CHRONIQUE: Carne
- Pirard Marvin
- 18 mai
- 2 min de lecture

Auteur: Julia Richard
Roman: Carne
Nombres de pages: 320
Editions: L'Homme sans Nom
Date de sortie: 18/06/2020
Synopsis:
OK GOOGLE, ÇA CORRESPOND À COMBIEN DE CALORIES UN CORPS HUMAIN ?
Simon ne va pas bien. D’ailleurs, depuis qu’il s’est mis à vouloir manger de l’humain, les choses ne tournent pas bien rond dans sa tête.
Face à une société qui les traite, lui et ses congénères, comme des zombies, il fait de son mieux pour garder sa dignité, s’occuper de sa famille et être professionnel au bureau. Mais comment rester soi-même quand la faim frappe à la porte avec autant de délicatesse qu'un tank sur un champ de mines ?
Contraint à gérer son état parasite en maintenant l’illusion de la routine, il décide d’en faire une histoire de famille. Et vous savez ce qu'on dit sur les histoires de famille ?
C'est toujours un sacré bordel.
Et si on avait une bonne excuse pour croire à une apocalypse zombie ? Comment réagiraient les populations ? Les gouvernements ? Quel impact auraient nos médias ? Comment pourrions-nous être sûrs d’être dans le camp des héros ? Et que feraient ceux à qui on donne le mauvais rôle ? La culture de masse nous fait fantasmer les zombies, mais s'ils devenaient notre quotidien, qu’en ferions-nous ?
Chronique:
Avec Carné, Julia Richard signe un roman profondément dérangeant, autant par sa forme que par ce qu’il renvoie de notre époque. Dès l’ouverture, le lecteur est déstabilisé par la numérotation étrange des chapitres, un choix volontairement obscur, presque absurde, que l’on ne comprend jamais totalement — et qui participe pleinement au malaise ambiant. Cette structure fragmentée brouille les repères et installe une sensation de perte de contrôle, en parfaite adéquation avec le propos du livre.
L’univers décrit bascule rapidement dans une forme de « mode zombie », où les personnages évoluent mécaniquement, déshumanisés, prisonniers d’un système qui les dépasse. Ce qui frappe, c’est la facilité avec laquelle ce monde fictif entre en résonance avec notre réalité actuelle. Certaines situations, certains comportements collectifs rappellent dangereusement l’ambiance politique et sociale contemporaine, au point de provoquer un rire nerveux.
Car malgré sa noirceur, Carné est traversé par un humour noir grinçant, parfois presque cynique. Julia Richard se permet des piques acides, des situations volontairement grotesques, qui font sourire tout en glaçant le sang. Cet humour agit comme un révélateur : il souligne l’absurdité du monde décrit et, par extension, celle du nôtre.
La chair, omniprésente, devient à la fois matière horrifique et symbole d’une société qui consomme, digère et oublie. La lecture met mal à l’aise, dérange, amuse parfois, mais ne laisse jamais indifférent.
Carné est un roman atypique, corrosif et résolument contemporain, qui utilise l’horreur et l’ironie noire pour questionner notre rapport à l’obéissance, à la masse et à la perte de sens. Un livre troublant, dont le malaise persiste bien après la dernière page.




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