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INTERVIEW : Oliver Krauq

Pirard Marvin
21 sept.
14 min de lecture

Oliver KrauQ est un auteur suisse né en 1970 et installé à Genève. Passionné de fantastique, d’horreur et de science-fiction, il nourrit son imaginaire grâce à la littérature, au cinéma de genre et aux grandes séries cultes. Influencé par Stephen King, H.P. Lovecraft, Philip K. Dick ou encore John Carpenter, il a développé un univers personnel où l’étrange surgit au cœur du quotidien. Auteur de nombreux recueils et romans, notamment Entomophobia, Le Recueil maudit et Le Collecteur d’âmes, il est reconnu pour ses récits mêlant suspense, frissons et fins surprenantes.


  • Quand avez-vous commencé à écrire et quel a été le déclic qui vous a poussé à publier vos histoires ?


J’ai commencé à écrire en 2011. J’avais énormément d’idées d’histoires en tête, des choses que j’aurais aimé voir au cinéma ou découvrir dans un livre, mais personne ne semblait raconter exactement les histoires que j’avais envie de lire ou de voir. Au bout d’un moment, je me suis dit que si je voulais qu’elles existent, il fallait simplement que je me les raconte moi-même. L’écriture était finalement le moyen le plus accessible de leur donner vie, même si je n’avais aucune idée de mes capacités dans ce domaine.

C’est mon épouse qui m’a alors poussé à suivre une petite formation d’écriture à domicile, surtout pour savoir si j’étais réellement capable de raconter des histoires. Chaque mois, j’avais différents exercices à réaliser : écrire le pitch d’un livre que j’aimais, composer une scène de théâtre, travailler sur différents types de textes… Tout était ensuite corrigé et commenté par un coach littéraire. À la fin de la formation, j’ai également soumis un travail personnel composé de quelques nouvelles que j’avais déjà écrites. Le retour a été suffisamment encourageant pour me donner la confiance qui me manquait. C’est à ce moment-là que j’ai décidé de me lancer réellement dans l’écriture et, ensuite, dans la publication.


  • Comment définiriez-vous votre parcours littéraire jusqu’à aujourd’hui ?


Je dirais que mon parcours littéraire a été assez chanceux. J’ai commencé à publier en autoédition au moment du Covid, ce qui, aussi étrange que cela puisse paraître, a créé des circonstances plutôt favorables : les gens lisaient beaucoup à cette période et étaient également très présents sur les réseaux sociaux.

J’ai eu la chance de faire de très belles rencontres sur des groupes Facebook particulièrement actifs, avec des lecteurs et des lectrices passionnés qui ont commencé à découvrir mes histoires, à en parler et à les recommander. Et surtout, mes textes leur ont plu. À partir de là, le bouche-à-oreille a fait le reste.

Je n’avais pas de plan de carrière très précis au départ. Les choses se sont construites progressivement, grâce aux lecteurs, aux rencontres et aux occasions qui se sont présentées. Avec le recul, je mesure vraiment la chance que j’ai eue d’avoir commencé à publier au bon moment et d’avoir rencontré très vite un public réceptif à mon univers.


  • Quels ont été les principaux défis rencontrés lors de vos débuts ?


Mes premiers défis ont surtout été liés à l’autoédition elle-même. Beaucoup de gens confondent encore autoédition et simple autopublication. Mettre un texte en ligne est relativement facile ; faire réellement le travail d’un éditeur demande beaucoup plus d’investissement. Il faut penser à la couverture, faire appel à une correctrice, travailler la mise en page, la promotion, les réseaux sociaux, le marketing… En résumé, écrire le livre n’est qu’une partie du travail.

L’autre défi a été plus personnel : me débarrasser du syndrome de l’imposteur. Au début, même lorsque les retours étaient positifs et que les lecteurs étaient au rendez-vous, il restait toujours cette petite voix qui me demandait si j’avais réellement ma place parmi les auteurs. Avec le temps, les publications, les rencontres et surtout les retours des lecteurs m’ont permis de prendre davantage confiance dans mon travail.


  • Qu’appréciez-vous particulièrement dans le format de la nouvelle ?


La nouvelle est probablement le format qui correspond le mieux à ma façon d’écrire. J’aime partir d’une idée forte, d’une situation ou simplement d’un « et si… ? », puis aller directement à l’essentiel. Une nouvelle ne laisse pas beaucoup de place au superflu : il faut installer un univers, des personnages et une atmosphère assez rapidement, tout en donnant au lecteur l’impression qu’il vient de vivre une histoire complète.

J’aime aussi énormément travailler les fins. Une nouvelle permet de construire tout un récit autour d’un détail, d’une révélation ou d’un changement de perspective qui peut, dans les dernières lignes, modifier la perception de tout ce qui précédait. C’est probablement l’influence de The Twilight Zone qui ressort le plus chez moi.

Et finalement, même lorsque j’écris des romans, je conserve souvent cette façon de fonctionner. J’ai tendance à les construire comme une succession de grandes séquences, presque comme plusieurs nouvelles qui finissent par former une histoire plus vaste. Au fond, je crois que je suis avant tout un nouvelliste qui, de temps en temps, refuse simplement de s’arrêter après trente pages.



  • Quel regard portez-vous sur l’évolution de votre écriture au fil des années ?


Je pense que mon écriture a surtout gagné en assurance au fil des années. Au début, j’étais beaucoup plus préoccupé par la question de savoir si j’étais capable de raconter correctement une histoire. Aujourd’hui, je me pose beaucoup moins cette question et je fais davantage confiance à mon instinct.

Ma façon de construire les récits s’est également enrichie. J’aime toujours partir d’une idée forte et conserver un rythme assez direct, mais je prends davantage de plaisir à travailler l’atmosphère, les personnages, les détails et, lorsque le récit s’y prête, tout le travail de recherche autour de faits historiques ou de légendes réelles.

En revanche, je ne pense pas avoir changé fondamentalement de nature comme auteur. J’aime toujours raconter des histoires étranges, provoquer une image dans l’esprit du lecteur et l’emmener vers un endroit qu’il n’avait pas forcément prévu. J’ai plutôt l’impression d’avoir affiné ma manière de le faire que d’avoir changé de direction.


  • Quelle place occupe The Twilight Zone dans votre imaginaire créatif ?


The Twilight Zone, c’est finalement à l’écran ce que j’avais envie de lire, ou peut-être l’inverse. Cette série correspond exactement au type d’histoires qui m’attire : des récits relativement courts, construits autour d’une idée forte, où le quotidien peut soudain basculer dans l’étrange, le fantastique ou l’inquiétant.

C’est probablement ce qui a le plus forgé mon envie d’écrire des nouvelles. J’aime cette idée qu’en quelques pages, comme en une vingtaine de minutes à l’écran, on puisse créer un univers, raconter une histoire complète et parfois laisser le lecteur avec une dernière image ou une révélation qu’il n’oubliera pas immédiatement. C’est une influence qui est restée très présente dans ma façon de raconter des histoires.


  • Quels auteurs vous ont le plus influencé en tant qu’écrivain ?


Stephen King, évidemment, pour sa capacité à faire surgir l’horreur et le fantastique dans des environnements très ordinaires et à créer des personnages auxquels on croit immédiatement. Mais j’ai aussi une immense admiration pour des auteurs plus anciens comme H. G. Wells. Je suis avant tout un amoureux des idées, et il suffit de regarder ce qu’il a imaginé : la machine à voyager dans le temps, l’homme invisible, l’invasion extraterrestre… Des concepts qui sont aujourd’hui devenus presque des archétypes de la science-fiction.

Je suis également un grand amateur de James Herbert, qu’il ne faut surtout pas confondre avec Frank Herbert ! J’aime beaucoup son approche de l’horreur, souvent très directe, très viscérale, avec un vrai sens du rythme.

Et puis Anne Rice, évidemment, pour sa manière d’avoir renouvelé la figure du vampire en lui donnant une profondeur, une sensualité et une humanité qui ont profondément marqué le genre.


  • Pourquoi êtes-vous particulièrement attiré par les genres fantastique et horrifique ?


Mon amour de l’horreur remonte probablement au jour où j’ai vu The Thing au cinéma. J’avais presque treize ans et j’avais triché sur mon âge pour pouvoir entrer. Le résultat a été assez radical : j’en suis ressorti traumatisé ! Mais une fois la peur digérée, quelque chose s’était passé. J’étais tombé dedans.

Et j’ai eu la chance de découvrir le genre dans les années 80, qui étaient une période extraordinaire pour ça. Entre Carpenter, Cronenberg, les slashers, les créatures, les effets spéciaux pratiques… tout était réuni pour nourrir cette fascination.

Je crois aussi que l’horreur touche à quelque chose de très universel. Qui n’aime pas, au fond, se faire peur en sachant qu’il ne risque rien ? Imaginer qu’il y a peut-être quelque chose dans le coin sombre du couloir quand on se lève la nuit pour aller aux toilettes… C’est cette capacité du fantastique et de l’horreur à contaminer momentanément le réel que j’aime énormément. Pendant quelques secondes, on sait parfaitement que le monstre n’existe pas… mais on allume quand même la lumière.


  • Comment naît généralement une nouvelle idée de récit chez vous ?


Une idée peut naître de plusieurs façons. Parfois, c’est simplement un « et si ? » qui me traverse l’esprit. D’autres fois, c’est un thème, une légende, une époque ou une situation qui m’attire, et j’ai envie d’entrer dedans pour voir ce qu’elle peut devenir.

En revanche, il y a une chose assez constante dans ma façon d’écrire : je connais rarement, voire jamais, la fin de l’histoire lorsque je commence. J’ai besoin de la découvrir au fur et à mesure, presque comme un lecteur. Si je sais déjà exactement comment tout va se terminer, j’ai beaucoup moins envie de raconter l’histoire, parce que pour moi une partie du plaisir a déjà disparu. À ce moment-là, mon cerveau préfère souvent partir chercher une nouvelle idée ailleurs.

J’écris donc beaucoup à l’instinct. Je sais généralement d’où je pars, parfois dans quelle direction je veux aller, mais pas forcément où je vais arriver. C’est ce qui garde l’écriture vivante et excitante pour moi.


  • Quels auteurs contemporains suivez-vous avec intérêt aujourd’hui ?


Aucun en particulier, pour être honnête. Depuis que j’écris, je lis beaucoup moins qu’avant, peut-être quatre ou cinq livres par an. L’écriture a un peu remplacé la lecture dans mon quotidien : lorsque j’ai du temps et que mon cerveau est disponible pour une histoire, j’ai souvent davantage envie d’en écrire une que d’en lire une.

Et lorsque je lis aujourd’hui, ce sont très souvent les livres d’amis auteurs ou autrices que j’ai rencontrés au fil des salons et des événements littéraires. Donc mes lectures contemporaines sont devenues beaucoup plus liées aux rencontres qu’à une veille particulière sur ce qui sort.



  • Vos écrits, notamment Entomophobia, contiennent plusieurs références cinématographiques et historiques. Quelles œuvres et quelles périodes historiques nourrissent le plus votre imagination ?


Toute la pop culture fait partie de mon univers et elle se glisse naturellement dans mes histoires. Ce ne sont pas forcément de grosses références appuyées, mais plutôt des clins d’œil destinés à ceux qui les reconnaîtront. Certains personnages peuvent porter les noms des Space Marines d’Aliens, quelqu’un peut faire référence à Doc Brown, ou une banshee du Château Malevoie peut s’appeler Elsa Lanchester, en hommage à l’actrice de La Fiancée de Frankenstein. Ce sont des choses qui font partie de moi depuis tellement longtemps qu’elles apparaissent presque spontanément lorsque j’écris.

Pour l’Histoire, je n’ai pas forcément une période unique qui m’attire davantage qu’une autre. Ce qui m’intéresse surtout, ce sont les zones d’ombre, les événements dont on connaît les faits mais pas nécessairement tout ce qui s’est passé autour. J’aime respecter ce que nous savons et imaginer ce que nous ne pouvons pas savoir. C’est là que le fantastique peut venir se glisser sans réécrire l’Histoire, mais en proposant une autre lecture possible.


  • John Carpenter est souvent cité parmi vos influences majeures. Quels aspects de son cinéma retrouvez-vous dans votre façon d’écrire ?


Je considère John Carpenter comme un maître du storytelling. Ce qui me fascine chez lui, c’est sa capacité à définir un personnage avec très peu de choses.

L’introduction de Snake Plissken dans Escape from New York en est pour moi un exemple parfait. En quelques minutes, avec deux ou trois phrases, sa manière de se tenir, de se déplacer, de regarder les autres, on comprend immédiatement quel genre d’homme il est. On imagine son passé, ce qu’il a vécu, la façon dont il réagit face aux gens, presque la manière dont il pourrait se comporter dans une relation. Carpenter ne nous raconte pas tout cela : il nous donne suffisamment d’éléments pour que nous le reconstruisions nous-mêmes.

C’est exactement ce que j’essaie de faire dans mes nouvelles. Comme le format est court, je n’ai pas dix pages pour présenter un personnage ou une situation. J’essaie donc de trouver le détail, l’attitude ou la phrase qui permettra au lecteur de comprendre beaucoup plus que ce qui est réellement écrit.

On retrouve la même chose avec MacReady au début de The Thing. Sa partie d’échecs contre l’ordinateur nous dit déjà énormément sur lui : son caractère, son rapport à l’échec, sa façon de réagir lorsqu’il perd le contrôle. C’est quelques secondes de cinéma, mais le personnage est déjà là. Pour moi, c’est une véritable leçon d’écriture.


  • Si l’un de vos livres devait être adapté au cinéma, quel réalisateur rêveriez-vous de voir derrière la caméra ?


John Carpenter serait évidemment un choix de cœur, même si aujourd’hui il semble surtout avoir envie de profiter de la vie, suivre la NBA ou jouer aux jeux vidéos, plutôt que de s’embêter à tourner de nouveaux films, et je peux difficilement lui en vouloir !

J’admire notamment énormément ce qu’il a fait avec Christine. Il a modifié beaucoup de choses par rapport au roman de Stephen King, mais il en a parfaitement compris l’essence. Le film reste fascinant et cohérent parce que les changements servent l’adaptation au lieu de trahir ce que racontait le livre.

Finalement, c’est beaucoup plus important pour moi que le nom du réalisateur. Je n’aurais pas besoin que chaque scène ou chaque dialogue soit reproduit exactement comme je l’ai écrit. Le cinéma est un langage différent et une adaptation doit pouvoir prendre des libertés. En revanche, j’aurais besoin que le réalisateur comprenne ce que j’ai voulu raconter, pourquoi les personnages agissent comme ils le font et quel est le véritable propos de l’histoire.

Donc, plutôt que d’imposer un réalisateur précis, mon véritable souhait serait probablement de pouvoir rester impliqué dans le projet comme consultant. Ensuite, si la personne derrière la caméra a compris mon univers, je serais parfaitement capable de la laisser faire son film.


  • Comment est née l’idée du recueil Entomophobia ?


L’idée est née très simplement. J’étais tombé sur quelque chose qui parlait des phobies et je me suis dit que ce serait un excellent thème pour un recueil. Et puis j’adorais le mot Entomophobia lui-même. Je le trouvais évocateur, presque cinématographique, et surtout il ouvrait énormément de possibilités.

À partir de là, ça a été une véritable frénésie d’écriture. Le premier tome a été écrit en trois semaines, pratiquement au rythme d’une nouvelle par soir. J’avais constamment de nouvelles idées qui arrivaient, de nouvelles situations, de nouvelles façons d’exploiter cette peur. C’était l’un de ces moments rares où le cerveau bouillonne plus vite qu’on ne parvient à écrire.

Je n’avais pas vraiment prévu l’ampleur que le projet allait prendre au départ. J’avais simplement trouvé un terrain de jeu qui me stimulait énormément, et je me suis laissé emporter.


  • Quelle nouvelle de ce recueil a été la plus difficile à écrire ?


Ce n’est pas vraiment une nouvelle en particulier qui a été la plus difficile à écrire, mais plutôt les dernières. Ma grande crainte était de commencer à me répéter. Sur quarante histoires, le véritable défi était d’en proposer quarante différentes, pas simplement en changeant d’insecte, mais en variant les sujets, les ambiances, les styles et les façons d’aborder la peur.

Plus j’avançais dans le recueil, plus je devais donc me demander : « Est-ce que je n’ai pas déjà raconté quelque chose de trop proche ? Est-ce que cette histoire apporte réellement quelque chose de différent ? »

Apparemment, le pari a plutôt bien fonctionné, parce que plusieurs lecteurs m’ont dit qu’Entomophobia était l’un des rares recueils où ils avaient aimé toutes les nouvelles, sans exception. Et je dois avouer que j’en suis assez fier. Réussir à écrire quarante histoires sur un même thème sans donner l’impression de raconter quarante fois la même chose, c’était probablement le plus gros défi du projet.


  • Entomophobia est-il l’ouvrage qui représente le mieux votre univers littéraire ?


Entomophobia est probablement l’ouvrage qui représente le mieux mon amour de la nouvelle, parce qu’il concentre vraiment cette envie de partir d’une idée forte, de changer d’ambiance, de ton ou de style d’une histoire à l’autre, tout en restant dans un même univers thématique.

En revanche, pour représenter l’ensemble de mon univers littéraire, c’est plus compliqué. Tous mes livres font partie, d’une certaine manière, d’une trame plus vaste. Des personnages, des noms, des événements ou de simples clins d’œil peuvent réapparaître très brièvement dans d’autres romans ou d’autres nouvelles. Ce ne sont pas forcément des éléments importants pour comprendre chaque histoire séparément, mais les lecteurs qui me suivent depuis longtemps finissent par repérer ces connexions.

J’aime beaucoup cette idée qu’un lecteur occasionnel puisse lire chaque livre indépendamment, tandis qu’un lecteur très assidu découvre progressivement qu’il existe quelque chose de plus grand derrière l’ensemble.


  • Parmi tous vos livres, lequel conseilleriez-vous à un lecteur découvrant votre œuvre ?


C’est probablement la question la plus difficile de toute l’interview ! Je pourrais répondre Dhuis… puis changer d’avis et dire Malevoie… ou Entomophobia… ou finalement Les Chroniques d’une autre réalité.

En vérité, chaque livre représente une facette différente de mon univers. Entomophobia montre probablement le mieux mon amour de la nouvelle, Malevoie mon goût pour le gothique et les créatures, Dhuis une autre facette plus sombre et romantique, et Les Chroniques d’une autre réalité permettent d’entrer dans quelque chose de beaucoup plus vaste.

Donc ma réponse la plus honnête serait probablement : commencez par celui dont le résumé vous attire le plus. Et si tout se passe bien… il faudra finir par tout lire !



  • Existe-t-il un personnage ou une créature que vous aimeriez revisiter dans un futur projet ?


En ce moment, je travaille sur une série intitulée Les Mythes Sombres, qui remet au goût du jour des mythes et des légendes parfois très peu connus, issus de pays qu’on utilise moins souvent dans la fiction fantastique.

Ce projet me fait découvrir énormément de nouvelles créatures, de croyances et de figures folkloriques, donc pour l’instant je suis assez comblé de ce côté-là. J’ai constamment de nouvelles choses à explorer et à raconter.


  • Quel regard portez-vous sur la littérature fantastique et horrifique francophone actuelle ?


Je serais assez mal placé pour dresser un état des lieux complet de la littérature fantastique et horrifique francophone actuelle, puisque, comme je le disais, je lis finalement assez peu de nouveautés. En revanche, à travers les salons, les rencontres et les auteurs que je côtoie, j’ai l’impression qu’elle est extrêmement vivante.

Je découvre régulièrement des auteurs et autrices avec des univers très personnels, souvent en dehors des circuits les plus visibles. L’autoédition et les petites maisons d’édition permettent aussi à des textes plus atypiques de trouver leur public, là où ils auraient peut-être eu plus de mal à exister autrefois.

Ce que j’aime surtout, c’est cette diversité. L’horreur francophone ne se limite pas à essayer de reproduire Stephen King ou les grands modèles anglo-saxons. Chacun peut y apporter sa culture, ses obsessions, son folklore, sa sensibilité. Et de ce que j’en vois lors des salons, il existe un véritable public pour ça.


  • Quels sont vos projets littéraires pour les prochaines années ?


Mes projets littéraires pour les prochaines années sont déjà nombreux. Je veux d’abord terminer Les Chroniques d’une autre réalité, puisque le tome 9 viendra clôturer définitivement la saga.

Je souhaite également continuer Les Mythes Sombres, qui me permet encore d’explorer énormément de légendes et de folklores différents, ainsi que revenir à William Harker pour une nouvelle enquête.

Et puis, comme toujours, il y a une quantité assez indécente d’autres idées qui tournent dans ma tête. Probablement un millier de projets en attente, ce qui est très pratique pour éviter le syndrome de la page blanche, beaucoup moins pour apprendre à se concentrer sur un seul livre à la fois.


  • Question bonus : Si vous deviez recommander trois films et trois livres indispensables pour comprendre l’univers d’Oliver KrauQ, lesquels choisiriez-vous et pourquoi ?


Pour les films, je choisirais d’abord Dracula de Francis Ford Coppola. Pour son esthétique, son romantisme noir et sa manière de transformer une figure mythique en personnage tragique, monstrueux et profondément humain à la fois. C’est exactement le genre de fantastique que j’aime : beau, sombre et un peu excessif.

Ensuite, La Fiancée de Frankenstein de James Whale. J’ai un amour immense pour les Universal Monsters et pour cette époque du cinéma. Ce film possède tout ce que j’aime : le gothique, le macabre, une vraie sensibilité derrière le monstre et même une forme d’humour noir. Il montre parfaitement qu’une histoire horrifique peut être beaucoup plus riche qu’une simple histoire destinée à faire peur.

Enfin, Escape from New York de John Carpenter. Pour son univers, évidemment, mais surtout pour son efficacité narrative comme je l’ai expliqué plus tôt.


Pour les livres, je choisirais Marche ou crève de Stephen King. C’est un concept extrêmement simple, presque minimaliste, mais dont King tire une tension incroyable et surtout une formidable étude des personnages. C’est exactement le genre de livre qui prouve qu’une idée forte peut suffire à porter tout un récit.

Ensuite The Fog de James Herbert, pour son horreur directe, viscérale et sans complexe. Herbert fait partie des auteurs qui m’ont beaucoup marqué et ce roman représente parfaitement cette façon de prendre une idée fantastique et de la pousser très loin, sans avoir peur de devenir brutal ou dérangeant.

Et enfin Mars de Ben Bova, parce que mon univers ne se limite absolument pas à l’horreur. J’ai aussi une passion profonde pour la science-fiction, l’exploration et cette envie presque enfantine de découvrir ce qui existe au-delà de notre monde. Bova savait raconter cela avec une approche crédible, puisqu’il s’agit de « hard science-fiction », il travaillait à la NASA me semble-t-il, tout en conservant le merveilleux de l’aventure.


René Manzor "L'ombre des innocents"s



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