top of page

INTERVIEW : Alex Sol

Pirard Marvin
28 sept.
8 min de lecture

Alex Sol est une autrice française née à Montauban en 1989, spécialisée dans les genres du thriller, du polar, de l’horreur, du fantastique et de la science-fiction. Passionnée par les nouvelles technologies, elle a suivi une formation en graphisme avant de se consacrer pleinement à l’écriture. Autiste Asperger, elle intègre souvent dans ses récits des personnages se situant sur le spectre de l’autisme. Après avoir vécu notamment à Toulouse, Paris et Montréal, elle se consacre entièrement à l’écriture depuis 2021. Ses romans et séries, dont Les Enquêtes d’Elise Duromain et Lucas Lievens, ont su conquérir un lectorat fidèle amateur de suspense et d’imaginaire.


Tous droits réservés :
Tous droits réservés :
  • Pouvez-vous nous raconter votre parcours avant de devenir autrice à plein temps ?


C’est un long parcours ! J’ai toujours aimé écrire, depuis l’adolescence, mais j’ai toujours pensé que je ne pourrais pas en faire un métier. Après un BAC L, j’ai fait un BTS édition, prévoyant travailler dans une maison d’édition par la suite. Toutefois, la vie en a décidé autrement et je suis devenue responsable de restaurant rapide, puis de magasin, jusqu’à mes trente ans, année où j’ai publié mes deux premiers romans en auto-édition.

Petite anecdote rigolote : ma sœur, sachant que j’écrivais pour le plaisir, m’a un jour demandé comme cadeau d’anniversaire un roman. Je l’ai écrit, j’ai auto-publié… et, au final, elle ne l’a jamais lu ! Pourtant, c’est bien grâce à elle, et à ma motivation de lui faire plaisir, que j’ai terminé mon premier roman (alors que, jusque-là, je ne parvenais pas à aller jusqu’au bout).

Après ces deux publications, je suis partie vivre deux ans au Canada, où j’ai continué d’exercer en tant que responsable de magasin tout en écrivant sur mon temps libre. C’est à mon retour en France, en 2021, que j’ai décidé de tenter l’aventure de l’écriture à temps plein.

  • Comment est née votre passion pour l’écriture ?


Avant tout, de la lecture. Enfant, je « ruinais » mes parents, comme ils le disaient si bien, en dévorant mes livres, renonçant parfois au sommeil pour terminer un roman. C’est donc tout naturellement que j’ai utilisé ce médium pour raconter les histoires qui s’invitaient dans mon esprit.


  • Votre formation en graphisme influence-t-elle encore votre travail d’autrice aujourd’hui ?


Très probablement ! Elle m’aide surtout à réaliser mes couvertures ainsi que mes mises en page. Cela me permet de maîtriser tous les aspects créatifs de mes romans, du fond à la forme.


  • À quel moment avez-vous décidé de vous consacrer entièrement à la littérature ?


En 2021. De retour en France, sans emploi, je me suis retrouvée face à un croisement :

Retrouver un travail dans le management et la gestion.

Entamer une formation pour changer de métier.

Donner une chance à l’écriture.

J’ai choisi la dernière option.


  • Quels auteurs ou autrices vous ont le plus inspirée durant votre jeunesse ?


C’est surtout pendant mon adolescence que j’ai commencé à suivre des auteurs de roman en roman. Parmi eux : Anne Rice, Stephen King, Maxime Chattam… Aujourd’hui, je suis avidement les carrières de Catriona Ward, Riley Sager, Matt Dinniman, C. J. Tudor, M. J. Arlidge, Grady Hendrix…


  • Comment votre parcours personnel a-t-il façonné les thèmes que vous abordez dans vos romans ?


Je pense que chaque auteur met un peu de lui dans ses romans. J’ai perdu mon petit frère lorsque j’étais enfant. Le sujet des enfants revient donc souvent dans mes romans, une façon d’exorciser ce deuil qui a toujours du mal à passer.


  • Pourquoi avoir choisi d’écrire dans des genres aussi variés que le thriller, l’horreur, le fantastique et la science-fiction ?


Tout simplement parce que je lis tous ces genres (et plus encore ! J’ai même un plan de romance quelque part dans les méandres de mon ordinateur). Lorsqu’une idée me vient, elle peut parfois être tournée vers le thriller comme vers le fantastique. C’est alors à moi de décider vers quel genre je souhaite me diriger.

Petite anecdote : À la vue de tous aurait dû être un roman d’horreur fantastique. Les disparitions dans le métro auraient dû être l’œuvre d’une entité surnaturelle. J’ai changé de direction au moment d’élaborer le plan !


  • Votre expérience personnelle influence-t-elle la construction de vos personnages ?


Je pense qu’il est impossible de répondre « non » à cette question. Parfois, une bribe de conversation entendue au détour d’une allée de supermarché me donne une idée pour un roman ou pour un rebondissement. Il en va de même pour mes personnages. J’aime observer les gens et imaginer leur tempérament, leurs loisirs, ce qu’ils font de leur week-end. Parfois, je m’amuse même à leur imaginer deux personnalités totalement opposées, uniquement en analysant leur démarche.



  • Quel a été le plus grand défi de votre carrière d’écrivaine jusqu’à présent ?


L’écriture d’À la vue de tous. J’en étais à plus de la moitié du roman quand j’ai, par mégarde, supprimé mon fichier de travail. Mais au lieu de prendre une grande respiration et d’aller chercher la sauvegarde automatique, j’ai paniqué et fait une fausse manip qui a supprimé cette fameuse sauvegarde. J’ai acheté plusieurs logiciels de récupération de données (suspense : ça n’a pas marché), beaucoup pleuré et passé les trois jours suivants à écrire, sans presque aucune interruption, tout ce dont je me souvenais.

J’ai terminé par la suite le roman en trois semaines ! C’est probablement la meilleure décision de ma carrière, car c’est avec ce titre que ma carrière a vraiment décollé.


  • Quel conseil donneriez-vous aux auteurs souhaitant se lancer dans l’édition ?


Se concentrer d’abord sur le fait de terminer son premier roman. Commencer un projet est facile, continuer quand l’engouement du départ s’évanouit est plus difficile. Une fois terminé : le faire lire. Je sais que c’est effrayant, surtout pour une première histoire, mais c’est grâce aux retours qu’on avance.

Je conseille aussi d’investir dans sa passion. De la même manière qu’un pêcheur achètera une bonne canne à pêche, qu’un peintre travaillera avec telles ou telles toiles ou telles ou telles peintures… L’écriture peut demander un investissement.

N’aimant pas l’interface de Word, j’ai acheté un autre logiciel d’écriture. J’ai aussi acheté un logiciel de correction orthographique poussé, puis un autre pour la mise en page. Pour mes couvertures, j’achète les droits d’utilisation de photographies qui coûtent plus cher que d’autres, mais dont je suis davantage satisfaite.

Le but étant de donner toutes ses chances à nos romans et de les traiter comme s’ils étaient les prochains best-sellers.

Si vous ne croyez pas en vous, pourquoi des inconnus le feraient-ils ?


  • Comment vous viennent les idées de vos romans ?

Parfois en rêve, parfois en regardant dans le vide, assise dans mon jardin, parfois en travaillant une bribe d’idée. Car il faut savoir que toutes les idées ne sont pas de bonnes idées, et j’ai bien plus de mauvaises que de bonnes ! De plus, une idée, à elle seule, ne suffit pas pour écrire un roman. Il faut la travailler, l’analyser, la décortiquer et la mettre à l’épreuve.


  • Parmi toutes vos publications, laquelle occupe une place particulière dans votre cœur et pourquoi ?


Tous mes romans ont une place chère à mon cœur, mais certains se distinguent pour des raisons différentes.

À la vue de tous a été supprimé par erreur, puis réécrit. Je savais que ce roman pouvait plaire à un grand nombre de lecteurs. J’y ai vraiment cru et lui ai donné toutes ses chances.

Comme je n’aimais pas ce que j’avais fait, j’ai laissé Bienvenue chez vous attendre six mois dans mon ordinateur avant de le reprendre et de changer la fin. J’ai même rajouté une partie entière.

J’ai écrit Périveil en peu de temps et je me suis vraiment amusée. Je pense que c’est celui avec lequel j’ai passé le meilleur moment !

Terminer Vous êtes cordialement invités 2 a été très difficile, je suis donc très fière d’y être parvenue et du résultat !

Le roman qui m’a le plus dévastée est Jamais d’eux sans toi. Aujourd’hui encore, je me demande comment j’ai pu écrire un texte aussi violent.

Les filles du troisième étage m’a permis d’exorciser une période compliquée, et je crois que c’est l’un de mes préférés. En tout cas, Mimi est probablement le personnage que j’aime le plus.

Chacun de mes romans a sa propre histoire. ☺


  • Votre série Les Enquêtes d’Elise Duromain et Lucas Lievens rencontre un bel accueil. Qu’est-ce qui vous plaît dans l’écriture de thrillers policiers ?


J’aime écrire cette série parce que chaque tome me permet d’explorer une thématique différente : disparition, enlèvement, drame, trafic, tueur en série, etc. J’aime travailler autour des limites : celles des capacités physiques et émotionnelles, mais aussi des cadres légaux et judiciaires. Cette série me permet de placer mes personnages face à des choix parfois cornéliens et loin d’être manichéen.


  • Comment est née l’idée de Les Filles du Troisième Étage ?


Je venais de terminer l’écriture de La porte à côté et devais plonger dans À cœur ouvert, mais une autre idée m’est venue.

À cette époque, je regardais les informations avec le cœur brisé. Les dossiers Epstein étaient partout. J’ai voulu écrire l’histoire de filles qui se battaient pour échapper à leurs ravisseurs. Dans cette histoire, les victimes sont dépossédées de leurs noms et prénoms et appelées par des noms de fleurs. J’ai alors décidé de ne donner aucun nom aux clients de la maison close, ni aux gardes et aux proxénètes.

Écrire cette histoire a été très difficile, mais c’est l’une de mes préférées.


  • L’horreur et le suspense occupent une place importante dans votre bibliographie. Qu’est-ce qui vous attire dans ces genres ?


Avant d’être écrivaine, je suis avant tout une grande lectrice, et ce sont les genres que je préfère, ceux que je lis le plus. Ma petite part sombre.

Il était donc évident que j’écrirais ce type de romans.

L’horreur est l’un de mes genres préférés. Elle permet de traiter tous les sujets possibles et imaginables, notamment les sujets de société, pour les faire entrer en résonance de mille et une façons. Et puis, il existe tant de sous-genres qui ne demandent qu’à être explorés !

Toutefois, je dois admettre avoir une affinité particulière avec les fantômes. Pourquoi ? Je ne saurais le dire.


  • Comment travaillez-vous la tension psychologique dans vos récits ?


J’écris les romans que j’aimerais lire. Je pars toujours sur plusieurs rebondissements, certains plus ou moins évidents que d’autres. Je ne cherche pas à entrer dans un duel avec les lecteurs dans le but de les perdre ou de les surprendre à chaque fois. L’histoire doit rester cohérente et les personnages, crédibles. Le but est que mes lecteurs s’attachent au personnage et souhaitent en savoir toujours plus.

Je tends au maximum à me rapprocher de la réalité. Certaines situations ne sont pas du tout ce qu’elles paraissent…


  • Avez-vous déjà été surprise par l’évolution d’un personnage au cours de l’écriture ?


Presque à chaque fois. J’ai toujours une idée de mes personnages, mais ces idées ne deviennent concrètes qu’une fois que je pose les mots sur le papier. Lorsque je commence à écrire, leurs personnalités ressortent et évoluent assez souvent.


  • Quels retours de lecteurs vous ont le plus marquée au fil des années ?


Lorsque quelqu’un m’écrit pour me dire que Jamais d’eux sans toi lui a fait changer d’avis sur la violence conjugale. J’ai souvent reçu des messages tel que : « Je pensais que ces femmes ne voulaient pas vraiment partir. Je n’avais pas réalisé à quel point elles n’en avaient pas la possibilité. »


  • Pouvez-vous nous parler de vos projets littéraires actuellement en préparation ?


Oh, mais c’est une information top secrète, ça ! Allez… juste pour vous : un roman de manoir hanté est en phase finale de travail et l’un de mes précédents thrillers psychologiques va avoir sa version poche dans peu de temps.


  • Où aimeriez-vous voir évoluer votre carrière et votre univers littéraire dans les années à venir ?


J’aimerais voir davantage de mes romans sortir en poche ; continuer ma série avec Élise et Lucas ; retourner en salons à partir de 2027 (j’ai mis mes déplacements en pause pendant presque deux ans) ; continuer de travailler avec mon éditeur allemand pour des traductions et, pourquoi pas, faire traduire mes romans dans d’autres langues !

Mais plus que tout, j’espère pouvoir conserver ma liberté de travail.


René Manzor "L'ombre des innocents"s



Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note
bottom of page