INTERVIEW : Pascal Alliot
Pascal Alliot est un auteur français de romans noirs et de thrillers, ainsi qu’un archéologue céramologue de formation. Après avoir travaillé de nombreuses années sur des chantiers de fouilles en France avant de s’installer en Espagne, il s’est tourné vers l’écriture avec succès. Ses romans se distinguent par leur ancrage social, leurs intrigues sombres et leur regard acéré sur les dérives contemporaines. Avec des ouvrages comme Journal ordinaire d’un assassin pas ordinaire, Dies Iræ ou encore Asphalte, il s’est imposé comme une voix originale du polar français. Son écriture allie suspense, réflexion sociétale et personnages profondément humains.

Pouvez-vous nous raconter votre parcours avant de devenir écrivain ?
Depuis un long moment de ma vie, je suis archéologue de formation. J’ai travaillé pour plusieurs structures, dont l’INRAP, divers services d’archéologie municipaux (Aix-en-Provence, Fréjus), le Centre Archéologique du Var et, il y a quelques années, j’ai disposé de l’opportunité de me spécialiser en céramologie, pour les périodes concernant le second âge du Fer, notamment en Cerdagne, Pyrénées, Catalogne/Espagne, pour le compte d’une équipe de l’Université Autonome de Barcelone, à laquelle je suis, ce jour, toujours rattaché.
Comment êtes-vous passé de l’archéologie à l’écriture de romans noirs ?
C’est une histoire assez classique. Un matin, il y a quatre ans, je me suis mis derrière mon ordinateur et, en environ trois semaines, j’ai écrit un manuscrit, qui deviendra, quelque temps plus tard, mon premier roman, Journal ordinaire d’un assassin pas ordinaire, publié chez un éditeur cohérent, Lazare et Capucine, qui a décidé de me faire confiance. Depuis, l’aventure continue de façon convenable.
Votre métier d’archéologue influence-t-il votre manière de construire une intrigue ?
Pas particulièrement. Peut-être pour Terre, mange tes morts, mon troisième roman. Qui reprend un mode funéraire pour l’enfouissement des victimes assez proche d’un rite de l’Âge du Bronze moyen. Mais, hormis cette exception particulière, je ne suis pas influencé de manière claire par l’archéologie.
À quel moment avez-vous ressenti le besoin d’écrire votre premier roman ?
Il y a quatre ans environ, j’avais une histoire bien ancrée dans mes idées. Cela faisait déjà un bon moment que je voulais passer à l’acte, mais l’occasion ne s’était jamais présentée. Ce sont les choses de la vie. Un matin, seul chez moi, je me suis lancé. J’ai allumé mon ordinateur, et j’ai compris que, cette fois, je venais, très modestement, de faire mes premiers pas dans l’idée concrète d’écrire un manuscrit. Quelques semaines après, j’en suis venu à bout. Après quelques corrections, il est parti chez divers éditeurs et, après plusieurs mois de patience, un éditeur convenable est venu frapper à ma porte, afin de prendre en charge la publication de Journal ordinaire d’un assassin pas ordinaire. Encore plusieurs mois plus tard, je devenais primo-romancier. Ensuite, je m’y suis remis très vite car, bien sûr, j’ai voulu écrire le second manuscrit. J’étais dans l’histoire.
Quels auteurs ont le plus marqué votre parcours littéraire ?
Ils sont nombreux et de divers horizons. Je suis un dévoreur de romans depuis ma jeunesse. Je citerai en premier Marguerite Duras, Jean Genet et Céline. Claques monumentales desquelles je ne me suis jamais remis. Ensuite, il y a les Américains fantastiques, Kerouac, Bukowski, Fante, McCarthy, London, Burroughs, Cassidy, Ellis, tant d’autres. Puis le cercle des Anglais magnifiques, Austen, Stevenson, Orwell, McEwan pour ne citer que ces derniers. Pour les polars/thrillers noirs, genre que j’ai découvert il y a peu, je suis un grand fan d’Ellory. J’apprécie aussi beaucoup Manchette, Vargas, Connelly, Christie, Norek.
Pourquoi avoir choisi le polar et le thriller comme genres de prédilection ?
C’est l’histoire que j’avais dans mon esprit qui m’a conduit vers cette direction. Et, par la suite, j’ai continué dans le style, vu que je me trouvais bien dans cet univers noir.
Quels ont été les principaux obstacles rencontrés lors de vos débuts dans l’édition ?
J’avoue avoir eu beaucoup de chance avec mon premier éditeur, Lazare et Capucine, qui, originellement plus axé sur une ligne éditoriale vouée à la spiritualité, m’a ouvert ses portes, après quelques négociations afin de publier mon premier roman. Je m’étais mis en tête de suivre l’idée de ne pas payer afin de voir un de mes manuscrits devenir un livre. Donc uniquement signer un contrat à compte d’éditeur.
Comment définiriez-vous votre univers littéraire aujourd’hui ?
Sombre, sans la moindre concession, sous tension permanente. Je ne suis pas dans l’idée de proposer du soft. Un assassin en série est un individu ultra-violent. Alors il faut décrire les scènes de crime dans cette idée. Et j’apprécie aussi l’aspect psychologique des divers personnages, qu’ils soient policiers ou tueurs. Cela forme un ensemble plus cohérent.
Que recherchez-vous avant tout lorsque vous écrivez une histoire ?
Que les personnes qui liront mes romans soient durablement marquées par ce qu’elles découvrent page après page.
Quel conseil donneriez-vous à un auteur qui souhaite se lancer dans le roman noir ?
N’écoute personne et fais exactement ce que tu veux et va là où tu veux te rendre. Tu trouveras toujours un éditeur qui te suivra.
Comment est née l’idée de votre roman Asphalte ?
J’avais envie de continuer les aventures très particulières de la commandante Sophie Debreuil et du capitaine Davos, son adjoint, spécialistes des affaires les plus noires, sombres, sanglantes, mises en page pour la première fois dans Terre, mange tes morts. Je trouvais ce couple improbable - une fille d’une beauté incroyable, à la frontière de la ligne blanche en permanente, au caractère très fort, au passé des plus troubles, et Davos, un type débonnaire, plus âgé, totalement hors du champ classique de l’image du flic classique, buriné par la vie, loin des clous - assez idéal finalement. Alors j’ai voulu continuer avec eux. Leur offrir une nouvelle histoire, cette fois à l’opposé de la lande bannie du roman précédent, dans un milieu urbain sombre, désavoué, industriel. Une ville portuaire comme Marseille m’a largement influencée. Elle collait bien à ce que je voulais. Je la connaissais très bien, pour l’avoir traversée dans tous les sens pendant de longues années. Une ville que j’aime profondément. Liée à la musique, au chaos, la littérature.
Pourquoi avoir choisi de traiter des questions liées à l’extrémisme et aux tensions sociales dans ce livre ?
Nous vivons une époque complexe, difficile, dans laquelle les différents visages de la haine reviennent un peu trop en force et se taillent une trop belle part dans les mentalités de tout type pour ne pas tirer la sirène d’alarme. Les tensions sociales sont le reflet acerbe de ce que nous sommes. De ce que nous vivons. Il faut le mettre en avant, sans hésitation.
Comment avez-vous créé les personnages de Sophie Debreuil et Davos ?
Pour Sophie, j’étais un peu las de tous ces romans avec uniquement des hommes aux commandes des affaires les plus occultes. J’ai apprécié l’idée de mettre en place un personnage féminin, fragile et très forte à la fois, qui joue sur ces deux idées, belle, au passé très trouble, complexe, noir, qui utilise des méthodes radicales, très largement à la frontière de la ligne blanche, afin de parvenir à ses fins. Davos, c’est un homme brisé, ancien cow-boy de la Crim, premier de la liste, qui a plongé pour diverses raisons et qui se retrouve dans le sillage de Debreuil qui, quelque part, va le remettre sur les rails et redonner un certain sens à sa vie.
Quelle phase de l’écriture vous passionne le plus : préparation, rédaction ou réécriture ?
Je ne prépare rien. Je me lance chaque jour sans plan, sans savoir où je vais aller. J’aime cette vision des choses. Les réécritures sont un exercice que j’aime un peu moins.
Quel équilibre recherchez-vous entre divertissement et réflexion sociétale ?
Ce n’est pas évident de divertir en parlant d’affaires très noires, de plongées au fond du pire de l’humanité. Mais il faut essayer de proposer un certain bon moment agréable au lecteur, même si, fatalement, ce n’est pas le but premier. J’essaie de me tenir le plus près possible de la réalité. Je sais que cela dérange certain-e-s, mais j’essaie de l’assumer pleinement. Je suis dans le noir profond mais il y a toujours une légère lumière au bout du tunnel.
Parmi vos ouvrages, lequel représente le mieux votre identité d’auteur ?
Sans hésiter, Asphalte. Il marque une réelle évolution dans ma manière d’écrire, d’aborder mon travail. Cela se confirme depuis.
Comment documentez-vous les sujets abordés dans vos romans ?
L’actualité, le cinéma, l’observation, la lecture, les discussions avec certaines personnes.
Quels retours de lecteurs vous ont le plus marqué ?
Une jeune femme qui ne lit jamais ou très peu, de noir, qui m’a dit avoir été très marquée par la lecture d’Asphalte, qu’elle ne l’avait pas lâché pendant toute la lecture. Qu’elle voulait lire tous mes romans. Ce qu’elle a fait.
Avez-vous de nouveaux projets ou séries en préparation ?
Beaucoup de choses ! Deux novellas, Fosses et Résilience, vont arriver tout début septembre, chez un éditeur spécialisé dans le genre. Puis, en novembre, ce sera Osmose, ma seconde collaboration avec les éditions Hugo Stern. Retour de Sophie Debreuil et de Davos puisque les premiers textes cités s’éloignent du pur polar/thriller même s’ils restent très sombres. En 2027, on verra les publications de Royaume et Hôtel Nord et une participation à un recueil de nouvelles mis en place par un bel éditeur corse, autour du monde particulier des gitans. Je suis dans l’écriture de mon nouveau manuscrit, Ségrégation. Ce sera un vrai faux petit frère d’Asphalte, avec un retour à Marseille, autour de la mafia d’un nouveau genre qui n’arrête pas de faire parler d’elle actuellement dans les médias et réseaux sociaux, du fait de ses agissements d’une violence sans fard.
Que pouvez-vous nous dire sur vos futures publications ?
Je ne vais pas me mettre à la romance. Elles seront des plongées en apnée dans l’ultraviolence de notre humanité en péril.





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