INTERVIEW (Archives): Josée Marcotte
Josée Marcotte a été étudiante à la maîtrise en études littéraires à l'Université Laval.Elle est réviseure linguistique et aujourd’hui elle est écrivaine et effectue de la direction littéraire également. Elle se concentre entièrement sur la littérature.Ses recherches portent sur le récit contemporain en contexte d'éclatement. Elle s'intéresse à l'éclatement sous toutes ses formes, de même qu'à la poésie, à l'humour et aux pratiques auto fictionnelles.

Bonjour. Pourriez-vous vous décrire en quelques mots ?
Bonjour, j’adore la fiction. Je crois que la fiction est l’un des plus beaux cadeaux de la réalité.
Pouvoir raconter des histoires et rejoindre les différents publics est un privilège. J’aime les mangas, les animes, la littérature en général, les littératures de l’imaginaire en particulier et les jeux de société. Je m’intéresse spécialement au phénomène hikikomori venu du Japon, aux otakus, aux mythes, à l’horreur, à l’Apocalypse (et les imaginaires de fin du monde) et aussi à tout ce qui touche de près ou de loin à Arthur Rimbaud. Je suis une drôle de bibitte intellectuelle curieuse.
Quel est votre parcours ?
J’ai complété ma maîtrise en études littéraires en 2010 sur l’œuvre d’Éric Chevillard, et depuis j’ai publié des ouvrages de fiction de tout genre chez divers éditeurs : Marge (Publie.net, 2010, en France, recueil numérique s’intéressant à la pratique autofictionnelle) ; Les Amazones (L’instant même, 2012, dystopie fantastique) ; « Les mots sont Verbe » dans Poèmes du lendemain 21 (Écrits des Forges, 2012, suite poétique) ; La petite Apocalypse illustrée (Publie.net, 2012, en France, recueil ludique numérique, dictionnaire) ; Hikikomori (L’instant même, 2014, roman réaliste) ; La sœur de l’Autre, Isabelle Rimbaud (Hamac, 2022, fiction biographique) ; La princesse au petit pois – Conte interdit (AdA, 2022, roman d’horreur). Aussi, j’ai participé à différentes revues et collectifs (genre de la nouvelle avec la revue XYZ, par exemple) et à des projets numériques et multimédias comme « Chœur(s) » des Productions Rhizome. De 2012 à 2016, j’ai travaillé chez De Marque, distributeur de livres numériques et de plateforme d’emprunt en bibliothèques, pour faire la promotion, entre autres, des catalogues numériques des éditeurs québécois. Puis, de 2018 à 2020, au sein de Québec numérique, j’étais assignée, entre autres tâches, au projet Culture/NumériQC pour aider les entreprises culturelles du Québec à effectuer leur virage numérique. Donc, le numérique et la littérature, l’écosystème du livre dans ce contexte contemporain, ça fait partie de mon ADN, je dirais. L’évolution de la littérature en contexte numérique m’intéresse grandement, en parallèle de ma carrière d’écrivaine, de créatrice proprement dite. Aujourd’hui, je consacre tout mon temps à la littérature via des projets d’écriture, de la direction littéraire, des chroniques radio ou différents mandats dans le milieu.
Pourquoi avoir choisi d'écrire ? Qu'est-ce qui vous a poussé à prendre la plume pour votre premier récit ?
Oh boy ! La question… J’ai commencé à écrire de la poésie lorsque j’ai fait la rencontre des œuvres de Rimbaud et Baudelaire au CÉGEP. Puis, plus tard, à l’université, j’ai eu des flashs dans des cours pour écrire Les Amazones et aussi Marge. Et j’ai tenu plusieurs blogues, sur plusieurs années. C’est souvent arrivé comme cela, je pense, des flashs, une image forte, à partir de laquelle débute un récit. Je me disais : « oh ça serait nice de lire une réécriture des Amazones aujourd’hui, qui se passerait dans le futur… Apocalyptique ! » Souvent, j’écris ce que j’aimerais lire, hihi… Je vois un trou dans ma bibliothèque et j’y vais. Je saute. Par exemple, avec La sœur de l’Autre, Isabelle Rimbaud, je me suis posée la question : « Mais pourquoi n’a-t-on jamais écrit sa biographie ? Sa vie est un vrai roman ! » Il fallait que je l’écrive, donc. Mais ça a demandé des années de recherche et de lecture. Je pense surtout que c’est un besoin ; ça va au-delà de la passion.
En 2012, vous sortez « Les amazones » dans lequel vous fait le portrait de femmes d’essence post-féministe vivant au sein d’une société autarcique où un ordre, en apparence immuable, les rend identiques et interchangeables, stériles et insensibles. Ensuite en 2014 vient « Hikikomori », une fiction très inspirée par votre attirance pour les mangas et la culture japonaise. Et pour finir en 2022 sortent « La sœur de l'autre, Isabelle Rimbaud » et « Les contes interdits : La princesse au petit pois ». Ouf !!! Le moins que l'on puisse dire c'est que vous faites voyager vos lecteurs. Pourquoi ce changement de style et de thème entre chaque écriture ?
En fait, tout dépend de ce qui me préoccupe comme sujet dans le moment présent : j’y vais par projet. Par exemple, ça peut être une fascination pour la figure de l’hikikomori une année, puis ensuite, une autre fascination… Mais il y a des thématiques récurrentes qui me suivent et transparaissent dans chacune de mes œuvres : par exemple, la solitude/l’isolement, la perte de repères en contexte d’éclatement, le féminisme/les femmes, la survivance, la notion de fin, de complétude, les violences, un questionnement sur les mythes, la création de sens… Ma démarche artistique est parsemée de ces préoccupations. Même dans La princesse au petit pois, il y a une perspective féministe à découvrir, une voix à comprendre dans ce récit. J’écris ce que je souhaite découvrir, en quelque sorte… Et je me concentre par projets, par sujets qui m’interpellent à un moment précis.
Vous venez justement de rentrer dans le panel d'auteurs des contes interdits. Pourriez-vous nous en dire plus ? Comment êtes-vous devenue celle qui allait cuisiner « La Princesse au petit pois » à sa sauce ?
Faire partie d’un collectif à succès est génial ! La rétroaction du public est rapide, et pour ce qui est de la création en tant que telle, ça a été un vrai défi d’écriture. Il me fallait apprendre les codes du thriller, axer mon écriture sur l’action, etc. J’ai réussi et je n’en suis pas peu fière : je vais continuer à écrire d’autres romans dans cette veine, c’est certain, parce que j’ai trop aimé mon expérience. J’aimais déjà l’horreur (télé séries d’horreur coréennes, romans graphiques, mangas type Survival, films d’horreur, romans d’horreur québécois ou japonais…), ce qui a certainement facilité les choses dans mon cas… En ce qui concerne le mandat avec AdA, j’ai soumis un synopsis de 2 pages à l’éditeur Simon Rousseau, pour La princesse au petit pois – j’étais fan des Contes Interdits et je voulais écrire cette histoire-là ; environ 6 à 8 mois plus tard, quand Simon m’a fait savoir que je pouvais l’écrire, je sautais littéralement de joie !
« La sœur de l'autre, Isabelle Rimbaud » est sorti plus tôt en ce début d'année (08 mars 2022). Pourriez-vous nous en parler un peu et surtout nous dire pourquoi le choix de ce personnage-là et pas un autre ?
Isabelle Rimbaud est une femme méconnue de l’histoire, une femme forte ; une femme fascinante et complexe : son destin était dirons-nous trop grand pour elle, et personne n’a jamais décidé de raconter de son histoire, pourquoi ? Elle vit depuis toujours dans l’ombre de son frère Arthur, et pourtant c’est elle qui a construit le mythe du poète Mystique, cet Autre avide d’Absolu qui nous fascine encore… C’était une artiste, une catholique, une écrivaine, une lectrice, une femme de Lettres, une opportuniste, une faussaire et une femme hautement singulière… Elle a vécu une enfance qui la préparait à devenir une bonne fille de Marie, une future épouse, alors qu’elle voulait devenir « la Vierge des Ardennes » ; elle a vécu les derniers instants précieux de la vie d’Arthur, les dernières semaines avec lui pour l’accompagner dans la mort à Marseille ; elle a vécu pour épouser vieille fille (à 37 ans) Paterne Berrichon, le biographe de son défunt frère poète et tenter de manipuler le récit – le censurer ! – qui était en train de se construire sur Arthur et en faire un Saint ; elle a vécu sous les feux de la bataille pendant la Première guerre mondiale, littéralement sous les bombardements, et en a expurgé un récit magnifique avec sa plume. Bref, ce sujet me passionne et je pourrais en parler pendant des heures… Il fallait raconter l’histoire de cette femme de l’ombre, en périphérie d’Arthur Rimbaud. Je ne sais pas si un jour je vais me réattaquer à un projet d’une aussi grande ampleur, en termes de recherche, de lectures, de temps investi. L’avenir nous le dira.
Que peuvent attendre les lecteurs dans l'avenir ? Êtes-vous sur un nouveau roman fictif ? Une biographie ? Ou autre chose ?
Les lecteurs peuvent s’attendre à ce que j’écrive de nouvelles fictions issues de l’imaginaire, dont l’horreur. J’ai différents projets en chantier pour 2023 (dont un de signé pour l’automne 2023), mais rien dont je puisse encore parler. C’est trop tôt, mais ça viendra. Suivez mes divers réseaux sociaux où je ferai mes annonces ☺ et mon site Web d’auteure www.joseemarcotte.com
Metal'art est un magazine en partie musicale. Quel genre de musique écoutez-vous et que conseillez-vous pour accompagner vos deux dernières sorties ? (Le metal n'est pas la seule réponse valable, je vous rassure)
Pour La sœur de l’Autre, Isabelle Rimbaud, il faut y aller avec du classique (piano de Mozart, du J.S. Bach, par exemple).
Pour mon Conte Interdit, avec l’auteur Dominic Bellavance, puisqu’on a travaillé en même temps (les 2 titres sont sortis en même temps, en août 2022), on a mis en commun une liste de lecture publique sur Apple Music justement pour les lecteurs et lectrices qui désirent s’imprégner de l’ambiance de nos Contes :
Sinon, en général, j’aime beaucoup les trames sonores instrumentales de films, les trames d’animes, le K-Pop, l’alternatif britannique (Blur, par exemple) et la pop japonais (comme Utada Hikaru). Oui, je sais, mes goûts sont un peu éclatés…
Je vous remercie d'avoir répondu à mes questions. Un dernier mot ?
Merci pour cette entrevue !





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