exploration des failles humaines.


Tous droits réservés :
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  • Vous exercez le métier de concepteur de machines spéciales. Comment cette activité influence-t-elle votre écriture ?


C’est un métier de touche à tout, je travaille sur cahier des charges et je dois trouver des solutions aux problèmes que mon client me pose. Pour l’écriture d’un roman, mon client est une lectrice ou un lecteur je dois travailler pour lui fournir un mystère tout en lui promettant une résolution intéressante. Surtout je dois lui donner des personnages qui, vont au choix l’émouvoir, l’énerver, la ou le faire rire pleurer s’étonner se mettre en colère. Bref, la seule émotion à laquelle je n’ai pas droit c’est l’ennui.


  • Vos voyages professionnels nourrissent-ils vos intrigues ?


Bien sur, j’ai beaucoup voyagé pendant plus de vingt ans pour les mises en route de mes machines. Les rencontres, les lieux tout m’a nourri. Mon dernier roman paru : Leila se passe en Mauritanie, un pays que j’ai adoré, j’y ai travaillé pendant six mois. Dans ce roman, un des personnage Darius Wagner est Polonais, je me suis inspiré d’un mafieux que j’ai rencontré un dimanche matin dans un petit hôtel entre Varsovie et Sodibor, on a discuté pendant deux heures, il était passionnant et un peu inquiétant aussi (il sortait de prison pour un motif très peu moral) Ce personnage est né de cette rencontre.


  • Quand avez-vous compris que l’écriture ferait partie intégrante de votre vie ?


Je pense qu’elle a toujours été là quelque part, depuis que je lis. Avant mes cinquante ans j’ai commencé une dizaine de romans qui sont tous partis à la corbeille, mais je savais qu’un jour je terminerai un roman, et ce, même si je n’avais jamais dépassé le cap des trente pages.


  • Que vous ont appris vos premiers manuscrits restés inédits ?


Je pense qu’ils m’ont appris à ne pas m’attacher à mes écrits. Encore aujourd’hui j’efface beaucoup, il est très rare que je garde un passage moyen. De même si l’une de mes beta lectrices me dit « ce chapitre n’est pas très utile en l’état, tu devrais le retravailler » je sais qu’en langage béta, ça veut souvent dire ; « je me suis ennuyée graaaave » Je le relis, la plupart du temps c’est tout à fait justifié et là c’est sans pitié : SELECTION + EFFACE.


  • Quels auteurs ont le plus influencé votre parcours ?


Dans ma prime enfance, je dévorais les romans d’aventure avec ces personnages fabuleux, Capitaine Némo, Gulliver, Capitaine Fracasse, Bob Morane l’homme invisible etc… ensuite, vinrent des auteurs proposés par mes profs de Français (j’ai eu de très bons profs, j’ai eu de la chance) et là j’ai découvert Camus (que je lis encore et encore) Eco, Buzzati, Steinbeck et, bien plus tard sont venus les contemporains en polar ou thriller et roman noir, Minier, King, Khadra, Lemaitre, Kerr, il y en a tellement…


  • Quel rôle les concours de nouvelles ont-ils joué dans votre carrière ?


La nouvelle est un excellent exercice, c’est un investissement bien moindre qu’un roman mais ce n’est pas simple pour autant. La nouvelle apprend à installer une situation et une ambiance avec une économie de mots. Avant Oskal (mon premier roman) j’ai participé à quelques concours de nouvelles, j’ai eu des retours très encourageants, ça a débloqué un truc j’en suis certain.


  • Quels souvenirs gardez-vous de la parution d’Oskal ?


Cette sortie a été émotionnellement assez compliquée. Je suis passé par des états très diverses durant sa rédaction, j’ai perdu mon frère et surmonter son deuil m’a pris plusieurs années. Un peu plus tard, j’ai fait un infarctus, et, le jour de mon anniversaire notre camping car a brûlé, c’était presque anodin après cette année terrible. Enfin, je trouve un éditeur, le bouquin est sorti le 14 février, le retour du ciel bleu… un mois plus tard, début de la période covid et toute promotion s’arrète pendant plusieurs mois… Croyez moi, sortir son premier roman un mois avant une pandémie mondiale n’est vraiment pas l’idée du siècle…


  • Comment avez-vous vécu vos premières rencontres avec les lecteurs ?


C’était magique d’autant que pour ma première dédicace, j’ai eu trois visites extraordinaires. Le premier à entrer était un homme, sa tête ne me dit pas grand-chose, il me tend une enveloppe A4 en Kraft « tiens ça va te rappeler des souvenirs…. » j’ouvre et je découvre une photo de classe de seconde, l’homme était mon prof de construction mécanique trente ans plus tot, incroyable. La seconde était mon ancienne voisine et meilleure amie d’adolescence, je ne l’avais pas vue depuis vingt ans on est tombés dans les bras, je pense qu’on a pleuré, la joie provoque des sensations bizarres parfois. Le troisième était plus personnel et très émouvant aussi.



  • Aviez-vous prévu dès le départ une trilogie autour de Damien Sergent ?


Lorsque j’ai écrit Oskal, je développais tellement l’histoire que j’allais arriver à 600 pages : invendable, surtout pour un premier bouquin. J’ai rapidement pensé en faire deux histoires distinctes. Quand j’ai trouvé mon éditeur, il était intéressé par la suite, je lui ai donc dit que j’avais prévu une trilogie, c’est rassurant pour un éditeur de pouvoir capitaliser sur une série m’avait expliqué Céline Denjean. Je m’y suis engagé, mais c’était un peu du flan… il a fallu l’écrire ensuite.


  • Quel a été le plus grand défi de vos débuts d’auteur ?


Je pense que ce fut de dépasser le syndrome de l’imposteur.


  • Comment est né le personnage de Damien Sergent ?


Il est né du besoin, je m’explique, je voulais un flic un peu différent de ce qu’on lisait à l’époque, des super flics, des personnages borderline, violents. J’ai donc construit un bon flic, mais aussi un flic bon, plutôt sympathique avec son équipe, qui s’attache à l’humain et qui travaille ses dossiers. Je le voulais surtout maladroit avec des fragilités, d’ailleurs Damien est capable de se perdre, même avec un GPS. Damien est sérieux mais il ne se prend pas au sérieux.


  • Quelles étaient vos ambitions avec Oskal ?


Là c’est clair : aucune !


  • En quoi Vakarm diffère-t-il du premier tome ?


Lorsque j’ai terminé Oskal j’ai dressé un constat flagrant, j’avais écrit un roman très masculin avec la trajectoire de trois pères de familles très différents. Aussi pour Vakarm, j’ai rééquilibré les plateaux de la balance. Vakarm est beaucoup plus féminin, même féministe parfois. Les personnages forts y sont les femmes, Damien n’est pas en capacité de diriger l’enuete, c’est Sandrine qui est à la manœuvre, le roman démarre dans une usine de parfums, ce n’est pas un hasard.


  • Comment avez-vous préparé la conclusion de la trilogie avec Putain de Karma ?


Dés le début de Vakarm j’ai pensé à la situation de départ de PDK, (Putain de Karma) je voulais que ce soit le roman de la reconstruction pour Damien, aussi dans Vakarm on le quitte dans un tel état de désespoir qu’il n’a que deux solutions, s’enfoncer davantage ou taper au fond de la piscine et remonter. PDK commence par une catastrophe naturelle, une crue centennale dans la vallée où Damien habite. Mais cette crue n’est pas qu’un début un peu original, elle va entretenir la tension pendant toute l’histoire et servir les rebondissements, c’est presque un personnage. PDK a aussi été pensé comme un roman pouvant se lire indépendamment des autres. Avant de l’écrire, je voulais le présenter au Prix de L’embouchure, (petit frère toulousain du prix du quai des orfèvres) j’ai été bien inspiré puisque PDK est devenu le 13ème prix de l’embouchure en 2023, après Minier, Norek, Séverac et Denjean, j’avais de bons parrains.


  • Quel personnage de vos romans vous ressemble le plus ?


Il y a assez peu de moi dans mes personnages, je pense. Je ne me trouve pas très intéressant au sens dramaturgique, le coté sérieux, mais pas sérieux de Damien me va bien, cependant, c’est peut-être dans Leila que je me retrouve le plus… Le lecteur perspicace va néanmoins trouver quelques limites à la ressemblance : Leila est jeune, ce que je ne suis plus, elle est noire, ce que je ne suis pas et elle est femme, la je n’ai pas besoin de préciser….


  • Comment s’est déroulée la coécriture d’Au-delà de nos oripeaux avec Céline Servat ?


Ça a été plutôt simple puisque c’était un recueil de nouvelles et qu’elles étaient déjà presque toutes écrites, néanmoins on s’est mis au défi d’en écrire une en commun. Avec Céline on est très complices mais on n’écrit pas du tout pareil. Ceux qui nous connaissent avaient un peu peur. Le risque était grand que tout ceci se termine dans un bain de sang ! On a survécu et je peux même vous dire qu’on s’est beaucoup amusés !


  • Que représente Leïla dans votre parcours littéraire ?


Leila est née d’un vrai besoin d’écriture, j’ai porté l’envie de ce roman des années durant. Je voulais écrire sur le génocide Rwandais, mais plus je me documentais et moins je me trouvais la légitimité de l’écrire. J’ai donc fait un pas de travers. Leila est rwandaise, mais elle n’avait que six ans au moment du génocide elle a été adoptée par un couple de français. Elle a donc sa blessure d’origine mais aussi une culture française. Le roman est écrit avec la voix de Leila, une voix un peu singulière, désabusée et caustique (je voulais un genre de Berni Gunther* en femme), j’ai adoré cet exercice et j’espère que Leila reviendra un jour.


*Bernie Gunther est le personnage principal de la trilogie Berlinoise de l’auteur écossais, Philip Kerr, série qui au final aura donné 14 romans.


  • Cherchez-vous avant tout à divertir ou à faire réfléchir le lecteur ?


Je cherche à divertir, je n’écris pas pour donner des leçons ou pour passer des messages, cependant si on sort d’un de mes livres en ayant appris quelque chose ou en ayant une idée un peu différente, c’est pas mal non plus.



  • Quel regard portez-vous sur l’évolution du polar français ?


J’ai connu les romans de gare dont certains, purement alimentaires, étaient assez mal écrits, je trouve que sur les trente dernières années le niveau s’est largement amélioré. Plus largement, le polar est un style qui permet de tout raconter, on peut y mettre des thématiques assez profondes, du social, de l’historique, du drame familial économique, écologique, de l’amour meme. Bien entendu, l’IA est en train de bouleverser un peu la donne et le monde de l’édition n’est pas en grande forme, on va voir dans les années qui viennent comment tout ceci va évoluer. Pour l’instant je ne suis pas d’un optimisme délirant on va dire.


  • Quels sont vos principaux projets littéraires pour les prochaines années ?


L’an dernier j’ai eu une année un peu compliquée avec mes trois premiers romans épuisés que mon éditeur ne voulait plus retirer. J’ai récupéré les droits de la trilogie et retrouvé un éditeur. Oskal sera de nouveau disponible chez France Loisirs, d’ici un mois et début 2027 les deux autres le seront aussi, bref l’an prochain je vais reprendre la route des salons que j’avais abandonnée depuis un an. Pour la suite, j’ai deux manuscrits terminés qui partent en recherche d’éditeur et je suis sur l’écriture d’un roman jeunesse coécrit avec une autrice toulousaine très talentueuse, Eva Kopp. C’est une histoire un peu ambitieuse qui pourra, si l’accueil est bon, devenir une saga. En adulte, j’ai commencé dernièrement un drame familial. Une histoire sans mort, sans enquête, avec très peu de personnages… principalement un frère et une sœur qui ont vraiment besoin de se parler. Un autre pas de travers.



René Manzor "L'ombre des innocents"s



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