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INTERVIEW (Archives): Sylvain Johnson

Pirard Marvin
9 oct.
9 min de lecture

Sylvain Johnson est né à Montréal le 5 avril 1973. Il a partagé son enfance entre Montréal, Laval et la campagne de la Mauricie, dans la petite municipalité de Sainte-Thècle. Après les études secondaires dans la ville de St-Tite, il a étudié les Arts et Lettres au Cégep de Shawinigan. Suivit un bref séjour à l’université de Trois-Rivières, pour y étudier la géographie. Il s’est ensuite installé dans la métropole montréalaise où il a travaillé dans de grandes corporations durant plusieurs années. La plupart du temps dans les salles de courriers et services de photocopies. Malgré la difficulté à être publié dans un marché restreint comme le Québec, il n’a jamais abandonné. Collectionnant les lettres de refus et les déceptions. Par contre, ces obstacles ne l’ont pas découragé, bien au contraire. Une fois au Maine, à l’âge adulte, il aura fait la connaissance d’un homme extraordinaire, un mentor qui aura changé sa vie. L’aide de son ami Normand Beaupré fut essentielle à son perfectionnement et pour devenir un meilleur écrivain.


Tous droits réservés :
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  • Qui est Sylvain Johnson ?


Je me considère avant tout comme un homme de famille, comme un père et un mari dévoué. Mon emploi principal est de m’occuper de mon fils et puisque je reste à la maison pour écrire, c’est à moi que revient la joie de passer mes journées avec notre fils unique. Quelle belle situation que la mienne, je suis présent à chaque étape de sa vie et de son cheminement ! J’en suis très fier. Québécois d’origine, je vis aux États-Unis depuis quelques années et j’écris seulement en français. J’adore lire les suspenses, les polars et les histoires d’horreurs francophones, que ce soit du Québec, de la France ou encore de la Belgique.

depuis la fin de mes études secondaires, je me considère comme un écrivain. D’abord amateur et maintenant publié. Je suis sur la scène littéraire québécoise depuis 2012 et continue de faire présence dans les Salons du livre de Montréal et Québec, sans oublier la Caravane Littéraire de Guillaume Morrissette.

J’adore les rencontres avec les lecteurs et surtout les discussions sur la littérature en général. Il y a tant de choses à apprendre et je profite de chaque moment pour m’imprégner du plus de connaissances possible.

Dans mon coin de pays, on me retrouve sur les sentiers pédestres, dans les parcs avec mon fils ou ma femme. J’adore voyager et je rêve d’aller en Europe.


  • Quel est votre parcours ?


Comme on dit chez moi, il n’y en a pas eu de facile. J’ai découvert la lecture en très bas âge, en raison de problèmes de santé constants qui me faisaient manquer beaucoup de jours de classes. J’accumulais sans cesse du retard sur mes camarades. C’est ma mère, récemment décédée, qui m’a initié à la lecture en m’emmenant à la bibliothèque près de chez nous. Les livres ont changé ma vie, m’ont ouvert sur le monde et aussi fait vivre d’incroyables aventures. Ils remplaçaient en fait tout ce dont j’étais privé. L’horreur et le fantastique sont vite devenus mes genres préférés, un peu grâce à Stephen King, Clive Barker et Dean Koontz. Il faut comprendre qu’à l’époque on trouvait peu de romans québécois d’horreur sur les tablettes des librairies et bibliothèques. Les choses ont changé depuis quelques années. Plus je lisais, plus je voulais écrire. C’est au secondaire que j’ai découvert le pouvoir des mots. De petits textes lus devant mes camarades de classe faisaient réagir, choquaient, provoquaient des rires ou même émouvaient. La réaction des gens est vite devenue une drogue. Quelle joie de savoir que mes mots pouvaient faire vivre des émotions à des gens que je ne pouvais pas rejoindre autrement ! J’ai pondu mon premier roman vers 1994, mais le produit manquait de finition et ne correspondait pas vraiment à ce que recherchaient les éditeurs. Il fallut attendre le début de 2010 pour que je puisse m’améliorer, comprendre mes erreurs et enfin accepter les critiques et recommencer mon cheminement du début. Norman Beaupré, auteur émérite du Maine, m’aura montré la voie à suivre pour écrire des romans, tout cela avec ses conseils et commentaires pertinents.


  • Votre parcours est semé d’embûches concernant le fait de trouver un éditeur pour vos écrits. Pourriez-vous nous en dire plus ?


Avec plaisir. J’ai chez moi une épaisse pile de lettres de refus venant de maisons d’éditions québécoises et même françaises. Ils viennent de cette époque où je vivais avec l’illusion d’être un

écrivain. Le problème avec les lettres de refus, c’est que souvent le message est générique et sans commentaires pour expliquer les raisons de ce refus. Alors, il est difficile de faire les changements adéquats. J’ai toutefois compris qu’il fallait soumettre à la bonne maison d’édition, surveiller les catalogues pour soumettre au bon endroit.

Ensuite, il est fondamental de ne donner son manuscrit qu’une fois certain de l’avoir suffisamment travaillé. D’où l’importance des bêta-lecteurs, de s’ajuster aux critiques et de chercher à s’améliorer. En 2010, un éditeur montréalais du nom de « POPfiction » me publiait, mais l’aventure fut de courte durée, ils fermaient leurs portes quelques mois plus tard. Il me fallut attendre l’année 2012 et une rencontre avec Pierre Lavigne, pour que Porte-bonheur me donne la chance de republier mes deux romans. Monsieur Lavigne fut non seulement un patron juste et très dévoué envers ses auteurs, il m’a aussi guidé dans mon cheminement d’écrivain. Sans lui, j’aurais peut-être abandonné.

On avance en 2017, alors que l’auteur et éditeur Simon Rousseau chez ADA m’approche pour un projet de publication encore embryonnaire. Les Contes interdits venaient de naître et s’amorçait une longue collaboration avec mon nouvel éditeur.

Depuis, mes manuscrits y trouvent une place de choix et les projets se suivent. J’ai à mon actif, en novembre 2022, une douzaine de romans chez cet éditeur. La famille Doucet et Simon Rousseau, mes patrons, sont plus une famille que des employeurs.

En 2021 ressortait le défunt Esprit des glaces, avec un nouvel éditeur. Cauchemars Airlines relançait la trilogie qui avait amorcé ma carrière.


  • Vous avez sorti il y a peu (03/07/2022) votre dernier écrit « Payez le passeur » (Esprits tordus tome 2) qui est un recueil d’histoires d’horreur contenant notamment des écrits de David Bédard, Olivier Kraug, Éric Quesnel et Patrice Cazeault. Que pouvez-vous nous en dire ?


Quel beau projet ! C’est David Bédard, écrivain et ami, qui m’a approché pour faire partie de ce recueil dans lequel des auteurs très talentueux se retrouvent. Impossible de refuser. C’est le deuxième tome d’histoires d’horreur qu’il lance. J’ai toujours eu de la difficulté à écrire des nouvelles littéraires, c’est pourquoi il s’agissait d’un défi pour moi. Les romans sont davantage dans mes cordes.

Je suis très fier de cette collaboration, parce que je fréquente des auteurs que je respecte et dont le talent me stupéfait.



  • Vous êtes un membre très actif des « Contes interdits » avec 4 tomes (La petite sirène, Cendrillon, Le joueur de flûte de Hamelin et Casse-Noisette, plus un autre « dans l’univers des contes interdits » Henry : Le garçons homard. Comment êtes-vous entré dans cette aventure ?


Les Contes interdits ont sans contredit changé ma vie. Le niveau de popularité de ces romans et du collectif n’a cessé de m’étonner, de me ravir et de me remplir de fierté.

Quelques années avant que le collectif ne naisse, Simon Rousseau me présentait le concept pour faire partie de sa petite maison d’édition numérique. J’ai alors dit oui et écrit « Le joueur de flûte de Hamelin » pour le lui envoyer. Malheureusement, le projet tomba à l’eau et le manuscrit retourna dans mes tiroirs. Le temps passa et quelques années plus tard, Simon me contactait pour me demander si j’avais toujours mon manuscrit et voulait participer à nouveau au projet. Avec quelques autres auteurs, il comptait présenter le concept des Contes interdits à un éditeur déjà établi et à la réputation impeccable. Les éditions ADA acceptaient de publier cette nouvelle série, dont quatre tomes virent le jour. Je ne faisais pas partie de cette première vague, mais de la deuxième. La raison est bien simple, je vivais déjà aux États-Unis et pour faire la promotion de ce nouveau collectif, il fallait travailler fort et être présent aux divers Salons du livre, ainsi que des séances de signatures en région. Les quatre auteurs de la première vague, Simon Rousseau, LP Sicard, Yvan Godbout et Christian Boivin ont effectué un travail colossal dans les années qui suivirent afin de lancer la série. Lorsque mon tome fut lancé, le collectif connaissait déjà un succès non négligeable. Je leur suis reconnaissant d’avoir ouvert la voie à mes romans, d’avoir vraiment engendré le phénomène que nous connaissons aujourd’hui.

Après le « Joueur de flûte de Hamelin », dont malheureusement moins de gens connaissent le conte original, j’ai décidé que mon prochain serait connu de tous. J’ai donc choisi « La petite sirène ». Suivit « Cendrillon » et « Casse-Noisette ».

Le reste est de l’histoire.

Pour l’Univers des contes, c’est une anecdote assez amusante. Après l’écriture de Cendrillon, j’ai vécu une petite période où je ne savais plus quoi écrire. Mais je voulais continuer à travailler, à améliorer ma plume. Pour cela, j’ai donc ouvert un nouveau document Word sur mon ordinateur et je me suis mis à écrire n’importe quoi. Je savais que ce texte ne serait pas publié, qu’il serait court, peut-être même feraient tout juste deux paragraphes. J’ai regardé autour de moi, mon regard s’est posé sur la couverture de « La petite sirène » et je me suis dit, pourquoi ne pas écrire l’histoire d’Henry ? Ce que j’ai fait. Ensuite, découvrant avec surprise que j’avais un manuscrit en main, j’ai décidé de l’envoyer à mon éditeur sans imaginer qu’il serait publié.

Simon Rousseau devait me contacter pour me dire qu’il pensait déjà à ce concept « D’univers des contes » où des personnages secondaires de nos romans prendraient la vedette. Quelle bonne idée ? De plus, j’avais déjà un livre d’écrit.


  • Comment s’opère le choix des contes revisités ?


Simon Rousseau est le grand patron. Ceux qui désirent faire partie de cette belle aventure lui font parvenir le titre du conte choisi, afin de voir s’il n’est pas retenu par d’autres ou encore si c’est une bonne idée. Dans mon cas, lorsqu’on m’a approché, « Le joueur de flûte » m’intéressait vraiment et on m’a permis de l’écrire. « La petite sirène » suivit, tout simplement parce qu’elle était disponible et que je voulais remédier au problème d’avoir choisi une histoire moins connue. Pour le tome suivant, « Cendrillon » n’était pas mon choix de départ. Je voulais Barbe bleue, mais on m’a conseillé de choisir autre chose et Simon devait me soumettre « Cendrillon » comme suggestion. J’ai toute de suite accepté, n’arrivant pas à croire qu’il soit toujours disponible. Je ne regrette pas ce choix, puisque Steve Laflamme a choisi Barbe bleu et écrit un conte extraordinaire.

Pour Casse-Noisette, c’est légèrement différent. L’idée d’intégrer des Contes de Noël au collectif est venue plus tard et m’a tout de suite intéressée. Il y a moins d’histoires de Noël susceptibles de bien s’intégrer dans la série, mais Casse-Noisette convenait très bien.



  • Vous participez également à une autre série regroupant certains de vos collègues auteurs des contes interdits à savoir, « Le roman dont vous êtes la victime :… ». Il s’agit là d’une autre approche dans l’écriture car elle permet au lecteur de faire ses propres choix et d’influer sur le fil de l’histoire. Comment se passe l’écriture d’un tel roman ? Est-ce plus difficile ou plus facile à écrire qu’un roman traditionnel ?


J’ai eu l’honneur d’écrire deux tomes dans cette série tout à fait exceptionnelle. Il est toujours intéressant de faire face à des défis et l’écriture d’un roman dont vous êtes la victime est véritablement un challenge pour ceux qui, comme moi, font de petits plans. Non seulement j’ai dû élargir mes plans, mais aussi travailler sur la précision et l’exactitude des embranchements. Rien ne doit être laissé au hasard, parce que le lecteur peut revenir en arrière et prendre un chemin différent. J’ai toutefois adoré l’idée, puisqu’elle permet de donner à une histoire plusieurs directions tout à fait opposées, qu’on peut écrire un roman à la fois fantastique et policier, horreur et science-fiction.

Oui, ce fut plus difficile qu’un roman traditionnel, mais tout aussi valorisant.


  • Parlons un peu de l’avenir, êtes-vous déjà sur un nouveau roman ou nouvelle ? Peut-on en savoir plus ?


Il est difficile d’aborder le sujet sans en dire trop et je tiens à ma vie, donc je dois être assez vague. J’ai un roman qui devrait sortir à l’automne, relié à un collectif dont je fais partie. Ensuite, j’ai une autre publication en phase de correction qui fut ma première expérience d’écriture à quatre mains, donc que j’ai écrite avec un autre auteur. Un manuscrit est aussi entre les mains d’un de mes éditeurs, mais encore une fois, il est tôt pour en parler.

Je sais, c’est vraiment moche de ne rien pouvoir divulguer… mais restez à l’affût, cela viendra bien assez tôt.


  • Souhaitez-vous laisser un mot de fin pour ceux et celles qui liront ces lignes ?


Je tiens à vous remercier infiniment pour cette opportunité de vous parler de moi et de mes romans. L’horreur est souvent vue de haut par une élite littéraire vieillissante, un peu comme la musique Heavy-Métal dérange parfois dans certains milieux. Mais la popularité de ces genres est indéniable et sans limites, c’est un art entier, libre et qui fait vibrer des millions de gens.

Il faut continuer à rêver, à foncer, à persévérer et surtout, à croire en notre talent.

J’espère que l’art va continuer à traverser les océans, à voyager et se propager dans les différentes cultures qui peuplent notre monde de plus en plus petit, plus accessible.

Un gros merci.


René Manzor "L'ombre des innocents"s



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