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INTERVIEW (Archives): Mattias Köping

  • Pirard Marvin
  • 24 juil.
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 25 juil.

Mattias Köping est l’auteur de deux romans noirs, Les Démoniaques (éd. Magnus) et Le Manufacturier (éd. Magnus), ainsi que d’un recueil de nouvelles, Macadam (éd. Magnus), illustré par Marsault.



Tous droits réservés :
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  • Qui est Mattias Köping ?


Un homme tranquille, totalement à l’opposé des horribles personnages qu’il met en scène (et heureusement pour tout le monde). Je vis en Normandie, à la campagne, de manière sereine.


  • Devenir écrivain était-ce pour vous une évidence ou cela est venu à la suite d’un évènement particulier ?


L’écriture n’est pour moi qu’une activité de loisir. J’écris seulement quand j’en ai envie et je peux passer de très longues périodes sans écrire du tout. J’avais écrit plus jeune, période dont je n’ai rien gardé, puis je n’ai rien écrit pendant douze ou treize ans avant de rédiger Les Démoniaques, qui est sorti en 2016. Cependant, je suis un très gros lecteur.


  • Vous avez récemment sorti « Macadam » (éd. Magnus) en partenariat avec Marsault. Pouvez-vous nous en dire plus ? Comment est née cette collaboration inattendue ? Quel est votre sentiment à la suite de cette sortie ?


Marsault avait lu et aimé Les Démoniaques. Mon écriture, très visuelle, lui parle. Il avait même évoqué la possibilité d’adapter ce roman en BD. Un jour, il m’a proposé de lui envoyer une nouvelle, pour voir si cela lui conviendrait. En l’occurrence, cette nouvelle est « Traviole », la première du recueil Macadam. Il a été emballé : il voit tout de suite les dessins à faire à partir de mes textes. On a donc décidé de créer un recueil complet. Le travail a été facile. J’écrivais la nouvelle que je voulais, selon l’inspiration du moment. Marsault disait oui ou non et l’illustrait à sa guise. Aucun de nous deux n’a passé commande à l’autre. Nous étions parfaitement libres et Macadam s’est fait tout seul, sans aucun problème. J’ai aimé cette expérience. J’aime beaucoup écrire des nouvelles. C’est beaucoup moins fastidieux qu’un roman. Et les dessins en noir et blanc de Marsault correspondent parfaitement à leur contenu. Je suis content du livre que nous avons créé.


  • En 2018, vous avez sorti « Le Manufacturier » qui nous fait passer de l’histoire sordide de l’ex-Yougoslavie avec ses viols, tortures, traite d’êtres humains et j’en passe à un tueur en série sur le Dark net en bifurquant par un trafic de drogue dans la région du Havre. Comment vous est venue une histoire aussi complexe tant dans la narration que dans le contenu ?


Je suis très attentif à l’actualité et vraiment curieux de tout, du moindre fait divers aux grandes actualités. Je m’inspire beaucoup de ce que je vois, de ce qui me frappe, me choque, me fait rire, me laisse perplexe... Les années 1990-2000 ont été d’une violence terrible. La guerre de Yougoslavie, entre autres conflits, m’avait beaucoup marqué à l’époque, mais je ne savais pas que j’en écrirais un livre. Pour ce qui est de l’écriture elle-même, j’écris sans aucune censure ni aucun plan établi. Je laisse mes personnages vivre leur vie. Je réorganise tous les fils après coup, une fois que j’ai bien avancé en suivant mon inspiration, et je modifie en permanence le texte au gré de mes idées, y compris même lorsque la fin est toute proche. Je ne sais jamais où je vais avant de commencer un texte. La cohérence vient après, lors de la reprise.



  • J’avoue que lors de ma lecture du Manufacturier avoir eu un peu de mal dans le langage des gangs de cité du Havre, passant du « je n’ai pas tout compris » au « on parle encore comme ça dans les cités ? ». Avez-vous eu des retours concernant le langage utilisé par cette jeunesse perdue ? N’avez-vous pas eu de difficulté à retranscrire leur langage ?


C’est une vraie difficulté. Le langage oral d’une manière générale, l’argot des cités ou un autre, peu importe, et les expressions familières quotidiennes évoluent à toute vitesse. Il est très dur d’en rendre compte dans un texte écrit, qui fige les choses, alors qu’elles sont sans cesse en train d’évoluer. De toute façon, il faut bien se dire que c’est toujours une construction, une invention d’écrivain. J’ai ma part d’imagination personnelle dans cet aspect du texte aussi, même si j’effectue des recherches sur la question.


  • Avez-vous eu des retours de personnes ayant vécu les évènements en ex-Yougoslavie et ayant lu votre livre ?


Oui, j’ai eu des retours de militaires qui étaient engagés sur le terrain, mais aussi de lecteurs qui ont connu la Yougoslavie du conflit des années 90-95 (des Serbes, un Croate, un Bosniaque, un Monténégrin). Tous m’ont dit que j’avais bien saisi l’état d’esprit de haine exacerbée d’alors (qui remonte en fait historiquement à longtemps) entre les peuples de cette région. D’ailleurs, la situation est très tendue actuellement là-bas, en particulier au Kosovo, et les nationalistes durs des différents pays, qui ont souvent connu le conflit, sous toujours bien en vue et occupent des postes majeurs dans les pays de l’ex-Yougoslavie.


  • Vous aviez dit lors d’une interview en 2019 que la fin ouverte du Manufacturier était une nécessité et qu’il n’était pas impossible qu’un retour de X ou Y se fasse dans l’avenir dans l’un de vos livres. Cette éventualité vous est-elle revenue quatre ans après votre déclaration ou celle-ci n’est toujours pas à l’ordre du jour ?


La fin du Manufacturier est volontairement amorale, à l’image de l’ensemble du livre, et elle se situe en Ukraine. Je ne suis pas là pour rassurer les lecteurs et leur fournir nécessairement une fin gentillette, où tout rentre dans l’ordre grâce à un personnage héroïque qui sauve la veuve et l’orphelin. Il n’y a pas de héros dans mes livres. Si les lecteurs veulent être dorlotés, il ne faut surtout pas lire mes bouquins. C’est écrit dessus : « Ames sensibles, passez votre chemin. » Ce n’est pas un avertissement en l’air.

L’actualité était prévisible, depuis bien avant l’attaque de l’Ukraine par la Russie en 2022, et c’est ce qui a rendu possible la fin du Manufacturier, dont l’histoire se déroule entre autres en 2017. Le Donbass était déjà un théâtre de guerre depuis 2013-2014. Les horreurs de la guerre se répètent partout où il y a des guerres, à chaque fois. Il n’y a absolument rien de nouveau sous le soleil. L’homme reste égal à lui-même.

Un retour de certains personnages du Manufacturier serait donc techniquement tout à fait possible, oui. J’ignore si je le ferai.


  • Êtes-vous sur un nouveau projet ? Est-il un peu tôt pour espérer un nouveau roman après la sortie de « Macadam » (09/06/22) ?


Je travaille sur un quatrième roman, relativement avancé déjà, et j’en ai un cinquième sur ma ligne d’horizon. J’écris aussi pas mal de nouvelles. Entre autres, et j’en suis content, je participerai cette année à l’action collective et bénévole du Recueil maudit (tome III), publié tous les ans en octobre au Canada, pour soutenir des associations. Cette année, tous les bénéfices iront à une association de prévention du suicide.


  • Pourra-t-on vous retrouver en salon en Belgique, France ou Suisse cette année ? Avez-vous déjà une date prévue dans votre agenda ?


J’ai le plaisir de revenir en Belgique, pour l’« Iris Noir, c’est dans la poche », les 22 et 23 avril prochains. J’aime beaucoup venir dans le nord de la France et en Belgique, où les gens sont incroyablement chaleureux. Je ne serai pas beaucoup en salon cette année, car il faut que j’aie un peu de temps pour écrire.


  • Souhaitez vous les mots de la fin pour ceux qui liront cette interview ?


Oui : un grand merci à toutes mes lectrices et tous mes lecteurs, que j’ai toujours plaisir à rencontrer lors des salons.


René Manzor "L'ombre des innocents"s



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